Compte rendu de l’audience au Ministère du 12 mai 2011 au sujet de la réforme du baccalauréat

jeudi 2 juin 2011
 Michel MOREL

Jean-Marc Delagneau, Françoise Du, Michel Morel, représentant l’APLV, ont été reçus par Christophe Kerrero, Conseiller chargé des affaires pédagogiques et de l’égalité des chances, et Raphaël Muller, Conseiller diplomatique chargé de la culture et de la mémoire.

Sujets abordés au cours de cette audience : à la réforme du baccalauréat général sont venus s’ajouter l’enseignement précoce des langues vivantes, les missions du Comité stratégique des langues, la certification, la place des langues régionales dans le système éducatif et à l’examen terminal, enfin la consultation des professeurs de langues.

Après les présentations, Monsieur Kerrero a rappelé le désir du ministre d’améliorer l’enseignement des langues, en particulier en introduisant l’enseignement de l’anglais dès la maternelle, afin que chaque élève maîtrise au moins cette langue à la fin de ses études secondaires. C’est la raison pour laquelle a été mis en place le Comité stratégique des langues, qui sera chargé de faire des propositions pour atteindre ces objectifs.
De notre côté, nous n’avons pas manqué d’insister sur la nécessité de préserver le pluralisme linguistique, en faisant part de notre inquiétude face à la tentation du tout-anglais. Nous avons également exprimé nos réserves quant à l’introduction d’un enseignement trop précoce des langues vivantes, tout en manifestant notre intérêt pour une sensibilisation à la langue de l’autre en maternelle.

Le baccalauréat

On trouvera le détail de nos propositions et revendications dans le document joint en annexe [1].

Épreuves orales et écrites de langue

Pour Monsieur Kerrero la priorité donnée à l’oral ne doit pas rester symbolique et les modalités d’évaluation doivent être modifiées pour entraîner une évolution forte des pratiques pédagogiques.
Il n’est pas question d’un contrôle continu, qui ne permettrait pas de préserver l’anonymat, mais pour des raisons de faisabilité l’évaluation de l’oral ne peut-être généralisée qu’en CCF. Celui-ci, selon Monsieur Kerrero, est un bon modèle d’évaluation et sera un facteur de progrès dans l’enseignement des langues. Il présente plusieurs intérêts :
– il permet d’atténuer la frontière entre LV1 et LV2 ;
– il permet d’évaluer, à différents moments de l’année, les compétences d’élèves qui n’ont pas forcément le même niveau ;
– il est conforme au Cadre européen tout en étant compatible avec le caractère national du diplôme, qui doit être maintenu.
Son organisation sera dévolue aux chefs d’établissement et à leurs adjoints qui ont déjà acquis des savoir-faire en la matière, notamment avec la mise en place des épreuves de la série STG.
Nous en avons profité pour glisser que nous avions protesté contre la suppression, sans explication, de l’épreuve d’évaluation de la compréhension de l’oral du baccalauréat STG, par un courrier envoyé à l’automne 2008.
Monsieur Kerrero ne sous-estime pas la charge de travail que le CCF représente, y compris pour les professeurs, mais il pense qu’il n’y a pas d’alternative, vu la lourdeur de l’organisation d’une épreuve terminale si on devait la généraliser à toute une cohorte d’élèves. D’ailleurs, le principal syndicat d’enseignants y serait plutôt favorable.
Concernant l’anonymat, il faudra voir, en fonction du territoire, s’il y a possibilité d’échange de professeurs.
Bien que nous ayons fait valoir qu’aucune évaluation certificative ne pouvait se faire sérieusement sans anonymat, nous n’avons pas vraiment eu la garantie qu’il sera respecté dans tous les cas pour les oraux des langues vivantes.

