Commentaire de texte de membres de l’APLV sur le rapport de Richard Descoings, « Préconisations sur la réforme du lycée » (2 juin 2009)


Le rapport de Richard Descoings, "Préconisations sur la réforme du lycée" (2 juin 2009), est disponible sur le site dédié à la consultation qu’il a menée à la demande du ministre de l’Éducation nationale.
On trouvera ci-dessous tous les passages concernant les langues vivantes dans ce rapport, avec les commentaires des membres cosignataires de l’APLV :
"R.D." = Rapport de R. Descoings ;
"APLV" = commentaires des cosignataires.

R.D. p. 24 : « Il faut concentrer les moyens sur les enseignements qui exigent le plus des effectifs en groupe restreint, et je pense plus particulièrement aux langues vivantes. »
APLV : Nous ne pouvons que nous féliciter de voir reconnue la nécessité d’effectifs réduits dans notre discipline. Cette reconnaissance est apparemment à mettre en relation avec la mise en avant, dans ce rapport, de la nécessité d’une maîtrise orale des langues étrangères.

R.D. p. 48 : « Pour mieux assurer la réussite du choix de cette option, la place des langues pourrait être singulièrement accrue en série L, par le nombre d’heures d’enseignement, le nombre d’élèves par classe et une meilleure répartition des coefficients sur les épreuves du Bac. »
APLV : Nous ne pouvons que partager ces propositions, où nous retrouvons le paramètre « nombre d’élèves par » déjà cité par R.D. p. 24, auquel il en ajoute ici un second, dont tous les enseignants de langue connaissent aussi l’importance, à savoir le nombre d’heures hebdomadaires. Leur réduction il y a quelques années dans les classes du second cycle a été très mal ressentie par les enseignants, qui ont considéré que le ministère leur retirait les moyens indispensables pour atteindre les objectifs qu’il leur fixait lui-même par ailleurs.

R.D. (chap. 2, « Revaloriser la série ») :
- p. 54 : « Est également préconisé de façon complémentaire de donner sa place à la culture scientifique et de renforcer les langues vivantes en L. »
- p. 57 : « Équilibrer les filières de la voie générale […] Culture scientifique, langues vivantes, introduction au droit en L. »
APLV : Plutôt que ce collage un peu hétéroclite d’orientations différentes, il nous semblerait plus cohérent de créer une véritable « option langues vivantes » qui pourrait attirer les meilleurs élèves en langues, fonction que ne joue pas pleinement l’actuelle option LV3.

R.D. p. 60 : « Investir dans la maintenance informatique. »
APLV Cette recommandation ne concerne pas spécifiquement l’enseignement des langues, mais on sait que les enseignants de cette discipline sont de gros utilisateurs des TIC : l’APLV ne peut que se réjouir de voir ainsi pointé un problème fréquent dans les établissements, qui pénalise lourdement des enseignants qui font souvent partie des plus innovants.

R.D. p. 69 : « Renouveler l’esprit ciné-club dans chaque lycée. Cela contribuerait à en faire un lieu de vie et d’échanges. Les séances s’accompagnent de préparations pédagogiques et donnent lieu à des débats. Les Rectorats pourraient assurer des facilités de diffusion concernant les droits des œuvres diffusées, en lien avec le ministère, et promouvoir notamment des programmes en VO pour compléter l’apprentissage des langues. »
APLV : Nous considérons très positive cette mention de la question des droits sur les œuvres utilisées en classe par les enseignants de langues, question sur laquelle nous attirons régulièrement l’attention : voir par exemple, sur le site de l’APLV, « Appel à débat sur l’exception pédagogique », par S. Vanuxem, « Étudier des films en classe de langue : pédagogie et droits d’auteurs », par L. Peskine et B. Arbacette.

Nous reproduisons ci-dessous l’intégralité des pages spécifiquement consacrées au langues vivantes dans le rapport de R.D.


