Ce numéro des Langues Modernes paraît quelques semaines après la rentrée. Depuis septembre, les réformes ont pris place dans le quotidien des écoles, des établissements et des lieux de formation. Les professeurs des écoles ont commencé à mettre en œuvre les nouveaux programmes de langues vivantes au CP et au CM1. Les premiers lauréats du CAPES à bac + 3 ont fait leurs premiers pas dans les classes, dans le cadre de stages d’observation et de pratique accompagnée. Les équipes des Inspé ont accueilli leurs premières promotions d’étudiants de licence pluridisciplinaire préparant au professorat des écoles et de master M2E, tout en accompagnant les dernières promotions de M2 MEEF.
Derrière ce calendrier, il y a des collègues qui préparent de nouveaux cours, construisent des progressions, élaborent des formations et accueillent des stagiaires. Il y a aussi des étudiants qui découvrent leur formation et cherchent à comprendre la place qu’ils auront demain dans l’École. Dans les Inspé, la coexistence de ces parcours oblige les équipes à travailler avec des publics dont les acquis, les expériences et les besoins diffèrent fortement. Dans les écoles et les établissements, l’accueil des nouveaux lauréats suppose lui aussi un investissement important des tuteurs et des formateurs. C’est sur ce travail, souvent peu visible et rarement reconnu à sa juste mesure, que repose pourtant la mise en œuvre concrète des réformes.
Quelques semaines ne suffisent pas pour en dresser le bilan. Elles permettent cependant de poser les questions qui devront nous occuper cette année. Quelle place les langues trouvent-elles réellement dans la formation des futurs professeurs des écoles ? Comment les nouveaux parcours articulent-ils approfondissement des connaissances linguistiques et culturelles et apprentissage du métier d’enseignant de langues ? De quel temps les équipes disposent-elles pour concevoir les enseignements, accompagner les stages et analyser les pratiques ? Quels moyens leur sont donnés pour assurer cette transition sans affaiblir la qualité de la formation ? Ces questions ne sont pas secondaires. Les réponses apportées aujourd’hui engagent durablement la formation des enseignants et, à travers elle, les apprentissages des élèves.
Dans cette période de transformation, l’APLV entend plus que jamais être un espace d’échange, de réflexion et d’accompagnement pour celles et ceux qui font vivre les langues, de l’école à l’université. Pouvoir partager une difficulté, mettre en commun une expérience, découvrir un travail de recherche ou discuter une démarche pédagogique contribue à faire évoluer les pratiques et à rompre l’isolement que nous pouvons parfois ressentir face aux changements imposés par les calendriers institutionnels.
Notre revue, nos Clics et nos journées d’étude font vivre ces rencontres entre collègues de langues et de contextes d’exercice différents, entre enseignants, étudiants, formateurs et chercheurs. Ils permettent de mettre en commun ce qui se construit dans les classes et dans les formations, mais aussi de faire entendre les interrogations et les difficultés rencontrées. Les expériences des uns peuvent éclairer les choix des autres. Elles nourrissent également les positions que nous portons auprès des institutions.
Accompagner les enseignants, c’est aussi défendre les conditions dans lesquelles ils exercent leur métier. Préparer de nouveaux cours, repenser des parcours de formation, accompagner des stagiaires, assurer la concertation entre équipes et articuler des dispositifs successifs demandent du temps, des moyens et une reconnaissance professionnelle. L’institution ne peut faire reposer la réussite des transformations qu’elle engage sur la seule disponibilité, l’adaptabilité ou l’engagement individuel des personnels. Elle doit entendre leur expertise, prendre en compte les réalités du terrain et leur donner les moyens d’accomplir ce qu’elle attend d’eux.
Tout au long de cette année, nous resterons attentifs à ce que vous vivez dans vos écoles, vos établissements et vos universités. Faites-nous part de vos expériences, de vos initiatives et de vos préoccupations : elles ont toute leur place dans la vie de l’association et dans Les Langues Modernes. C’est à partir de cette connaissance du terrain que nous pouvons porter une parole collective, défendre les conditions d’un enseignement des langues accessible à toutes et tous et soutenir une formation des enseignants à la hauteur des ambitions affichées.



