Le multilinguisme, garantie de la sécurité des données informatiques ?

jeudi 11 décembre 2008
 Sylvestre VANUXEM

Dans un rapport intitulé « L’enseignement des langues comme politique publique » et présenté en 2005 au Haut Comité de l’évaluation de l’école (HCée), l’économiste suisse François Grin dénonçait les risques économiques, notamment, liés au choix du « tout anglais ». On ne parle malheureusement plus assez de ce rapport. Pourtant, ces risques s’étendent aujourd’hui à toutes sortes de domaines, même les plus inattendus, comme celui de la sécurité des données informatiques.

L’article de Benjamin Sutherland « The rise of black market data » paru dans le numéro du 15/12/08 du magazine américain Newsweek [1] consacré à l’économie souterraine de la vente de données confidentielles volées sur internet révèle ceci : "This hybrid market "works really well" by partially skirting the territory of cyber law-enforcement agencies. International groups are also increasingly shunning the use of English—many opting instead for Russian—in an effort to evade U.S. cops." [2]

Ainsi, le fait de marginaliser certaines langues les transforme en refuges pour la communication des criminels qui ont appris depuis longtemps à éviter les routes trop fréquentées et donc trop contrôlées.

On peut être convaincu qu’il faut encourager le multilinguisme pour des raisons philosophiques : il est une arme contre bien des maux. Mais, pour les plus pragmatiques d’entre nous, voici une nouvelle preuve que ces maux peuvent aussi être bien concrets.


Rapport de François Grin sur le site du HCée

[2Ce marché hybride « se porte très bien », en partie parce qu’il contourne le territoire contrôlé par les services chargés de faire respecter la loi sur la toile. Les groupes internationaux (de pirates informatiques –NDLR) évitent de plus en plus l’emploi de l’anglais – beaucoup lui préférant le russe – afin d’échapper aux policiers américains.