En direct de la présidence - 4/2005 des Langues Modernes

dimanche 1er janvier 2006

Note par Sylvestre Vanuxem

président de l’APLV

Les 26 et 27 novembre 2005 se sont déroulés le colloque « les langues pour la cohésion sociale : didactique et politique linguistique » et l’Assemblée Générale de l’APLV. Je ne reviendrai pas sur les interventions de ce colloque puisque son thème est aussi celui de ce numéro des Langues Modernes. Ceci permettra à tous de juger de la qualité du contenu de cette manifestation. Je souhaite seulement ici renouveler mes remerciements au Centre Européen pour les Langues Vivantes et à son directeur, Adrian Butler, pour sa collaboration ainsi qu’à l’Université de Paris VII, notamment l’UFR EILA (Etudes Interculturelles et Langues Appliquées), pour sa précieuse aide matérielle qui a permis à ce colloque d’avoir lieu. La satisfaction manifestée par les participants à son issue a montré son intérêt et justifié les efforts des organisateurs.

Juste avant le colloque, les 24 et 25 novembre, les Assises Européennes du Plurilinguisme se sont tenues à l’Ecole Normale Supérieure, rue d’Ulm, et au Sénat à Paris. L’APLV a contribué à l’organisation de cette manifestation initiée par M. Christian Tremblay de l’ASEDIFRES (Association des Diplômés Français de l’Enseignement Supérieur.) Celle-ci a permis de réunir tous les partisans d’une Europe plurilingue. Les débats ont certes montré que les moyens et les enjeux pouvaient diverger selon les participants mais le mérite de ces assises a été de définir un certain nombre de propositions communes qui seront relayées auprès des autorités et de l’opinion publique. D’autres assises pourraient avoir lieu à l’avenir pour observer la prise en compte de ces propositions et le chemin parcouru par l’idée de plurilinguisme.

Je profite de ces lignes pour remercier la Rédactrice en Chef des Langues Modernes, Astrid Guillaume, pour son implication tant dans l’organisation du colloque « les langues pour la cohésion sociale » que dans celle des Assises Européennes du Plurilinguisme.

Le Haut Conseil pour l’Evaluation de l’Ecole, créé par l’ancien ministre François Fillon, a publié un avis intitulé « Quelle Politique pour quel enseignement des langues ? ». Cet avis s’appuie sur une étude demandée à François Grin, Professeur à l’Université de Genève dont l’objet est « L’enseignement des langues comme politique publique ». De façon intéressante, cette étude prône, comme l’APLV, la mise en place d’une véritable politique linguistique afin d’assurer la diversification dans l’enseignement des langues vivantes. Mais l’aspect original réside dans les raisons qui rendent cette politique nécessaire, celles-ci n’étant pas culturelles ou philosophiques, mais économiques. En effet, le professeur Grin analyse l’impact financier du « tout-à-l’anglais » sur les économies des pays non-anglophones. Tout est passé en revue, le coût de la formation, l’avantage des anglophones dans les négociations économiques et politiques... Bref, « la diversité de l’offre linguistique » voulue par notre système éducatif a beau être « illusoire » à l’heure actuelle, elle apparaît désormais comme une nécessité économique. Certes, ce n’est pas là le motif le plus « noble » de la défense du plurilinguisme, mais cela peut se révéler un argument de poids lorsqu’on oppose aux défenseurs de l’enseignement de toutes les langues que nous sommes depuis toujours, l’éternel argument du coût exorbitant de ce dernier.

Il est amusant de constater que deux ans après la parution du rapport de la Commission Thélot qui préconisait l’enseignement obligatoire de « l’anglais de communication internationale », les choses semblent évoluer dans le sens inverse, c’est-à-dire le bon, pour des raisons jamais évoquées à ce jour.

Je signalerai aussi la parution d’une « lettre Flash » [1] du Ministère de l’Education nationale au mois d’octobre, revenant sur les aspects de la réforme des langues que j’évoquais dans le précédent numéro des Langues modernes et dans le Polyglotte. Il y est notamment question des Commissions académiques de langues vivantes dont le rôle est défini d’une façon qui justifie que les associations de spécialistes comme l’APLV demandent à en faire partie, ce qui n’est malheureusement pas prévu dans les textes à l’heure actuelle.

Comme je le disais plus haut, ce numéro fait suite à la tenue du colloque « les langues pour la cohésion sociale », de la même manière, un prochain numéro des Langues modernes consacré aux premières années de la carrière d’enseignant de langues fera suite aux journées d’études APLV sur ce thème qui se tiendront les 28 et 29 janvier 2006 à l’IUFM d’Angers. Quel que soit notre avancement dans la carrière, nous pourrons tous contribuer à la réflexion et je vous invite à participer en nombre à cette manifestation.


[1Ce document est consultable en ligne à l’adresse suivante :
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/flash/201005_langues_etrangeres.pdf