« Apprentissage des langues et pratiques artistiques », Joëlle ADEN (dir.)

mardi 28 avril 2009
 Laure PESKINE

Présentation :

Apprendre des langues ne fait pas seulement appel aux aspects formels de la pensée, mais relève également de l’imaginaire et des rêves qui nourrissent les cultures. Les langues partagent avec les enseignements artistiques des traits et des objectifs communs, c’est ce que montrent les articles présentés dans cet ouvrage. Le lecteur y trouvera des comptes-rendus de recherche sur des pratiques innovantes, des analyses de partenariats entre des enseignants et des artistes : danseurs, musiciens, comédiens ou plasticiens, ainsi que des apports théoriques sur la question.

Nombre de pages : 429
ISBN : 978-2-304-02296-4
EAN : 9782304022964
Date de parution : 30.09.2008

Livre papier : 25,9 €
Livre Numérique (pdf) : 7,9 €

En vente sur http://www.manuscrit.com/Book.aspx?id=12292

Extrait de l’ouvrage

Dans la théâtralisation, on peut se servir de ces trois niveaux de réponse pour accéder en tant qu’acteur au ressenti émotionnel, mais aussi pour y accéder en tant que spectateur. Les deux premiers niveaux relèvent de l’expérimentation physique. Déjà Lipps (op. cit), parlant du stade du miroir, postulait qu’au travers de « l’instinct d’imitation » de mimiques, de gestes ou de postures, nous ressentirions en nous-mêmes les sentiments que nous imitons. Les avancées en neurosciences cognitives, montrent le lien fort entre la perception et l’action. La découverte des neurones miroirs pourrait donner des pistes pour aider à comprendre pourquoi le fait de se mettre dans une attitude particulière peut nous faire ressentir des émotions, et aussi pourquoi le fait de voir des acteurs en action nous fait également ressentir des émotions. La théorie des neurones miroirs postule que « l’observation accomplie par autrui évoque automatiquement chez l’observateur une représentation motrice de l’action observée, à condition que celle-ci appartienne à son répertoire comportemental » (Parcherie, in Berthoz, 2006 : 169). L’équipe du professeur Rizzolatti (1998), qui est à l’origine de cette découverte, a montré que les neurones miroirs projettent une description de l’action élaborée dans les aires visuelles complexes vers les zones motrices. Il pense que la fonction principale de ce système de neurones miroirs est de permettre la compréhension de l’action. Pour reconnaître l’autre en train de « faire », nous activons notre propre système moteur, ce qui nous permet d’avoir une compréhension réelle et expérientielle de l’action que nous voyons se dérouler. Les neurones miroirs, reliés au lobe préfrontal, sont également engagés dans la compréhension de l’intention. Les données les plus récentes suggèrent même que ces mécanismes miroirs sont impliqués dans l’empathie, qui « dépendrait de l’activation, au cours de l’observation de l’autre en état émotionnel, de circuits qui élaborent les réponses émotionnelles correspondantes chez l’observateur ». Pour Cyrulnik (2006 : 156) « les neurones-miroirs entrent en résonance avec le geste de l’autre qui nous touche ». Lorsque nous voyons quelqu’un faire quelque chose, tout se passe comme si nous étions en train de le faire. C’est ainsi que nous entrons en communication avec les autres, en partageant leur monde intime qui résonne en nous, en anticipant leurs intentions. C’est probablement une partie du mécanisme qui permet au spectateur d’adhérer à l’interprétation du comédien, de reconnaître l’émotion et la justesse de celle-ci au travers du jeu physique : se voir et se « sentir agi » en miroir. Comprendre avec son corps L’analyse des ateliers révèle que le plus difficile pour la comédienne a été de faire lâcher prise par rapport aux schémas préconstruits et à trouver assez de disponibilité chez les élèves pour explorer les personnages au travers de techniques physiques. C’est la raison pour laquelle, dans les propositions que j’ai faite pour l’enseignement à l’école élémentaire (Aden, Lovelace, 2004) je propose de rééquilibrer les formes d’entrées mentales et physiques dans le texte plutôt que de commencer par une étude de texte pour aboutir au jeu théâtral.

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