Communauté autonome de Valencia (Espagne) : L’anglais : outil ou alibi ?

vendredi 31 octobre 2008
 Antoine GALINDO

La réforme éducative voulue par le gouvernement de Zapatero rencontre une application particulière dans la communauté autonome de Valencia. L’anglais se trouve ainsi au centre d’une polémique qui a mis le feu aux poudres.

La loi organique sur l’Education 2/2006 du 3 mai 06 stipule :
« Pour ce qui concerne le curriculum, l’une des nouveautés de la loi est de mettre en évidence l’éducation à la citoyenneté dans toutes les activités éducatives et introduire de nouveaux contenus relatifs à cette éducation. […]. Son but est d’offrir à tous les élèves un espace de réflexion, d’étude et de l’analyse des caractéristiques fondamentales et le fonctionnement d’un régime démocratique, les principes et droits énoncés dans la Constitution espagnole et les traités et les déclarations universelles des droits de l’homme, ainsi que les valeurs communes qui forment le substrat de la citoyenneté démocratique dans un contexte mondial. Cette éducation […] ne peut pas être considérée, dans tous les cas, comme une substitution à l’enseignement religieux »

Or, dans les faits, sans être une substitution à l’enseignement religieux, l’éducation à la citoyenneté est maintenant une option à choisir en directe concurrence avec l’option « religion ». Cet enseignement religieux, bien évidemment majoritairement catholique, a constitué depuis des siècles, sauf à quelques courtes périodes exceptionnelles, une part importante de la formation aux humanités et la dictature franquiste en avait fait le fer de lance de sa politique éducative.
Avec la transition démocratique, on a cherché à limiter l’importance de l’enseignement religieux sans pour autant le sortir de l’école car le sujet est des plus sensibles et voit, chaque fois, s’affronter deux Espagne.

Et c’est ce qui se vit actuellement dans la Communauté Autonome de Valencia, gouvernée par le Parti Populaire de centre-droit opposé au Parti Socialiste Ouvrier Espagnol qui, avec José Luis Rodríguez Zapatero, est à la tête du Gouvernement central.

L’entrée en vigueur des programmes d’éducation à la citoyenneté s’est faite à la rentrée 2008-2009, et si toutes les communautés autonomes ont adopté et adapté ces nouveaux programmes, Valencia y a ajouté un petit plus : oui, puisque c’est la loi, à l’instruction civique, mais que celle-ci soit enseignée en anglais. C’est, pour Alejandro Font de Mora, Conseller de Educació de la Generaltat Valenciana, « une occasion unique de donner à tous les jeunes valenciens un enseignement qui les conduira vers le trilinguisme » Il est à noter cependant que la langue anglaise ne sera pas évaluée dans cette discipline.

Pour les syndicats enseignants, les représentants des parents d’élèves et des élèves, il s’agit d’un subterfuge pour contourner la loi et imposer l’enseignement religieux à tous ceux qui ne se lanceront pas dans l’aventure d’une éducation à la citoyenneté dont les contenus, dans une langue qu’ils ne maitrisent pas, resteront obscurs.

Voici donc l’anglais otage d’une guerre idéologique qui mobilise, depuis fin septembre, parents et enseignants dans les rues des grandes villes de la Communauté de Valencia et dont les médias espagnols ont fait ces jours-ci un événement national.

Antoine Galindo