L’épreuve écrite sera maintenue en l’adaptant aux nouvelles modalités d’enseignement des langues vivantes, en conformité avec les programmes adossés au CERCL.
Pour reprendre les termes de Monsieur Kerrero, elle doit être revue dans un sens peut-être un peu moins classique qu’il ne l’est actuellement, sachant qu’on réservera un enseignement de littérature en langue étrangère dans la filière littéraire. Le commentaire de texte, reconnaît-il, ne permet pas d’évaluer efficacement les compétences dans les activités langagières, ni à l’écrit ni à l’oral.

Après avoir rappelé l’exigence d’évaluer séparément les compétences dans chaque activité langagière, nous avons évoqué la possibilité de recourir à un sujet unique lorsque les contenus culturels sont les mêmes, avec une grille d’évaluation-notation pour chaque niveau, ce qui non seulement entraînerait une économie de moyens mais mettrait les épreuves en conformité avec les nouvelles orientations.
Monsieur Kerrero a jugé que c’était « une bonne idée ».

Filière littéraire

Nous avons fait remarquer que les programmes et surtout les objectifs concernant les options littérature en langue étrangère et langue d’approfondissement n’étaient pas encore actuellement clairement définis et que cela posait un problème aussi bien pour l’enseignement que pour l’évaluation, les deux étant bien entendu indissolublement liés.
Monsieur Kerrero a précisé que les modalités d’évaluation en série littéraire n’étaient pas encore arrêtées. Il nous a déclaré être conscient qu’il restait « des ambiguïtés à lever », mais il a affirmé que le but de la réforme était de faire de la série littéraire une filière d’excellence des langues vivantes, en veillant à ce qu’elle ne devienne pas encore moins attractive qu’elle ne l’était. Pas question, donc, d’en faire une khâgne !
Sur ce dernier point nous avons fait part de notre plein accord tout en insistant sur le fait qu’il était urgent de fournir le cadre dont avaient besoin les professeurs.

La certification

Nous avons rappelé nos vives critiques sur la façon dont l’évaluation du niveau A2 avait été mise en œuvre pour l’obtention du DNB, et demandé que si une telle « certification » devait être mise en place pour le baccalauréat, il faudrait veiller à ne pas refaire les mêmes erreurs.
Messieurs Kerrero et Muller ont laissé entendre qu’il n’était pas question pour l’instant d’instaurer une certification conditionnant l’obtention du baccalauréat.

La place des langues régionales

Nous faisant les porte-paroles des collègues de langues régionales, nous avons demandé que celles-ci puissent, au même titre que les langues étrangères, faire l’objet d’un enseignement de littérature en série L.
Selon messieurs Kerrero et Muller, l’enseignement des langues régionales relèvent de la spécificité du territoire et non seulement il est très difficile mais il serait peu sage d’avoir un discours national sur la question des langues régionales. D’autre part, il convient de consolider ce qui vient à peine d’être créé avant d’envisager un élargissement du choix des langues.
Nous insistons en tout cas pour qu’il y ait vraiment choix, ce qui n’est pas le cas actuellement dans bien des établissements où l’anglais a été imposé.

La consultation des professeurs

Après avoir signalé de grosses disparités d’une académie à l’autre dans les modalités des consultations institutionnelles, nous avons vivement souhaité que les professeurs soient mieux informés et systématiquement consultés avant la mise en place des réformes.
Le message sera transmis au doyen de l’inspection générale de langues.

Messieurs Kerrero et Muller se sont étonnés de leur côté que l’APLV ne soit pas informée des travaux du Comité stratégique des langues. Ils promettent de contacter sa présidente, Madame Halimi, pour lui suggérer d’organiser une rencontre où nous pourrions faire part de nos propositions.
À la date de rédaction de ce compte rendu, le contact a été établi.

L’entretien qui s’est déroulé dans un bon climat d’écoute réciproque a duré une heure.

Jean-Marc Delagneau, Françoise Du, Michel Morel


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Les propositions de l’APLV
Document remis aux conseillers le 12/05/2011