Compte rendu de lecture :« Les ressources éducatives en libre accès : Pour diffuser gratuitement des connaissances », par Rémi Thibert

mercredi 17 décembre 2008

L’OCDE a publié en 2007 plusieurs rapports concernant les Ressources Éducatives Libres dans l’enseignement. Nous vous proposons quelques notes de lecture qui nous sont apparu importantes, en nous basant essentiellement sur le résumé du rapport intitulé « Giving knowledge for free : the emergence of Open Educational Resources », traduit par «  Les ressources éducatives en libre accès : Pour diffuser gratuitement des connaissances  ». Nous reviendrons sur le terme « en libre accès » choisi par l’OCDE. Ce rapport, s’il est central, n’est pas le seul. Nous mentionnerons aussi les rapports intitulés On the Sustainability of Open Educational Resource Initiatives in Higher Education et Open Content Licensing (OCL) for Open Educational Resources, qui datent tous deux de 2007 aussi.

L’UNESCO a été le premier organisme à parler de ces ressources éducatives en libre accès lors d’une conférence en 2002. Le terme "Open Educational Resources" (OER) a été adopté depuis.

Comment définir ces OER ?

Il s’agit de "matériels numériques offerts gratuitement et librement pour les éducateurs, les étudiants et les apprenants autonomes dans un but d’enseignement, de formation et de recherche". Ce peut être du contenu pédagogique, des logiciels de création, des ressources avec des licences spécifiques. Il est à noter que pour l’instant, la majorité des producteurs de ressources en libre accès (des cours universitaires) se trouvent dans les pays anglophones développés. Le Massachusset Institut of Technology (MIT) a été pionnière en la matière, en proposant une plateforme de cours en libre accès (MitOpenCoursWare) dès 2001.

Les progrès technologiques, l’arrivée du web dit 2.0 (interactif et communautaire, organisé en réseaux de plus en plus complexes), favorisent le partage des connaissances, des fichiers, des documents entre les individus. Or, tout enseignant a le souci de partager son savoir, de diffuser la connaissance, au plus grand nombre possible. Il était donc normal que le monde éducatif se saisisse de ce formidable outil de diffusion massive. Mais d’autres raisons sont avancées dans ces rapports : faciliter l’accès à l’enseignement pour le plus grand nombre, rapprocher les enseignements non formels et les enseignements institutionnalisés, encourager la formation tout au long de la vie, mettre à profit l’argent des contribuables, réduire les coûts de production et de diffusion, améliorer les images des établissements, trouver de nouveaux modèles économiques, et élaborer de nouvelles ressources éducatives.

Pourquoi des OER ?

L’intérêt des OER réside dans le fait que ces ressources peuvent être réutilisées par d’autres personnes (enseignants, formateurs, mais aussi apprenants), modifiées, enrichies. Pour ce faire, il faut que les contenus soient utilisables par tous, d’où la nécessité d’avoir recours à des formats ouverts (que chacun, quel que soit son équipement, sa localisation, puisse avoir accès à ces ressources), et la nécessité de faire évoluer la notion de copyright, qui a priori, interdit toute réutilisation des ressources. Le copyright, s’il a permis de protéger les auteurs, n’est en effet plus adapté aux nouveaux moyens de communication. C’est pourquoi le professeur Lawrence Lessig fonde les licences Creative Commons en 2001. Ces licences sont prévues pour être reconnues partout dans le monde, ont déjà été intégrées aux législations de plus de 35 pays et sont en discussion dans plus de 20 (chiffres de 2007). Ces licences Creative Commons proposent un choix entre 6 formules possibles, en fonction des options que l’on choisit ou pas. Toutes donnent le droit d’utiliser, de copier et redistribuer, à condition de citer l’auteur (BY = paternité). Ensuite, on peut autoriser ou non les modifications (ND = no derivative), l’utilisation commerciale (NC = non commercial), et obliger ou non les personnes qui en font un produit dérivé à remettre la production sous la même licence (SA = share alike). Toutes ces combinaisons ne peuvent donc pas être considérées comme totalement libres : les clauses NC et ND sont très restrictives.

À propos de licences

Il existe d’autres types de licences libres. Certaines sont clairement définies, comme le copyleft (« gauche d’auteur », qui autorise la réutilisation et la modification, à condition que le produit ne soit pas utilisé pour une licence ensuite propriétaire), en opposition au copyright. L’OCDE, dans ses rapports, ne fait pas la distinction entre celles qui sont libres, et celles qui ne le sont pas. C’est pourquoi le terme de « Ressources Éducatives en accès libre » est utilisé. L’OCDE présente les licences Creative Commons comme une redéfinition du copyright qui permet d’organiser le libre accès aux ressources. Pour connaitre les autres licences, il est possible de se reporter au site GNU (http://www.gnu.org/licenses/license-list.fr.html).

Les licences "libres" (au sens où l’entend l’OCDE) sont amenées à se généraliser dans le domaine éducatif, notamment avec les nouvelles technologies et le développement des innovations qui favorisent le travail collaboratif, et donc la création collective de nouveaux savoirs. Le savoir doit être partagé, et doit l’être de manière légale, à l’instar de ce qui se fait autour du projet Wikipédia. En France, c’est précisément ce que des associations d’enseignants ont entrepris, notamment Sésamath, qui est pionnier en la matière, et Openenglishweb dans son sillage.

Et les pouvoirs publics ?

Pour terminer, nous souhaitons reprendre la conclusion du rapport, qui prend position en ce qui concerne l’implication des pouvoirs publics vis à vis du développement de ces ressources.

« Les pouvoirs publics qui souhaitent encourager le développement de ces ressources devraient consacrer une petite part des fonds réservés à l’éducation à la diffusion libre de matériels pédagogiques conçus dans des établissements publics ainsi qu’à l’accès au secteur éducatif des archives et collections de musée nationales numériques.
Les partenariats public-privé devraient être davantage utilisés pour conjuguer le savoir-faire et les ressources des deux secteurs. Chaque fois que cela est possible et raisonnable, il convient d’utiliser des normes ouvertes et de recourir à des licences de logiciels libres. »

Il ne s’agit pas là d’un discours idéologique, qui opposerait les licences libres au copyright, mais bel et bien de faire en sorte que les nouvelles technologies permettent au monde éducatif de partager le savoir en toute légalité, sans pour autant léser les auteurs.


résumé du rapport (2007) en français