"Plus d’une langue". Appel pour une politique européenne de la traduction

Pétition lancée à la suite des Etats Généraux du multilinguisme (Paris, La Sorbonne, 26 septembre 2008)
mardi 30 septembre 2008
 Christian PUREN

Le présent appel a été rédigé en amont des Etats généraux du multilinguisme, réunis à La Sorbonne (Paris) le 26 septembre 2008, et lu publiquement par Paolo Fabbri.

A moins de se renier elle-même, l’Europe ne se construira pas sans respecter la pluralité de ses langues. Deux voies s’offrent à elle : généraliser le recours à un « dialecte de transaction » pour favoriser les échanges, au risque d’un appauvrissement collectif ; ou bien se réjouir de la diversité linguistique et la garantir pour permettre une meilleure compréhension réciproque et un vrai dialogue.

L’Union européenne, du moins à l’intérieur de ses frontières provisoires, a assuré la circulation des marchandises, des capitaux et des hommes. Il est temps qu’elle se donne pour tâche de faire circuler les savoirs, les œuvres et les imaginaires, renouant ainsi avec les moments fertiles de l’Europe historique. Il est temps que les Européens apprennent à se parler à eux-mêmes dans leurs langues. Valoriser les langues de l’Europe contribuera à réconcilier les citoyens avec l’Europe. La traduction joue là un rôle politique essentiel.

Car une langue n’est pas seulement un instrument de communication, un service ; ce n’est pas non plus seulement un patrimoine, une identité à préserver. Chaque langue est un filet différent jeté sur le monde, elle n’existe que dans son interaction avec les autres. En traduisant, on approfondit sa singularité et celle de l’autre : il faut comprendre au moins deux langues pour savoir qu’on en parle une.

Parce qu’elle est dépassement des identités et expérience des différences, la traduction doit être au cœur de l’espace public européen qu’il incombe à tous de bâtir, dans ses dimensions citoyennes et institutionnelles, dans ses composantes culturelles, sociales, politiques, économiques.

C’est pourquoi nous appelons à la mise en oeuvre d’une véritable politique européenne de la traduction, qui reposerait sur deux principes : mobiliser tous les acteurs et secteurs de la vie culturelle (enseignement, recherche, interprétariat, édition, arts, médias) ; structurer tant les dynamiques internes de l’Union que ses politiques extérieures, en garantissant concrètement l’accueil des autres langues en Europe et l’intelligence des langues d’Europe ailleurs dans le monde.

Dans la traduction, le projet européen puisera une énergie renouvelée.

Ses premiers signataires sont : Adonis ; Vassilis Alexakis ; Etienne Balibar ; Tahar Ben Jelloun ; Yves Bonnefoy ; Barbara Cassin ; Michel Deguy ; Emmanuel Demarcy-Mota ; Claude Durand ; Umberto Eco ; Maurizio Ferraris ; Ghislaine Glasson Deschaumes ; Michèle Gendreau-Massaloux ; Yves Hersant ; François Jullien ; Julia Kristeva ; Eduardo Lourenço ; Amin Maalouf ; Robert Maggiori ; Federico Mayor ; Ariane Mnouchkine ; Jacqueline Risset ; Fernando Fernandez Savater ; Juergen Trabant ; Heinz Wismann

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