La note du président - N° 3/2009 des Langues Modernes, par Jean-Yves Petitgirard

mardi 22 septembre 2009

L’année scolaire 2008-2009 aura été riche en péripéties de toutes sortes et laissera sans nul doute quelques amertumes : réformes lancées rapidement sans véritable concertation de fond ; réformes officiellement et temporairement retardées mais avec des décrets d’application déjà enclenchés ; protestations et manifestations de grande ampleur ; pétitions nombreuses couvrant un champ d’organisations tant syndicales qu’associatives assez impressionnant ; occupations et blocages de nombreuses universités avec à la clef une organisation des examens laborieuse allant jusqu’à des reports en septembre, mettant en danger certaines poursuites d’études… Et puis l’été est passé par là, apportant avec la chaleur et la fatigue des uns et des autres un certain relâchement, qui n’est sans doute que temporaire car les grandes questions demeurent. La fin de l’année scolaire a coïncidé avec deux évènements d’importance : le premier concerne le changement de ministre de l’Éducation Nationale, L. Chatel a donc succédé à X. Darcos, et le second la publication du rapport de R. Descoing qui s’intitule « Préconisations sur la réforme du lycée » [1].

L’arrivée de L. Chatel a pu paraître aux yeux de certains quelque peu incongrue, n’étant pas issu du sérail, comme on dit ; mais le fait d’en être n’est pas nécessairement un gage de réussite et les blocages auxquels nous étions parvenus avec X. Darcos en sont une illustration. Ceci étant, deux mois après les prises de fonction du nouveau ministre, nous sommes toujours en panne d’un vrai projet, de véritables perspectives et de concertations. Espérons qu’au moment où vous lirez ce billet, la situation aura évolué dans le bon sens.

Pour ce qui concerne les quelques 80 pages du rapport Descoing, tout le monde salue la méthode et l’ampleur du travail accompli. La vaste concertation qui a précédé sa publication a été plutôt exemplaire et, à sa lecture, l’impression d’avoir largement balayé le champ s’en trouve confortée. Cinq priorités ont ainsi été définies : redéfinir le rôle du lycée – accompagner l’orientation des élèves – rééquilibrer les voies et les séries – rénover les enseignements et s’interroger sur les modes d’évaluation – et enfin repenser les emplois du temps et les missions de l’enseignant. Les langues vivantes y sont évoquées dans la rubrique « rénover les enseignements et s’interroger sur les modes d’évaluation », elles font l’objet de quelques préconisations. On aurait pu s’attendre à une analyse plus ample, à des propositions plus précises, et peut-être un peu plus orientées vers l’enseignement / apprentissage des langues. Elles restent cependant intéressantes et renvoient à des thématiques sur lesquelles nous nous sommes souvent exprimés et à des batailles que nous avons menées encore tout récemment.

Pour faire court, deux grands axes ont été définis : l’un sur la place de l’oral dans l’enseignement et l’évaluation, et l’autre sur les liens entre l’élève et le pays dont il apprend la langue à travers les échanges, les séjours d’études, les bourses de mobilité. L’oral est clairement un de nos combats, et nous n’avons pas hésité à dénoncer l’abandon de l’épreuve de compréhension de l’oral pour les bacheliers des séries STG, nous considérions à l’époque comme « très regrettable que la DGESCO choisisse de faire ainsi marche arrière en supprimant l’évaluation de cette compétence capitale dans la maîtrise d’une langue ». Visiblement le rapport nous donne raison, en insistant de plus sur les « classes parfois surchargées », sur le décalage entre les pratiques de classe à travers lesquelles l’oral est très présent alors que « les épreuves du baccalauréat, sauf exception, sont à l’écrit ». Le deuxième axe est lui aussi en phase avec nos positions : nous avons toujours œuvré pour le développement des échanges permettant aux élèves d’entrer en prise directe avec la culture et la langue qu’ils apprennent. Nous nous sommes aussi battus pour que les conditions mêmes de ces échanges permettent à un plus grand nombre d’y accéder. Nous reviendrons sur ce rapport très bientôt, notamment lors de notre Assemblée Générale les 28 et 29 novembre prochains. En attendant, ce ne sont que des préconisations qui n’enclenchent pas nécessairement des actions concrètes et immédiates, et c’est nécessairement dans ce sens que nous devrons intervenir.

Les quelques lueurs d’espoir que peuvent laisser paraître ces préconisations restent entachées par une déclaration du Président de la République, M. Sarkozy, lors de la visite d’un lycée, rapportée par le journal Le Monde du 12 juin 2009. Cette déclaration, qui frise la provocation, met en cause l’accès à la deuxième langue pour les élèves en difficulté. Elle a été relayée par R. Descoings lui-même dans la revue Capital de juillet, revue dans laquelle il met l’accent sur ces mêmes élèves en difficulté en liaison avec l’apprentissage des langues vivantes. Il est clair que nous sommes directement interpellés par le fond même de ces propos, car ils remettent en question la place des langues dans le cursus, leur importance supposée les unes par rapport aux autres, la prise en compte des élèves en difficulté, l’apport des langues à la formation... C’est un véritable argumentaire, étayé par diverses recherches, qu’il nous faut développer ; c’est ce que j’engage notre association à faire tout en restant vigilant sur une volonté insidieuse de réduire l’accès à une deuxième langue pour tous.

Notre association a aussi connu quelques turbulences, notamment avec les démissions de C. Puren et M. Morel, démissions que je ne peux que déplorer. Nous sommes tous des bénévoles et, pour certains, avec encore des activités professionnelles très prenantes. L’investissement des uns et des autres ne peut se faire que dans la mesure de leur disponibilité tant physique qu’intellectuelle. À cet égard, il me faut remercier Laure Peskine et son équipe pour la mise à jour de notre site et son nouveau design ; le travail accompli est de qualité et a nécessité de nombreuses heures de conception. Je vous invite donc à le visiter.

Lorsque vous lirez ces lignes, la rentrée ne sera plus qu’un lointain souvenir, je vous souhaite néanmoins une bonne fin de vacances et un bon début d’année scolaire.


[1Téléchargeable à partir du site du ministère de l’Éducation Nationale :
http://www.education.gouv.fr/cid28372/preconisations-sur-la-reforme-du-lycee.html