La note du président - N° 4/2009 des Langues Modernes, par Jean-Yves Petitgirard

jeudi 17 décembre 2009

Six mois après les propositions de Xavier Darcos, retirées devant le blocage qu’elles provoquaient, et après un travail de préparation important de Richard Descoings, que certains ont même qualifié de « déminage », voilà donc annoncées les mesures « Vers un nouveau lycée en 2010 » par le Président de la République en personne, relayé par le ministre de l’Éducation Nationale, L. Chatel. Il est vrai qu’en première analyse, cela paraît intéressant : les langues vivantes semblent être réellement prises en compte, et elles le sont vraiment, l’introduction de la LV2 dans le tronc commun est une bonne chose, et puis comment être contre le slogan « Mieux orienter - Mieux accompagner chaque lycéen - Mieux s’adapter à son époque » ? À y regarder de plus près, la situation n’est pas aussi limpide qu’il y paraît, un certain nombre de zones d’ombre se font jour, des incertitudes se découvrent et des incohérences transparaissent. Dans le cadre de cette note liminaire, il ne m’est pas possible de passer en revue toutes ces imprécisions, vous trouverez plus de développements sur notre site et dans notre revue ; cependant quatre points retiennent mon attention : la série L et son manque d’ambition, l’ambiguïté entre groupes de compétences et groupes de niveau, les DNL et les sections européennes, et enfin la notion de « partenariat » en général.

La série L reste la série privilégiée pour une poursuite d’études vers des filières de spécialistes de langues au sein de nos universités, et on aurait pu s’attendre à une prise en compte de ce débouché dans l’horaire dévolu à leur enseignement : or il n’en est rien, et si on s’en tient à l’horaire de base, il y a même recul. On peut également s’interroger sur la notion de « correction de trajectoire » lorsqu’un élève se sent mal orienté en L : dès lors que dans le tronc commun de la classe de première il n’y a pas d’enseignement de mathématiques, comment peut-il faire marche arrière et reprendre des études en filière S ? Pour ce qui concerne les groupes de compétences, ce n’est pas une nouveauté en soi, cependant le discours doit être clarifié et il convient de lever, là encore, l’ambiguïté entre groupes de niveau tels que le système éducatif français les connaît, à savoir « les forts », « les moyens » et « les faibles », et les niveaux de référence du CECRL : si un apprenant est au niveau A2, cela ne signifie pas qu’il est faible ou moyen, cela signifie simplement qu’il est capable de tenir une conversation simple, reconnaître des expressions fréquemment utilisées, etc. ; encore faut-il l’affirmer. Développer les enseignements en langues étrangères va dans le sens de l’histoire, indéniablement, mais que deviennent les sections européennes et comment les enseignants de langues pourront-ils, aussi massivement que possible, faire partie du corps des enseignants des disciplines non linguistiques (DNL) ? Enfin, un thème qui nous tient à cœur à l’APLV : les partenariats d’établissements, le développement de la correspondance entre élèves et autres séjours linguistiques. Il ne suffit pas de le décréter, encore faut-il se donner les moyens d’y parvenir. Les établissements étrangers ne sont pas nécessairement intéressés par nouer des relations avec des établissements français, il en est de même pour les relations d’élève à élève, et pour ce qui est des voyages scolaires, nous avons largement alerté nos autorités de tutelle quant aux difficultés et aux freins à ce genre de pratique. Je ne reviendrai pas sur les TICE et le combat que nous menons depuis de nombreuses années sur simplement la présence de sous-titres dans des émissions de télévision présentant des programmes étrangers, ou bien encore le droit d’utiliser dans nos classes des documents authentiques… Et puis, au bout du compte, que devient le baccalauréat ? Quelle sera la place de l’oral en langue ? Quelle articulation entre formation et examen ?

Nous avons débattu de l’ensemble de ces problèmes lors de notre Assemblée Générale, le 28 novembre dernier, avec plusieurs organisations syndicales : le SGEN, le SNALC, le SNES, et le SNFOLC. Je les remercie, au nom de l’APLV, d’avoir bien voulu participer à nos réflexions. Il nous paraît important, et c’est ce qui est ressorti de notre AG, d’interpeller le ministre de l’Éducation Nationale et de lui demander une entrevue afin de clarifier les différents points sur lesquels nous sommes en demande de clarifications, c’est ce que je me propose de faire rapidement.

Par le passé, nous avions l’habitude de réserver un stand au Salon Expolangues, nous l’avons fait plusieurs années de suite, mais les coûts devenant exorbitants et les retours relativement faibles, nous avions abandonné l’idée. Pour Expolangues 2010, nous serons présents sur le Salon, mais cette fois-ci invités par le groupe « L’Étudiant », donc sans frais pour notre association. Nous tiendrons donc un stand et nous organiserons deux tables rondes, l’une sur les voyages scolaires, et l’autre sur les manuels. Vous trouverez toutes les informations sur notre site et, encore une fois, merci à Laure Peskine de suivre ce nouveau chantier.

Avec ce deuxième numéro sur les DNL – nous sommes décidément en pleine actualité – et au nom de l’APLV, je vous souhaite de joyeuses fêtes de Noël et vous présente mes meilleurs vœux pour l’année 2010.