En direct de la présidence de l’APLV, "Les Langues Modernes" n°2/2008, par Sylvestre Vanuxem

lundi 23 juin 2008

Le ton de ma précédente note parue dans le n°1/2008 des Langues Modernes était plutôt pessimiste lorsque j’évoquais l’attitude du Ministère de l’Éducation Nationale envers l’enseignement des langues vivantes. Il en sera malheureusement de même pour celle-ci.

Tout d’abord parce que l’action que nous avons menée auprès du MEN et de la DGESCO [1] sur le Diplôme National du Brevet (DNB) 2008 avec quatre syndicats d’enseignants des plus représentatifs (SGEN-CFDT, SE-UNSA, SNES, SNALC-CSEN) n’a pour l’instant suscité aucune réaction des intéressés. Après dépouillement des résultats de l’enquête préparée par Christian Puren qui confirmaient le sentiment d’inquiétude et d’impréparation face à l’instauration cette année d’une certification basée sur le CECRL pour cet examen, nous avons rencontré les représentants des syndicats susmentionnés et préparé un courrier que vous pourrez lire dans la rubrique « Vie de l’association » du présent numéro. Ce courrier, demandant notamment un moratoire sur l’application de cette réforme assorti d’un certain nombre de propositions, a été adressé au Ministre de l’Éducation Nationale et au Directeur de la DGESCO et n’a reçu aucune réponse, pas même un simple courrier en accusant réception. Pourtant, il serait difficile d’accuser l’APLV de faire de l’opposition systématique. D’abord parce qu’un travail approfondi d’enquête avait précédé la rédaction de ce courrier, ensuite parce qu’il n’était pas question de s’opposer à une réforme que nous jugeons essentielle mais de lui permettre d’être appliquée dans les meilleures conditions possibles, enfin parce que l’APLV s’est toujours intéressée de près au CECRL, ce numéro en est bien la preuve. D’ailleurs, lorsque la DGESCO avait présenté les nouvelles épreuves de langue du Bac STG, l’APLV s’y était montrée globalement favorable, même si certains aspects assez novateurs comme l’évaluation de la réception de l’oral n’étaient pas sans risques. Le travail de préparation semblait solide et les prototypes de grilles pour l’évaluation de l’expression orale (production et interaction) pertinents. Toutefois, la DGESCO avait par la suite jugé prudent de différer l’introduction de l’épreuve de réception de l’oral et de mener plus de tests entre-temps. Une sage décision sûrement, alors que le public concerné restait relativement limité. Qu’avons-nous eu pour le DNB qui, lui, concerne tous les collégiens en classe de 3e de France ? Une information tardive et confuse qui n’a fait qu’accroître l’inquiétude des enseignants, et aucun signe de remise en cause de la part de la DGESCO.

Reste le deuxième volet de l’action que nous avons décidé de mener avec nos partenaires : la pétition en ligne sur notre site et ceux des syndicats qui a déjà recueilli plus de 2000 signatures électroniques, auxquelles viendront s’ajouter celles sur papier. Ce sera une autre façon de revenir à la charge vers le ministère alors que la date du brevet approche.

Certains penseront peut-être qu’il faut prendre le risque d’instaurer cette certification cette année et que tous les enseignants de collège se familiarisent de facto avec le CECRL, ce qu’ils seront contraints de faire un jour ou l’autre, tout en s’assurant que les candidats de cette session ne seront pas pénalisés. Soit, il est possible que c’est la méthode choisie par la DGESCO, mais je doute fort que les enseignants et surtout les candidats goûtent ce sens aigu du suspense.

Une autre inquiétude déjà évoquée dans ces colonnes a aussi été réveillée par une journaliste du Figaro [2] qui me questionnait à propos des options au lycée et voulait particulièrement savoir s’il existait des classes de langues à « micro-effectifs ». La menace pesant sur les LV3 semble plus que jamais d’actualité. On sait bien que la limitation des options au lycée sonnera le glas du multilinguisme en France. Où se cachera-t-il alors sinon dans des niches accessibles à un nombre limité d’élèves ? Pas en primaire, où les nouveaux programmes maintiennent l’enseignement d’une langue vivante mais ne contiennent aucun encouragement à la diversification ni référence à l’éveil aux langues ; pas au collège où l’on veut surtout apprendre l’anglais, plus au lycée, pas non plus à l’université qui n’a pas fait le choix d’une politique volontariste et coûteuse en matière de langues vivantes. Il faut aussi noter que la diversification sera à terme condamnée faute d’enseignants, car, si les élèves ne peuvent plus choisir de langues « rares » dans cet « espace de liberté » que constituent les options au lycée, combien resteront-ils à en commencer l’apprentissage à l’université avec pour objectif de les enseigner ?

Des États Généraux du Multilinguisme se tiendront à Paris le 26 septembre 2008 (journée européenne des langues !) à l’initiative des Ministères de la Culture, des Affaires Étrangères et de l’Éducation Nationale. Quel bilan y présentera la France ? On dira certes que c’est le pays où les examens présentent la plus vaste gamme de langues d’Europe, mais combien seront encore réellement enseignées ? Les langues sont un facteur d’intégration et de cohésion sociale à condition qu’elles soient légitimées par un enseignement qui leur permet de dépasser les frontières de communautés. Cela a un coût et nécessite qu’on admette qu’il puisse y avoir, à un moment donné, des « micro-effectifs » dans certaines classes de France.

La Ministre de l’Enseignement Supérieur en a dit plus hier sur le « coup de pouce » qu’elle compte donner aux langues dans son plan de réussite en licence. Il s’agirait entre autres de s’assurer qu’à l’avenir 100% des licences contiennent des enseignements de langue et aussi d’accorder des moyens pour un recours accru aux TICE. Ceci est louable. Cependant, il est uniquement question d’anglais et de remédier aux « déficiences chroniques » des français dans ce domaine que mettent en évidence des enquêtes européennes irréfutables… On peut aussi déplorer que ce « coup de pouce » soit donné sans concertation réelle avec l’enseignement secondaire. On commence par allonger la durée d’apprentissage de l’anglais en le démarrant majoritairement en primaire pour le « traîner » jusqu’en licence et au-delà. S’il est vrai que la motivation pour l’apprentissage d’une langue est renouvelée par le choix d’un projet professionnel, une véritable politique linguistique ne doit-elle pas intégrer des pauses ou envisager des pratiques différentes aux moments où cette motivation risque de faiblir ?

Je vous invite à consulter les pages « Vie de l’association » de ce numéro où vous pourrez voir que l’AG 2008 de l’APLV sera accueillie par la Régionale de Lille. Le thème retenu est la lecture, ou plutôt « Retrouver le goût de lire en lisant autrement ». Vous y trouverez également un compte-rendu de l’AG de la régionale de Grenoble. La vie de l’association commence dans les régionales et le dynamisme de celles de Lille et Grenoble est un atout précieux. Suivant cet exemple, et sans doute grâce au site www.APLV-LanguesModernes.org qui facilite le contact entre des collègues parfois géographiquement proches, d’autres régionales sont en train de renaître. Ceci prouve qu’un moyen de communication global permet aussi un développement local, nécessaire pour les associations comme la nôtre.

Bonne lecture !

Sylvestre Vanuxem