Les Japonais oublient leurs langues régionales - un article de « Aujourd’hui le Japon »

lundi 13 septembre 2010

le 10/9/2010 à 8h22 par Anthony Rivière ( Aujourd’hui le Japon)

Alors qu’un nippo-américain tente de sauver les langues locales d’Okinawa, l’aïnou, langue de la minorité ethnique du nord du Japon disparait déjà. Les descendants des deux populations les renient eux-même pour mieux intégrer la société japonaise.

A Osaka, les habitants sont fiers de parler l’osaka-ben, le dialecte local. Il en va de même pour le nagoya-ben, le fukui-ben ou encore le miyagi-ben dans les différentes provinces du pays. Mais à Okinawa et à Hokkaido, les langues locales sont en voie d’extinction.

Les populations des deux régions, rattachées au Japon relativement récemment, ont développé des langues bien différentes du japonais, que le gouvernement ne reconnaît pas.

Alors que les nombreux « ben » (dialectes) diffèrent de la langue principale uniquement par des terminaisons et des accentuations particulières, l’aïnou et l’okinawaïen sont des langues différentes, incompréhensibles pour un Japonais.

Dans l’archipel d’Okinawa au sud du Japon, Byron Fija espère faire revivre les différentes langues locales. Né d’un père américain et d’une mère japonaise, il a toujours vécu à Okinawa, mais n’a découvert la culture particulière de l’archipel que par hasard, en écoutant un concert de sanshin, un instrument local à trois cordes.

« Ca a été une révélation sur la culture d’Okinawa, explique-t-il au Japan Times. Depuis, j’ai réalisé à quel point les professeurs nous ont peu enseigné la riche culture d’Okinawa ».

Les langues d’Okinawa pourraient disparaître d’ici 2050

Le Nippo-américain s’est depuis entièrement dévoué à l’étude de la culture, de l’histoire et de la langue de son île natale.

Annexé par le Japon en 1879, le royaume des Ryukyu, devenu la préfecture d’Okinawa, a été forcé d’oublier sa culture et ses différentes langues.

Celles-ci ont dérivé du japonais dès le sixième siècle selon les linguistes. Le Kojiki, premier recueil historique japonais écrit en 712, évoque déjà l’utilisation de dialectes à Okinawa. Les dialectes se sont depuis développées en véritables langues, avec des sons, une grammaire et un vocabulaire étrangers au japonais.

En 2009, Byron Fija eu l’espoir de voir un regain d’intérêt pour la culture d’Okinawa. L’Unesco reconnaissait l’uchinaguchi, la langue qu’il enseigne, ainsi que cinq autres langues d’Okinawa. Le rapport prévenait qu’elles pourraient toutes disparaître d’ici 2050.

« Cela aurait dû faire les gros titres, regrette-t-il dans le Japan Times. Mais quand j’en ai parlé à la presse d’Okinawa, cela n’a pas attiré l’attention. Ils pensent que leurs lecteurs sont uniquement intéressés par le sport et les festivals ».

Accompagné d’une présentatrice locale, il donne des cours d’initiation d’uchinaguchi sur Okinawa BBTV. Alors qu’il parle entièrement dans cette langue dans les vidéos, sa partenaire traduit en japonais. Les cours sont également disponibles avec des sous-titres anglais sur internet.

Il espère perpétuer l’utilisation de la langue, car les adultes ne la transmettent pas à leurs enfants et petit-enfants. Seuls quelques centaines d’adultes maîtrisent encore l’uchinaguchi aujourd’hui. Les jeunes Japonais ne savent parfois même pas que des langues différentes existent à Okinawa.

Victimes de racisme, les Aïnous cachent leurs origines

Tout à l’opposé, sur l’île de Hokkaido au Nord du Japon, la langue aïnou est elle aussi victime de l’oubli. Les Aïnous, minorité ethnique du pays victime de racisme et de marginalisation depuis plusieurs siècles, renient eux-même leur culture et leur langue pour mieux s’intégrer.

Le peuple aïnou est pourtant arrivé au Japon bien avant ceux de Wa, ancêtres des Japonais actuels. Provenant de la Russie et des îles Kouriles, ils n’ont pas les mêmes traits que les Japonais et ont une langue bien distincte que les linguistes ont bien du mal à classer.

Cette langue n’est plus utilisée aujourd’hui, tous parlent japonais afin de mieux intégrer la société et le monde du travail. Selon une étude de 2006 citée par l’Unesco, il resterai 23 782 Aïnous, dont seulement 304 sauraient parler la langue.

Mais le recensement, réalisé tous les sept ans par le gouvernement local de Hokkaido, est probablement imprécis. Beaucoup de descendants d’Aïnous cachent leurs origines pour ne pas être victime de discrimination.

Aujourd’hui, seul l’Association des Aïnous de Hokkaido enseigne la langue dans 14 régions de l’île du Nord du Japon. Mais depuis la mort de Shigeru Kayano en 2006, premier Aïnou membre du Parlement japonais, la communauté n’est plus représentée au niveau national.

Aux extrêmes nord et sud du Japon, les langues et cultures locales sont victimes du même sort. Le gouvernement japonais n’admet qu’une seule langue nationale. Contrairement à d’autres pays comme la France ou l’Espagne, le Japon ne reconnaît pas de langue régionale.