L’ Enseignement du russe en France

lundi 31 juillet 2006

Bulletin de l’Association Française des Russisants
N° 35 - FEVRIER 2005
SOMMAIRE

Paris, mardi 1er mars 2005

CHIFFRES

I. Enseignement secondaire :

ÉLÈVES
Nombre d’élèves à la rentrée 2002 :
-Public : 12 000
-Privé : 1300
-Total : 13 300
Rappel :
Total élèves en 1997/1998 : 16 600.
Total d’élèves en 1987/1988 :
- public : 24 274 élèves
- privé : 2489 élèves
- total : 26763 élèves
Soit une perte de la moitié des effectifs en 14 ans, entre 1988 et 2002

On ne peut que constater la désaffection réelle des jeunes Français pour le russe. Le russe ne garde en réalité comme seuls points d’ancrage forts les bons établissements des centre-ville pour lesquels l’administration tolère les stratégies de contournement de la carte scolaire ainsi quelques autres établissements où la résistance opiniâtre du professeur de russe et le soutien du chef d’établissement permettent de sauver le poste de russe.

2. ENSEIGNANTS
1986/1987 : 487 dans le public + une quarantaine dans le privé : 530
1996/1997 : 390 dans le public + privé stable : 430
2002/2003 : 314 dans le public + 35 environ dans le privé = total : 350
- Donc en 2002/2003 350 professeurs pour 13 300 élèves dans l’enseignement secondaire public et privé.

II.Enseignement supérieur :

Universités :

L’AFR ne dispose pas de chiffres exacts, mais il est possible de tenter une approximation plausible.
Le russe est enseigné dans 25 universités françaises :
En région parisienne : Paris IV Sorbonne, INALCO viennent largement en tête, puis Paris X Nanterre, Paris VIII Saint-Denis, Paris I Panthéon Sorbonne, Paris II Panthéon Assas, Paris III Sorbonne nouvelle ;
En province :
Lille, Nancy, Strasbourg, Caen, Le Havre, Rennes, Besançon, Dijon, Grenoble, Lyon, Clermont-Ferrand, Poitiers, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Nice, Aix-en-Provence.
On peut évaluer à 180-200 le nombre d’enseignants de russe dans le supérieur, toutes catégories confondues.
Quant au nombre d’étudiants, l’AFR ne dispose pas de chiffre précis mais on peut avancer raisonnablement la fourchette de 2000 - 2500 étudiants toutes filières confondues.
Donc 200 professeurs pour 2000/2500 étudiants environ.

Grandes écoles :
L’AFR ne dispose pas de chiffres.

ANALYSE

La situation est radicalement différente dans le secondaire et dans les universités :
_ Dans les universités, le russe se maintient voire progresse, mais l’afflux d’étudiants de Russie, Bélarus, Ukraine, Moldavie, Estonie, Lituanie, Lettonie, ainsi que des Etats d’Asie centrale, d’Europe centrale et orientale, contribue pour une bonne part à ce maintien.
Dans les collèges et lycées, la chute brutale est enrayée ; on constate une relative stabilisation depuis 2002 mais à un niveau extrêmement bas, moins de 1% des élèves. D’autre part, le russe continue à être victime d’une lente érosion : chaque rentrée scolaire voit des classes ou des postes supprimés.
Les causes de l’effondrement du russe dans le secondaire :
- la réputation de langue difficile (même chose pour l’allemand), les élèves ayant de plus en plus tendance à choisir la facilité supposée, donc l’espagnol.
- Elèves et parents ne voient pas toujours l’intérêt de l’apprentissage du russe en terme de carrière professionnelle.
- Les petites disciplines gênent les administrations des lycées dans l’établissement des emplois du temps.
- Les impératifs budgétaires nationaux : en dessous d’un certain nombre d’élèves par classe, le maintien de l’enseignement est injustifiable sur le plan budgétaire.
- L’image brouillée, voire inquiétante, de la Russie, véhiculée par les mass-média : crise économique et sociale, misère, alcoolisme, banditisme, insécurité, dérapages anti-démocratiques sont les thèmes qui reviennent le plus souvent et ils finissent par marquer les consciences.
Cependant, en terme d’image, il convient de noter que la Russie n’est pas l’Allemagne, qui laisse totalement indifférents la plupart des jeunes Français ; la Russie et le russe continuent d’intriguer : éveiller la curiosité, susciter l’intérêt d’une petite partie des jeunes à leur endroit reste possible. A contrario, la preuve en est apportée par l’impact très positif d’un séjour en Russie : les élèves français qui sont reçus dans les familles et écoles russes reviennent enchantés de leur voyage et leur opinion sur la Russie et les Russes a complètement changé.

LES RÉPONSES POSSIBLES :

1. Il faut donc multiplier les échanges scolaires et universitaires et faire sauter des deux côtés (russe et français) tous les obstacles administratifs :
- visas gratuits pour les élèves et étudiants, visas de longue durée à entrées et sorties multiples pour les enseignants du secondaire et enseignants/chercheurs du supérieur.
- Et surtout, suppression de l’enregistrement obligatoire (регистрация) en Russie : en effet, pour un jeune citoyen de l’Union Européenne, habitué à se déplacer librement à l’étranger d’un endroit à l’autre, cette obligation d’enregistrement à la police russe d’une localité à l’autre est quelque chose d’incompréhensible, de totalement « décalé » et archaïque, qui fait à ses yeux de la Russie un pays à part.

2. Pour redresser l’image de leur pays, l’Ambassade de Russie en France, le Centre culturel, doivent s’impliquer beaucoup plus fortement auprès de l’opinion publique française, en particulier dans les grands moyens d’information de masse et dans l’affichage publicitaire dans les rues, comme le font les Allemands.
Il faut aussi assurer une présence beaucoup plus forte auprès des autorités nationales et régionales de l’Education nationale : ministère à Paris mais aussi Recteurs d’Académies en province, défendre pied à pied chaque classe, chaque poste de russe.
_ Mes collègues du Bureau et du Comité national de l’AFR et moi-même sommes prêts à poursuivre et compléter avec vous la réflexion sur ce sujet, cette note de synthèse, non exhaustive, pouvant servir de base de travail et d’action.
Philippe COMTE,
Président de l’AFR

Association française des russisants, 9, rue Michelet, 75006 Paris
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