L’origine de l’accent étranger, publication de deux recherches du CNRS

jeudi 8 avril 2010
 Laure PESKINE

Des chercheurs du Laboratoire de psychologie cognitive (CNRS/Université de Provence Aix-Marseille 1) viennent de proposer et tester une hypothèse sur les traitements cérébraux qui sont à l’origine des difficultés rencontrées pour produire les sons d’une langue étrangère apprise après la petite enfance. D’après leurs observations, l’accent étranger dépend de l’organisation des représentations syllabiques que nous avons de notre langue maternelle et de cette langue étrangère. Ils montrent également que les aires cérébrales associées à ce traitement syllabique impliquent une zone restreinte de la partie avant gauche du cerveau. Ces travaux sont publiés dans les revues Psychological Science et Neuroimage.

Un locuteur qui a appris une deuxième langue mais n’est pas un parfait bilingue va souvent produire sa deuxième langue avec des sonorités proches de la première, autrement dit avec un accent étranger. De nombreuses études ont été consacrées aux différences entre la parole native et la parole bilingue avec accent. Elles ont principalement caractérisé l’acoustique qui diffère ou non entre les locuteurs natifs et les bilingues. Plutôt que d’étudier la parole produite avec accent, les chercheurs du Laboratoire de psychologie cognitive (CNRS/ Université de Provence Aix-Marseille 1) ont essayé de comprendre les mécanismes cognitifs et cérébraux qui ont lieu en amont, lors de la programmation et la préparation de la parole.

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Dans leurs expériences, des sujets bilingues devaient lire des bi-syllabes sur un écran d’ordinateur et les articuler à haute voix. Ces expériences font appel à la notion de fréquence syllabique qui définit la probabilité avec laquelle une syllabe donnée revient dans l’usage courant de la langue. Plus une syllabe est fréquente dans une langue, plus elle est produite facilement et donc rapidement. Les chercheurs ont ainsi mesuré le temps de réaction entre les présentations des mots à l’écran et leur lecture à voix haute. Ils ont choisi des syllabes qui sont fréquentes dans une langue mais peu fréquentes dans l’autre, et réciproquement. Un locuteur qui a deux syllabes distinctes devrait produire la syllabe facilement, et donc rapidement, dans la langue où elle est fréquente mais plus difficilement, et donc lentement, dans la langue où elle est rare. Au contraire, un locuteur qui a une seule syllabe pour ses deux langues devrait l’articuler facilement et rapidement quelle que soit la langue parlée.
Les résultats montrent que les bilingues « tardifs », qui ont un accent car ils ont appris leur deuxième langue après 12 ans, sont influencés par la fréquence syllabique dans les deux langues. Par contre, les bilingues « précoces », qui ont appris leurs deux langues avant 5 ans, ne sont influencés que par la fréquence syllabique dans la langue qu’ils sont en train de parler. Ces données suggèrent que la structure des connaissances syllabiques de ces locuteurs serait à l’origine de la présence ou l’absence d’accent étranger.

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