In Memoriam Maurice Antier, par Pierre Moreau

mardi 25 décembre 2007

Le Courrier de l’Ouest, dans son édition du 12 novembre 2006, relatait les cérémonies qui accompagnaient la célébration du bicentenaire du lycée David d’Angers. Le journaliste insistait particulièrement sur la conférence consacrée aux grands anciens du lycée par Maurice Antier, lui-même ancien élève et ancien professeur de ce même lycée. Les collègues du lycée s’extasiaient sur la forme de ce vieux monsieur de 88 ans : « On signerait volontiers pour être comme ça au même âge ». Un élève de troisième avait discuté un moment avec le héros du jour ; ils avaient comparé la vie dans l’établissement dans les années 30 et maintenant. Antier, lui, confiait au journaliste : « Je dois dire que j’ai vraiment eu beaucoup de chance dans ma carrière. »

L’enthousiasme, la curiosité de tout, l’intérêt sans condescendance pour les plus jeunes, le plaisir d’enseigner, le bonheur de vivre, et le sentiment qu’avait cet agnostique qu’il lui avait été beaucoup donné, tout Maurice Antier est là, pour ceux qui l’ont connu, et qui ressentiront longtemps comme un vide.

La carrière de cet enseignant modèle a été on ne peut plus classique, du Lycée d’Angers, où il avait fait toute sa scolarité secondaire, au Lycée Michelet à Vanves, enfin au Lycée Henri IV, où il avait été élève en khâgne. Il gardait d’ailleurs beaucoup d’attachement pour les deux associations d’anciens élèves, par fidélité à son enfance et à l’institution qui lui avait tant donné, expliquait-il.

Sa carrière de militant commence aussi de façon assez classique. Le syndicat juste après la guerre, à l’époque où se mettait en place tout le système de notation et de promotion des enseignants, auquel il se sentait fier d’avoir participé, pour l’effort d’équité que représentait ce système. Très vite, la participation à l’APLV, et la rédaction en chef des Langues Modernes, à la fin des années cinquante.

Il se retrouva Président de l’association deux fois, au début puis à la fin des années soixante. L’association n’était pas d’un progressisme pédagogique délirant à l’époque, elle était plutôt la voix des notables de l’enseignement des langues. Quand Maurice Antier devient président, on voit un intérêt nouveau pour toutes les machines qui vont permettre à l’enseignant de faire entrer la langue authentique dans la classe, de passer du rôle de source de toute l’information à celui d’aide à l’apprentissage. Ce n’est pas l’APLV ni son président qui guident cette évolution, mais c’est l’association qui diffuse l’information, qui sert d’interface entre les chercheurs et les praticiens.

Avec 68, ou plutôt les années qui ont suivi 68, le mandarin, respectable professeur d’Henri IV, ouvre l’association aux jeunes universitaires désireux de réformer l’institution en profondeur. L’APLV devient le promoteur du M.U.R., "mode unique de recrutement", qui prévoit la disparition de la hiérarchie des concours de recrutement, une formation différente, et le travail en équipe des enseignants. Utopie, dira-t-on, mais qui a marqué l’association de manière durable.

Maurice Antier restera fidèle à l’association jusqu’au bout, spectateur attentif et toujours passionné. Mais il déploie son activité intellectuelle dans d’autres domaines : il devient historien, de sa ville, du lycée de son adolescence, de personnalités angevines de l’époque des Lumières, un chimiste, un voyageur aux États-Unis sur les traces de Chateaubriand ; jusqu’à son dernier jour, il a eu une recherche en chantier.

Ces quelques lignes sont un hommage bien imparfait à quelqu’un qui a joué un rôle décisif dans l’évolution de l’APLV, et qui, toute sa vie, a su être à l’écoute.

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Maurice Antier
en janvier 2006 aux journées de l’APLV sur les premières années de l’enseignant de langue