« Sorosoro » : un site français pour que "vivent les langues du monde"

jeudi 8 octobre 2009
 Laure PESKINE

La documentation sur les langues en danger a vu le jour en 1992, au moment des célébrations du 500e anniversaire de la "découverte" de l’Amérique par Christophe Colomb, [1] et il y a urgence car une langue meurt tous les quinze jours, quelque part sur terre.

Présentation du site par Rozenn Milin, Directrice du programme Sorosoro [2] :

« Un site sur les langues en danger à travers le monde, quelle drôle d’idée !, se diront certains… A l’heure où la tendance est plutôt à l’apprentissage non seulement de l’anglais mais aussi du chinois ou de l’arabe, se préoccuper de « petites » langues, de cultures lointaines, peut paraître bien futile…

Et à ceux-là nous répondons : pourquoi devrions-nous penser « monolingue », alors que nous sommes dotés de la faculté d’acquérir la maîtrise de plusieurs langues ? Pourquoi limiter nos esprits à nos propres horizons alors que le reste de la planète a tant à nous apprendre ?

Pourquoi nous contenter de la pensée la plus répandue alors que nous gagnerions à nous ouvrir à ce que d’autres ont à nous offrir de différent ?

Dans bien des endroits du monde, en particulier ceux qui sont des carrefours géographiques, commerciaux ou culturels, on parle 5, 6, 7 langues, petites et grandes, sans que cela ne pose problème. Et ces personnes sont souvent aussi à l’aise en français, en anglais ou en espagnol qu’elles ne le sont en yoruba et en gbari, ou en shina et en burushaski. Car tout cela n’est pas contradictoire : on peut tout à fait communiquer dans des langues majoritaires et aussi s’intéresser à celles qui sont moins répandues.

L’enjeu, ici, est en fait celui de la diversité et la phrase de l’écrivain Victor Ségalen, mise en exergue sur le bandeau de notre site, pose bien l’enjeu : quand le divers rétrécit, c’est l’humanité qui s’appauvrit.

Si un jour la terre entière devait parler une seule et même langue, manger la même cuisine, s’habiller à l’identique, penser de la même façon, elle n’aurait plus qu’un seul horizon culturel et il nous resterait nos yeux pour pleurer la diversité perdue.

Assurons-nous que cela n’arrivera pas !

Notre souhait est donc de sensibiliser les uns et les autres à cette question de la diversité, à travers des textes, des cartes, des photos, des sons, des vidéos… Progressivement, nous assemblerons ainsi une banque de données riche de centaines de documents décrivant les langues du monde dans leur multiplicité.

Nos vidéos constitueront également au fil du temps une « Télé des langues » qui proposera des films tournés aux quatre coins du monde. Nous espérons qu’en plongeant dans ce bain de cultures, en se confrontant à l’altérité, chacun pourra percevoir qu’au-delà du singulier l’universel n’est jamais loin. »

Le site, encore en cours d’élaboration, comporte 3 grandes rubriques :

Les langues dans le monde
- Les familles de langues
- Langues et dialectes
- Créoles, pidgins et koïnès
- La linguistique pour les débutants

Les langues en danger
- Quelques repères sur les langues en danger
- Pourquoi sauver les langues ?
- Ils travaillent sur les langues en danger
- A lire

Le programme Sorosor
- L’Encyclopédie Numérique des Langues
- « La Télé des langues »
- Le Conseil Scientifique
- Le soutien aux communautés autochtones

Un planisphère des langues permet de visualiser les langues parlées dans le monde.


Sorosoro

[1Article du Monde du 2 octobre 2009 "La diversité linguistique est une richesse menacée"

[2Ce nom très symbolique pour désigner ce programme de sauvegarde des langues menacées, signifie en araki, langue parlée aujourd’hui que par huit personnes au Vanuatu, Sorosoro signifie « souffle, parole, langue »