"Les trous noirs de l’évaluationnite", une interview de Pierre Frackowiak sur le site du Café pédagogique (3 mars 2009)

mardi 3 mars 2009
 Christian PUREN

"Pour Pierre Frackowiak, l’appel constant à l’évaluation tue le rêve sans répondre aux attentes." Une interview intéressante, qui amène à resituer les demandes d’évaluation en langues vivantes dans le cadre d’une "évaluationnite" qui sévit dans l’ensemble du système scolaire.

Extraits

Le premier trou noir (de l’évaluation) est celui de l’objet de la mesure et de son sens. (...)
Évaluer les compétences est beaucoup plus compliqué que l’on ne peut le concevoir que sur un petit nombre de compétences bien ciblées, que l’on considèrera comme des indicateurs, qu’il sera aussi important de comprendre les procédures utilisées, la trace du changement de l’apprenant, que de constater le résultat. La compétence est naturellement plus globale, sa définition reconnue au niveau international (UNESCO) étant la capacité à mobiliser toutes ses ressources pour réaliser une tâche ou résoudre un problème dans un contexte significatif. Nous sommes loin de cette conception de l’évaluation qui est peut-être la seule qui vaille dans la perspective de la société de la connaissance et de la formation tout au long de la vie. Au-delà encore, il y a lieu de s’interroger sur nos possibilités d’évaluer la capacité à se gérer soi-même, à s’occuper d’autrui, ou à gérer un projet … Je doute que la connaissance de la définition de l’adjectif qualificatif ou sa reconnaissance dans une phrase permette d’estimer la capacité de s’exprimer et de dialoguer. (...)

Le second trou noir me semble moins subjectif et vraiment fondé sur la logique. Comment peut-on persister, comme c’est le cas depuis les premiers temps de l’évaluationnite, à évaluer les performances ou les résultats des élèves sans les mettre en relation avec les pratiques qui les produisent ? (...) Il faut aller voir les pratiques réelles et les comprendre, ce qui serait l’intérêt des enseignants eux-mêmes qui auraient à se mettre au clair sur leurs représentations, sur l’image idéalisée qu’ils ont du métier et l’image réelle, sur leurs choix, sur l’évolution de leurs pratiques.
Les corps d’inspection auraient normalement la possibilité d’analyser ces rapports entre les pratiques et les résultats, sauf que les tonnes de rapports qu’ils produisent ne sont pas exploitées. Il est vrai aussi que, pour l’heure, les rapports d’inspection ne décrivent pas nécessairement des comportements et que la tendance à l’administratisation et à la technicisation (notamment par l’évaluationnite) accroît la part du temps consacrée par les inspecteurs à l’observation des résultats (la paperasse) et à faire des recommandations de l’ordre de l’incantation et non de l’ordre de l’accompagnement à la prise de conscience des pratiques et à l’apprentissage des moyens de leur évolution."

Lire l’interview sur le site du Café Pédagogique.