R.D.
e) Quelles finalités pour l’enseignement des langues ?
L’enseignement des langues vivantes provoque de grandes frustrations liées sans doute aux fortes attentes qu’il suscite. De nombreux lycéens notent une insuffisante maîtrise de la langue étrangère qu’ils ont pourtant pratiquée de façon régulière pendant au moins sept ans. Les conditions et les formats d’enseignement gagnent à être repensés de même que les formes d’évaluation de façon à gagner en efficience et en en cohérence.
- 1 - Développer des épreuves orales en langue
notamment au moment du baccalauréat, en harmonie avec le socle européen de compétence et en lien avec une pratique pédagogique qui veut davantage mettre l’accent sur l’oral.
IV : Rénover les enseignements et s’interroger sur les modes d’évaluation
Actuellement, les élèves suivent des cours de langue, dans des classes parfois surchargées et les enseignants insistent sur la pratique orale, mais les épreuves du baccalauréat, sauf exception, sont à l’écrit. Une autre façon d’évaluer la maîtrise des langues vivantes au moment du baccalauréat. De façon concrète, l’évaluation des élèves à l’oral pourrait se faire soit au sein des établissements, soit en mobilisant des enseignants de différents établissements travaillant en réseau, soit sous la forme d’un contrôle en cours de formation, soit sous la forme d’un examen final.
- 2 - Au moins un accord d’échange par lycée
L’apprentissage des langues est à associer à la découverte d’autres cultures et à des rencontres possibles avec des jeunes d’autres pays. Un première étape serait que tout lycée en France ait au moins un accord d’échange avec un autre lycée en Europe, et si possible deux ou trois dans autant de pays de l’Union européenne.
- 3 - Les ambassades au service des lycéens
Pour soutenir le développement de ces échanges et les séjours d’études des lycéens français à l’étranger, d’autres administrations pourraient utilement être mobilisées. Une cellule dans les ambassades et les consulats français pourrait par exemple être dédiée au soutien aux séjours d’études à l’étranger des lycéens français et aux échanges scolaires.
- 4 - Reconnaître et valoriser les séjours d’études à l’étranger
Le système fonctionne de telle façon aujourd’hui que l’ouverture des élèves et leur expérience à l’étranger sont souvent considérés dans l’indifférence voire sont découragés. Une étape serait de proposer une reconnaissance dans le parcours des lycéens des apports des séjours d’études longs à l’étranger. Cette reconnaissance pourrait se concrétiser par l’obtention de points supplémentaires pour le bac, de facilités pour rattraper le programme et la possibilité de passer dans l’année supérieure en dépit de l’absence. Le développement des cours par correspondance et la possible validation des compétences nécessaires pour passer dans l’année supérieure, en évitant ainsi un redoublement sont deux mesures qui pourraient être davantage soutenues institutionnellement.
- 5 - Droit à l’année de césure pour les bacheliers.
Dans le même esprit, il ne serait pas inintéressant que ce droit à l’année de césure et au séjour à l’étranger soit étendu aux jeunes bacheliers qui garderaient, un an plus tard, les mêmes droits pour s’inscrire dans un établissement d’enseignement supérieur que sitôt le bac passé.
- 6 - Le développement de bourses de mobilité sur critères du mérite, sociaux et financiers accompagnerait utilement ces actions.
- 7 - Un séjour d’études à l’étranger pour chaque lycéen
Afin que ce développement de l’ouverture vers l’étranger puisse concerner potentiellement tout lycéen et contribuer ainsi réellement à l’égalité des chances, un objectif sur 3 ou 5 ans pourrait être que tout lycéen fasse dans le cadre de sa scolarité au moins un séjour d’études à l’étranger.


APLV
- L’APLV note avec satisfaction que dans ce passage consacré spécifiquement aux langues vivantes du rapport, R.D. fait allusion une nouvelle fois à la question des effectifs : « Actuellement, les élèves suivent des cours de langue, dans des classes parfois surchargées [… ».
- « Les conditions et les formats d’enseignement gagnent à être repensés de même que les formes d’évaluation de façon à gagner en efficience et en en cohérence. » Cela fait bien longtemps que l’APLV attire l’attention sur la nécessité de mettre les épreuves du baccalauréat en cohérence avec les objectifs fixés à l’enseignement des langues. C’est pourquoi l’APLV avait fermement réagi à l’abandon de l’expérimentation de l’évaluation de la compréhension de l’oral au baccalauréat STG. Elle avait publié un communiqué de protestation le 13 septembre 2008, et lancé une pétition en ligne) qui avait recueilli 1478 signatures, et que nous avions transmises au ministère (comme d’habitude sans obtenir de réponse). Mais il ne s’agit pas seulement de la place des compétences à l’oral : l’épreuve actuelle dite de "compréhension" à partir d’un texte est en complet décalage avec la perspective actionnelle que le ministère demande par ailleurs aux enseignants de langues de mettre en œuvre tant pour l’évaluation continue que dans leurs orientations méthodologiques.
- « Un séjour d’études à l’étranger pour chaque lycéen ». Comme pour le baccalauréat, l’Éducation nationale fait montre sur ce point aussi d’incohérence. Une récente enquête de l’APLV sur les VSEE, Voyages Scolaires Éducatifs à l’Étranger a fait apparaître les très grandes difficultés auxquelles se heurtent les enseignants de la part de l’administration : cf. la synthèse, transmise elle aussi au ministère, et qui a pris naturellement la forme d’un cahier de doléances…

R.D. p. 72 (Synthèse des propositions)
Quelles finalités pour l’enseignement des langues ?
o Développer des épreuves orales en langue
o Au moins un accord d’échange par lycée
o Les ambassades au service des lycéens
o Reconnaître et valoriser les séjours d’études à l’étranger
o Droit à l’année de césure pour les bacheliers
o Le développement des bourses de mobilité
o Un séjour d’études à l’étranger pour chaque lycéen
APLV : Nous venons de le vérifier : Richard Descoings n’est abonné ni aux Langues Modernes ni à la lettre hebdomadaire de l’APLV, il est donc d’autant plus significatif qu’il reprenne ainsi deux idées fondamentales à nos yeux :
- l’une est l’indispensable cohérence entre les modes de certification (Brevet et Baccalauréat) et les objectifs institutionnels ;
- l’autre est que l’efficacité de l’enseignement des langues ne se joue pas seulement dans la salle de classe, mais dans tout un accompagnement externe indispensable pour que fonctionne le moteur principal de l’apprentissage, à savoir la motivation, accompagnement que la société elle-même ne prend pas toujours en compte (cf. le doublage systématique des films et des interviews à la télévision), mais que les enseignants de langues se sont toujours efforcés d’organiser à leur mesure sous forme de correspondances, échanges et voyages, alors même qu’ils le faisaient trop souvent dans des conditions difficiles et sans reconnaissance officielle.

Reste à espérer que les bonnes préconisations de ce rapport Descoings soient suivies des décisions officielles correspondantes. La longue expérience historique de l’APLV nous a appris, en effet, que l’Éducation nationale souffre d’une maladie chronique : l’incohérence entre les intentions affichées et les décisions prises.

- Christian PUREN, Président d’Honneur de l’APLV, Directeur éditorial de APLV-LanguesModernes.org
- Michel MOREL, Directeur éditorial adjoint de APLV-LanguesModernes.org
- Laure PESKINE, Secrétaire générale de l’APLV