Le plus grand lycée français au monde se trouve à Madrid

mardi 27 octobre 2009
 Antoine GALINDO

Le Courrier d’Espagne (27/10/09) :« D’ici une dizaine d’années, le Lycée Français de Madrid atteindra les 5200 élèves »

Pierre Mondolini : Actuellement, le lycée est en phase de croissance et je dirais de manière volontariste. Pendant longtemps, il a maintenu une politique « malthusienne », de limitation des effectifs car ils étaient déjà énormes (presque 4000 élèves) et l’idée de voir encore sa taille croître pouvait inquiéter. Mais les autorités ont décidé de rouvrir les portes car beaucoup trop restaient dehors.

LCE : A tel point que la proportion d’Espagnols dans les effectifs aurait beaucoup baissé…

P.M. : En tant que lycée français, nous avons le devoir de scolariser les enfants français or ils sont de plus en plus nombreux à Madrid. C’est pourquoi la part des enfants d’autres nationalités baissaient chaque année. D’une moyenne de 60% d’élèves espagnols pour 40% de Français dans les années 80, nous sommes passés à plus de 50% de Français dans le total des effectifs. Ce qui n’est encore pas si grave. Mais le souci est que dans les petites classes, on arrive à peine à 10% d’Espagnols. Il y a peu, seule une demande d’inscription sur trois était acceptée. Or, il n’y a pas de raison que l’établissement soit fermé aux Espagnols !

LCE : D’autant plus que le lycée a aussi un rôle dans la diffusion de la culture française…

P.M. : Tout à fait. On ne pouvait donc pas continuer dans cette direction. Nous sommes un lycée français. Nous ne voulons pas devenir un lycée DE Français. La décision a été prise très vite par l’Ambassadeur puis l’Agence Française pour l’Enseignement Français à l’étranger. Nous allons augmenter la taille de l’établissement.

LCE : Concrètement, vous allez construire un nouveau bâtiment ?

P.M. : Sans doute. Cette année, nous avons augmenté de 170 élèves nos effectifs. Nous avons maintenant 3945 élèves, ce qui nous a obligé à faire construire sept modules de type préfabriqués pour augmenter nos capacités. Si l’hypothèse de croissance se confirme et elle se confirmera, nous construirons d’ici peu un bâtiment supplémentaire. Je pense que d’ici une dizaine d’années, nous atteindrons les 5000 à 5200 élèves sur les deux sites de Conde Orgaz et Saint-Exupéry avec une augmentation de 100 à 150 élèves par an.

LCE : Cela va supposer plus de rentrées d’argent également…

P.M. : Oui. Ouvrir les portes signifie aussi que nous allons répartir les coûts sur une plus grande assiette. Et ainsi minimiser l’augmentation de la cotisation. Le chiffre d’affaires du Lycée est de 23 millions d’euros. Les parents prennent en charge environ 4000€ par élève et Paris environ 2000€. L’Etat paie environ les deux tiers des salaires des professeurs du Lycée, qui ont presque tous un statut de résident. Sans Paris, nous ne pourrions pas maintenir un tel établissement ou bien il faudrait augmenter considérablement les écolages. Nous devons limiter les gaspillages et utiliser nos moyens pour la qualité du projet pédagogique.

LCE : Quels sont justement les grands projets pédagogiques pour 2009-2010 ?

P.M. : Nous lançons actuellement une nouvelle politique d’enseignement des langues afin de se rapprocher de la classification du cadre européen en niveaux de types B1, B2, C1 et C2. Les élèves feront un double test en début d’année, écrit et oral, afin d’établir leur niveau selon les critères européens. De cette façon, nous les rassemblerons par petits groupes afin d’améliorer l’enseignement et permettre aux enfants bilingues de préparer les examens étrangers. L’idée est d’arriver à un « Bac + ».

LCE : Et les nouveautés cette année ?

P.M. : Nous ouvrons un Bac avec option théâtre. Plus généralement, nous souhaitons développer la politique culturelle et faire en sorte que les élèves s’impliquent dans un cadre qui dépasse celui de la classe. Nous voulons former des citoyens éclairés. Nous menons ainsi une cinquantaine d’actions pour la sensibilisation au développement durable ou encore un projet pédagogique sur « Femme de la Méditerranée : entre tradition et modernité » en synergie avec une quarantaine d’établissements du pourtour méditerranéen qui aboutira à une exposition et la publication d’un livre. Tous les ouvrages du CDI vont être mis en ligne. Les parents peuvent d’ores et déjà consulter sur internet les cahiers de texte, télécharger la facture et les bulletins de notes. Ce qui permet de faire des économies considérables car un envoi c’est 2000€ ! Nous développons l’interactivité avec les familles car nous voulons construire le lycée du XXIe siècle. On ne peut plus concevoir le lycée français comme une Tour de Babel isolée, il faut interagir avec le monde.

LCE :En quoi ont consisté les travaux qui ont eu lieu cet été ?

P.M. : Cet été, le sol du gymnase, la piste de tennis, les sanitaires de primaire, les allées, les salles de cuisine ont été refaits, des gradins ont été construits au bord de la piste d’athlétisme, des vidéo-projecteurs installés dans toutes les classes du collège et du lycée, le mobilier des salles de sciences changé… Depuis quatre ans, nous dépensons en moyenne un million d’euros en travaux chaque année.

LCE : En quoi se distingue le système d’enseignement français des autres ?

P.M. : Il faut le demander aux anciens élèves. A des gens comme Pablo Jiménez Burillo, le directeur de la Fondation Mapfre ou Miguel Angel Martinez Martinez, le vice-président du Parlement Européen… L’enseignement français, c’est un système de valeurs, c’est lire tel auteur, apprendre à réfléchir. C’est la laïcité, l’esprit critique, l’ouverture d’esprit, la tolérance…

LCE : Et le liceo, qui fut un refuge, un coin de liberté et d’ouverture sur le monde pendant la dictature franquiste sans doute encore plus particulièrement ?

P.M. : Disons que ce bel établissement a une âme et ça c’est très précieux. C’est vrai qu’il y a eu un moment où l’histoire du Lycée Français a eu quelque chose à voir avec l’histoire de ce pays… Et aujourd’hui, ce lycée a une capacité à produire des résultats pédagogiques performants.

Propos recueillis par S.Morel


Le Courrier d’Espagne