"Le français correct plutôt que le français québécois" : une prise de position sur la question de la norme du français, par Paul Roux, Conseiller linguistique à La Presse

mardi 18 novembre 2008
 Christian PUREN

La question sur la norme linguistique a toujours été délicate chez les enseignants de langue, et elle devient de plus en plus brûlante sous la pression conjuguée des immigrations, des échanges internationaux et des dérives idéologiques du "politiquement correct" (qui exige le respect a priori de toutes les différences, à une échelle qui peut aller jusqu’à l’individu). Le débat actuel au Québec sur la norme du français à enseigner est certainement à prendre en compte dans une réflexion didactique moderne.

Christian Puren

Extraits

Le Conseil supérieur de la langue française doit se prononcer sur la norme du français au Québec au cours de l’automne. Le 23 septembre, à l’occasion d’un colloque tenu au Musée national des beaux-arts de Québec, le président du Conseil a indiqué qu’il entendait proposer l’adoption d’une norme proprement québécoise.

Dans ces circonstances, il n’est sûrement pas inutile, avant qu’ils se prononcent officiellement et définitivement, de rappeler aux membres du Conseil que leurs prédécesseurs ont toujours fait montre de beaucoup de prudence dans leurs prises de position sur la norme du français.

Un sujet délicat

Un événement récent est venu illustrer jusqu’à quel point la question de la norme du français à promouvoir au Québec est un sujet délicat : qu’on se rappelle le tollé de protestations qui a suivi la proposition débattue par le Parti québécois de recentrer l’enseignement de la langue autour de la « langue québécoise standard orale et écrite ». Toutefois, ce qui n’a pas été mentionné dans la presse francophone, mais l’a été dans la presse anglophone, c’est que la promotion de cette langue québécoise pouvait être en fait un facteur de discrimination envers les anglophones et les allophones. Ces derniers en particulier, qui de plus en plus apprennent le français avant même de venir s’établir chez nous, sont prévenus avant leur départ que la langue de travail au Québec est le français. Or, que découvrent-ils à leur arrivée ? D’abord, qu’il est difficile de se trouver du boulot. Ensuite, que pour travailler à Montréal il faut, plus souvent qu’autrement, connaître l’anglais. Imaginez leur déconvenue s’il faut en plus qu’on leur dise qu’ils n’ont pas appris la bonne variété de français ! (...)

Car l’imposition d’une langue standard n’est pas une opération anodine. Le standard entraîne une dévalorisation des autres variétés, il affermit les barrières sociales déjà existantes et conforte les mécanismes d’exclusion, confinant certains locuteurs hors de la variété nationale et dans un statut d’infériorité sociale. Dans ces conditions, il faut se demander quel standard cause le moins d’injustices sociales, tant chez les membres de la société d’accueil que chez ceux qui viennent avec le désir de s’intégrer à cette dernière : le standard québécois, qui n’est encore décrit nulle part, ou le français dit international, bien décrit dans de nombreux manuels et dont l’enseignement se fait partout dans le monde ?

L’enseignement du français fait face à des difficultés déjà assez grandes sans qu’il soit besoin de venir brouiller les cartes avec une proposition visant à introduire une nouvelle norme alors que les résultats scolaires en maîtrise du français sont à la baisse.

Lire l’article sur le blog de Paul Roux.


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