Les réactions de l’APLV sur la place des langues vivantes dans le projet de réforme du Ministère de l’Éducation Nationale

vendredi 23 octobre 2009
 Laure PESKINE

Le président de la République a présenté les enjeux et les objectifs de la réforme du lycée mardi 13 octobre 2009. Et le Ministère de l’Éducation Nationale vient de sortir un document de présentation téléchargeable sur son site.

Les langues étrangères sont présentées dans le chapitre : Mieux s’adapter à son époque : Pour un lycée qui favorise l’apprentissage des langues étrangères

Constat de départ du ministère :

Les bacheliers maîtrisent mal les langues étrangères, notamment à l’oral

  • Alors que les langues étrangères sont indispensables pour être un acteur du monde d’aujourd’hui.
  • Alors que les langues étrangères sont un des principaux critères de sélection pour accéder aux filières d’excellence et à l’emploi.
  • Alors que les langues étrangères sont indispensables pour les échanges scientifiques, culturels et professionnels.

Le but envisagé :

Des bacheliers qui parlent les langues étrangères

  • Offrir aux lycéens une formation leur permettant de maîtriser tant à l’oral qu’à l’écrit au moins deux langues étrangères, dont l’anglais.
  • Favoriser les échanges européens et internationaux.

Les mesures proposées par le Ministère pour y arriver :

- Généraliser l’apprentissage des langues étrangères en groupes de compétences
- Développer les enseignements en langues étrangères (histoire, sciences...)
- Poser le principe que chaque établissement doit nouer un partenariat avec au moins un établissement européen
- Favoriser les séjours linguistiques au cours de la scolarité et les valoriser dans le cursus de l’élève
- Renforcer l’apprentissage oral des langues étrangères grâce à l’usage des nouvelles technologies

Remarques de l’APLV :

Les Français maîtrisent-ils plus mal que d’autres les langues étrangères ? L’APLV s’est déjà exprimée à plusieurs reprises sur ce sujet :

Réaction de Sylvestre Vanuxem, ancien président de l’APLV, à l’article du journal Le Monde « Les étudiants français toujours aussi nuls en anglais »

Lettre ouverte du Président de l’APLV au Nouvel Observateur en réponse à l’article paru le 25 octobre 2007

Établir une échelle de valeur est délicat : il faut à la fois comparer les performances des français dans diverses langues de difficultés inégales pour un Français, et aussi comparer les performances, pour une langue donnée, des Français avec ceux de natifs d’autres langues.
Mais en tant qu’enseignants de langues vivantes, nous sommes bien d’accord avec notre ministère et voudrions que nos élèves soient meilleurs en langues.
Et nous voulons aussi offrir une meilleure formation à nos élèves et leur permettre à tous de pouvoir entrer en contact avec des personnes parlant d’autres langues.

Les mesures proposées vont pour beaucoup dans le sens de ce que nous demandons. Mais il manque une rubrique essentielle : par quels moyens allons-nous y arriver ?

À qui le Ministère veut-il faire croire qu’il va réaliser ses propositions à moyens constants ?

- Pratiquer l’oral avec des groupes de 35 ou plus en lycée est-il un objectif réaliste ? Les épreuves de langues au baccalauréat devraient systématiquement inclure une épreuve de réception de l’oral et une épreuve de production orale, de manière à sensibiliser les élèves à l’importance de la langue orale.
La compréhension de l’oral qui avait été introduite de façon expérimentale au bac STG en 2007, mesure que les professeurs de langues vivantes avaient approuvée, en a été retirée au bac 2009 [1]. Les raisons de ce revirement n’ont jamais été clairement exposées. Pourra-t-on enfin avoir un suivi des expérimentations avec publications des bilans ?

- Mettre en place des groupes de compétences devra s’accompagner d’une formation des enseignants français au travail collaboratif, à une refonte des services intégrant les temps de concertation nécessaire des équipes disciplinaires et une sédentarisation des enseignants dans l’établissement qui nécessitera de leur attribuer un espace de travail avec un bureau pour qu’ils puissent travailler sur place.

- Développer les enseignements en langues étrangères (c’est à dire multiplier le nombre de SELO [2]) va nécessiter de former des enseignants et d’informer clairement les chefs d’établissement sur ce dispositif qu’ils connaissent mal. Nous renvoyons à cet égard au prochain numéro des Langues Modernes qui est consacré aux DNL et notamment à la formation des enseignants (n° 4-2009 à paraître fin décembre 2009).

- Pour ce qui est de favoriser les séjours linguistiques nous renvoyons à l’enquête dont nous avons publié les résultats en mai 2009 : ça va coûter cher et il faudra remotiver les enseignants qui ont dû ces dernières années abandonner des projets de voyages auxquels ils tenaient face aux difficultés administratives croissantes dans l’organisation.

- Les enseignants de langues vivantes sont les plus gros utilisateurs de Technologies de l’Information et de la Communication (qui ne sont plus guère "nouvelles") et ils travaillent souvent avec un matériel vite périmé et mal ou pas entretenu faute de personnel de maintenance en quantité suffisante. Il est à souligner que la majorité des enseignants se forment seuls à ces technologies en constante évolution, le nombre de stages proposés est insuffisant.

Quelques mesures que nous aurions aimé voir dans les bonnes intentions ministérielles :

- Les films systématiquement diffusés en VOST à la télévision, comme cela se fait dans beaucoup de pays.

- L’extension de l’exception pédagogique de façon à permettre aux enseignants de travailler avec leurs élèves sur des oeuvres cinématographiques de qualité sans avoir à payer des prix que les établissements ne peuvent pas se permettre [3] [4] .

- Un nombre d’heures d’enseignement dans la scolarité bien supérieur à ce qu’il est actuellement avec des effectifs moins nombreux et des enseignants mieux formés au niveau du primaire. Les enseignants du primaire disent eux-mêmes ne pas être formés à enseigner les langues vivantes. Il est effectivement difficile d’enseigner une langue qu’on maîtrise mal.


La réforme du lycée sur le site du MEN