La recherche pédagogique en danger

vendredi 5 novembre 2010
 Laure PESKINE

L’APLV était présente à la conférence de presse des signataires de la pétition en défense des missions de l’INRP du 5 novembre 2010.
Nous publions ici la déclaration de Line Audin, professeur d’anglais en collège, ex-professeur associé à l’INRP.
Son travail de recherche, ancré sur l’observation du terrain, a aidé de nombreux professeurs dans leur pratique quotidienne.


Intervention de Line Audin à la conférence de presse des signataires de la pétition en défense des missions de l’INRP, 5 novembre 2010, Paris

Une des spécificités de l’INRP, unanimement saluée malgré les tourmentes qui l’agitent depuis 20 ans, c’est son réseau national d’enseignants associés. Je suis actuellement professeur d’anglais dans un collège Ambition-réussite à Paris et j’ai fait partie de ces milliers de professeurs du secondaire, qui à un moment ou à un autre ont été associés à l’institut, avec des rétributions souvent symboliques de quelques heures, plus rarement d’une décharge partielle, et comme la plupart d’entre eux, cette expérience a véritablement transformé en profondeur la pratique de mon métier d’enseignante en m’ouvrant les portes de la recherche.
Les enseignants associés occupent une place très particulière du fait de leur double mission : ils sont en prise directe avec le terrain puisqu’ils sont face à des classes toute la semaine, mais il sont aussi membres à part entière d’équipes de recherche. En cela, ils facilitent bien sûr aux chercheurs l’accès au terrain. Mais au-delà de cette fonction, leur présence à l’INRP a profondément renouvelé le paysage didactique, tant du point de vue des problématiques que de celui des expérimentations mises en œuvre : identification des obstacles à l’apprentissage, élaboration de ressources à partir de résultats de recherche, implantation et évaluation de dispositifs expérimentaux innovants en conditions réelles… À l’INRP, le terrain n’est plus seulement pensé comme un élément extérieur qu’il convient d’observer, d’analyser pour éventuellement le transformer. Le terrain entre au cœur même des recherches comme un objet théorique tout en restant au plus près des préoccupations de ses acteurs, les enseignants.
Aujourd’hui, au lieu de protéger cette articulation recherche/terrain si difficile à construire en donnant un statut et des conditions décentes aux enseignants associés, on les précarise et avec eux les travaux auxquels ils participent. Comme bien d’autres, j’en fais les frais avec l’annonce par lettre de la suppression de mon mi-temps de recherche à la rentrée. On liquide ainsi sans état d’âme une équipe interdisciplinaire nationale fédérée autour d’un projet bien avancé sur le langage et les mathématiques et on met fin à une expérimentation article 34 qui prive élèves et enseignants des résultats concrets de la recherche en cours.
Un exemple comme de nombreux autres, de ces choix non concertés qui affectent gravement la recherche en éducation et constituent une régression inacceptable pour l’enseignement et la formation.


À lire l’éditorial de François Jarraud dans l’Expresso du 8 novembre :
INRP : La recherche pédagogique est-elle utile et doit-elle associer les enseignants ?

Le site Enseigner les langues autrement pour prendre connaissance des travaux de Line AUDIN.

Article d’Albane CAIN : D’un collège de banlieue à l’INRP. L’exigence de la recherche - itinéraires de recherche in Perspectives documentaires en sciences de l’éducation, 1989, pp 15-26
À télécharger sur le site de l’INRP

Article de Christiane LUC Entre les lignes, derrière les mots, au delà des pratiques - itinéraires de recherche in Perspectives documentaires en sciences de l’éducation, 1989, pp 27-46
À télécharger sur le site de l’INRP