"Les compétences, oui, mais ce qui compte, c’est de faire apprendre..." : une interview de Bernard REY sur le site du Café Pédagogique ("Le mensuel" n° 103)

mardi 26 mai 2009
 Christian PUREN

Dans cette interview, Bernard Rey fait une distinction intéressante entre compétences générales et compétences spécifiques, et à l’intérieur de ces dernières, une distinction entre connaissances, procédures automatisables et compétences avec mobilisation.

À propos des compétences générales (par exemple « savoir observer », « savoir identifier un problème », « savoir émettre une hypothèse », « savoir traiter l’information »

"(Elles) me semblent très difficiles à faire acquérir, parce que précisément leur énoncé laisse complétement ouvert le type d’objet sur lequel elles portent. (...)
L’idée de « compétence générale » repose sur plusieurs idées à discuter :
- la structure commune d’un « problème » ou d’une « hypothèse » ;
- la capacité des individus à repérer ce qui serait commnu dans des structures diverses ;
- que la même opération mentale soit à l’œuvre pour traiter ces situations diverses.
Les résultats de la recherche en psychologie cognitive vont dans le sens d’un refus de ces trois suppositions. Quand un individu met en œuvre une démarche pour accomplir une tâche, il n’est pas nécessairement capable de faire la tâche dans une autre situation. Ce qu’on a pu appeler le « transfert », sur lequel on s’est beaucoup focalisé jusque dans les années 1990, ne permet de déboucher sur aucune conclusion : on continue à ne pas y comprendre grand chose, et à ne pas voir ce qui se passe."

(Les compétences « spécifiques » sont au contraire celles sur lesquels l’objet est spécifiquement indiqué (« adapter son écrit », « conjuguer un verbe », « savoir lire un graphique ».)

À propos des procédures

"Je relève deux fausses pistes :
- Le fait de croire qu’en renforçant l’automatisation des procédures, on va aider l’élève à être plus aptes à les mobiliser à bon escient. Certes, si les élèves n’automatisent pas certains procédures de base, ils ne peuvent pas les utiliser à bon escient . Mais c’est insuffisant, et ce me semble être le grand échec des « pédagogies par objectifs » des décennies passées.
- Le fait de croire qu’on pourrait imaginer des « familles de situations » ou des « familles de tâches » qui permettraient qu’un élève familier d’un type de tâche puisse, parce qu’il sait dans quel type de tâche cette procédure est utilisée, la transférer dans un domaine proche. Or, rien ne dit que quand on sait utiliser Pythagore en géométrie (trouver la longueur d’un côté à partir des deux autres), on puisse comprendre « le périmètre des situations » dans lequel cette procédure est utilisable (par exemple si l’énoncé du problème ne précise pas qu’on est en présence d’un triangle-rectangle). Un élève peut avoir très bien compris une procédure, sans pour autant reprérer sa « famille de tâches » dans une autre situation.
Il reste donc un problème, que je considère être le sens de la difficulté dans toutes les disciplines : identifier les tâches auxquelles on convie les élèves, percevoir qu’une tâche ou une situation relève de telle ou telle famille, et requiert telle ou telle procédure."

À propos de "l’approche par compétences"

Dans l’approche par compétences, entendue comme possibilité d’accomplir une tâche dans une situation nouvelle, complexe, sur la base de procédures apprises en classe, il reste la difficulté du choix, de la sélection « pertinente » des procédures, qui demandent à l’élève d’intepréter le contexte « scolairement acceptable » de la situation, contrairement à ce que ressentent certains enseignants, eux qui baignent dans cet univers culturel."

Lire l’interview de Bernard Rey sur le site du Café Pédagogique.


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