"Vers une intégration linguistique luso-hispanique ?" Un article de José Antonio Vera paru dans le quotidien espagnol La Razón, 25 octobre 2008

mardi 4 novembre 2008
 Antoine GALINDO

J’ai trouvé remarquables les déclarations du Président du Brésil, Lula da Silva, soulignant l’importance de la Loi d’Espagnol par laquelle plus de neuf millions d’enfants brésiliens apprendront la langue espagnole dans les écoles. Cette loi oblige tous les collèges à offrir l’espagnol à leurs élèves. Pour Lula, un certain nombre de choses sont claires, tout comme pour Henrique Cardoso, qui en était venu à déclarer un jour que le Brésil est "entre l’espagnol et la mer ». Pour l’actuel président brésilien, l’Amérique latine s’achemine vers une intégration économique et politique, et celle-ci ne sera atteinte qu’en passant "par une intégration linguistique". Cela ne signifie pas que les Brésiliens vont cesser de parler portugais pour parler espagnol, mais plutôt que l’avenir obligera brésiliens et hispano-américains à faire un effort pour se comprendre indifféremment dans les deux langues. "Les pays de langue espagnole doivent parler portugais et nous devons parler espagnol. Après tant et tant d’années où la langue espagnole fut abandonnée, nous tenons à la récupérer", a déclaré Lula.

À l’heure actuelle, un million de jeunes étudient l’espagnol au Brésil, et lorsque la nouvelle loi sera pleinement entrée en vigueur ce nombre aura augmenté jusqu’à onze millions, le but de l’actuel gouvernement étant que, dans un proche avenir, trente millions de Brésiliens puissent comprendre et parler l’espagnol, et à long terme l’ensemble de la population (190 millions). En fait, aujourd’hui déjà, les universités incluent la connaissance de [la] langue [espagnole] comme une condition sine qua non pour réussir les examens d’entrée, et dans certaines d’entre elles, elle est la plus demandée, plus même que l’anglais. À l’Université de Rio de Janeiro, au cours de l’année scolaire 2005-2006, 28 000 candidats environ ont choisi de se présenter à l’examen en espagnol, contre 18 000 en anglais et 800 en français. Au Brésil, existent déjà un total de 26 universités publiques et 24 privées qui offrent la licence en espagnol, une langue qui est maitrisée par 45 pour cent des dirigeants de grandes entreprises.

Cette décision de Lula devrait être appuyée progressivement par tous les pays de la communauté ibéro-américaine y compris l’Espagne et le Portugal, car il faut très peu d’efforts pour que la totalité des orateurs dans les deux langues (700 millions dans le monde) puissent très bien se comprendre. Il convient de garder à l’esprit que le pourcentage de similarité lexicale de l’espagnol avec le portugais est de 89 pour cent. C’est le plus important entre deux langues d’origine latine, au-dessus même du catalan et de l’italien, avec lesquels l’espagnol garde une similitude de 85 et 82 pour cent respectivement., C’est avec très peu d’efforts donc (une heure par semaine) que les hispanophones pourraient comprendre le portugais, et les brésiliens et portugais l’espagnol. C’est là quelque chose qui serait mis en œuvre par la décision de diffuser librement au Portugal et au Brésil, les plus importantes chaînes de télévision en langue espagnole, et en faisant de même en ce qui concerne la télévision portugaise et brésilienne en Espagne et dans d’autres pays hispaniques.

Je suis convaincu que de cette manière nous donnerions au monde une véritable leçon d’intégration, particulièrement de nos jours où tant de murs linguistiques sont érigés au nom du nationalisme. Un bon sujet de débat, sans doute, pour les toujours moins utiles sommets ibéro-américains. Et un thème à proposer aux jurés des prochains Prix Prince des Asturies.

José Antonio Vera , La Razón, 25 octobre 2008

Traduction Antoine GALINDO


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