En direct de la présidence - 3/2005 des Langues Modernes

mercredi 1er mars 2006

Par Sylvestre Vanuxem

Président de l’aplv

Deux décrets ministériels datés du 25 et du 28 août ont suscité l’intérêt de notre association car ils annoncent de grands changements pour l’enseignement des langues vivantes dans notre pays, à commencer par le premier dont le titre n°1 est : « Organisation de l’enseignement des langues vivantes étrangères dans l’enseignement scolaire ." Ce décret établit que les niveaux de compétence en langues atteints par les élèves seront mesurés selon le cadre commun européen de référence de la façon suivante : « A la fin de l’école élémentaire, le niveau A1 dans la langue vivante étudiée ; à la fin de la scolarité obligatoire, le niveau B1 pour la première langue vivante étudiée et le niveau A2 pour la seconde langue vivante étudiée ; à la fin des études du second degré, le niveau B2 pour la première langue vivante étudiée et le niveau B1 pour la seconde langue vivante étudiée. Les programmes et méthodes d’enseignement des langues vivantes étrangères sont définis en fonction de ces objectifs. » Si cette annonce ne constitue pas une grande nouveauté dans la mesure où les nouveaux programmes de collège et de lycée font déjà explicitement référence à ce cadre, elle fait naître chez les spécialistes des langues un sentiment d’inquiétude. Les programmes sont peut-être prêts à prendre en compte ce système de référence, mais qu’en est-il de l’évaluation ? De nouveaux examens nationaux seront-ils disponibles à temps en 2008 ou certains élèves seront-ils tentés d’aller voir ailleurs et de se faire certifier par un des organismes privés fournisseurs de tests de langues qui se sont adaptés depuis longtemps à ce système ? Toutefois si ce changement implique une plus grande individualisation des cursus en langue, ne peut-on y voir une chance pour les langues ? Une véritable politique linguistique nécessite que les compétences de chacun puissent être évaluées de façon plus autonome et à des rythmes différents, ce que permet l’introduction du cadre commun de référence. Ainsi un élève ayant atteint le niveau B2 avant la fin de sa Nouvel articlescolarité pourrait consacrer son temps à l’étude d’une autre langue ou à entretenir ses connaissances en apprenant des contenus en langue étrangère par exemple. Ceci donnerait une chance à la diversification et remotiverait les élèves pour les langues. Il est regrettable que le décret n’évoque pas ces possibilités, et surtout qu’il semble oublier le portfolio des langues qui était exactement prévu pour permettre l’individualisation des parcours.

Le second titre de ce même décret concerne la création de « commissions académiques sur l’enseignement des langues vivantes étrangères » dès la rentrée 2005. Ce texte a le mérite de fixer la composition de ces commissions, ce qui n’était pas le cas pour les comités de pilotage académiques pour les langues qu’elles remplacent désormais, mais les associations de spécialistes ont une fois de plus été oubliées. Seul le dernier alinéa précise : « A l’initiative du président (c’est à dire le Recteur), peut être invitée à participer aux séances, à titre consultatif, toute personne dont la présence est jugée utile. » Les Présidents des Régionales de l’APLV ne manqueront pas de citer ce passage lorsqu’ils demanderont aux recteurs de leur académie l’autorisation de pouvoir assister aux réunions de commission où il ne fait pas de doute que la présence de l’APLV sera utile.

Le second décret porte sur un aspect tout aussi important car il fixe les modalités du baccalauréat STG (sciences et technologies de la gestion) venant remplacer le baccalauréat STT. Le projet de ce même décret paru au mois de juillet avait suscité un vif émoi en faisant apparaître les lettres CCF (contrôle en cours de formation) auprès du nom de certaines épreuves, notamment une nouvelle épreuve de compréhension de l’oral en LV1 . S’agissait-il de l’introduction de contrôle continu ? Allait-on évaluer la compréhension de documents audio sans sujets nationaux ? On pouvait craindre le pire et l’APLV avait réagi par courrier auprès du ministre.

Vérification faite, il s’agira d’une épreuve anticipée avec des documents tirés d’une banque académique ou, si possible, nationale. Le décret final introduit aussi une épreuve d’expression orale dont les modalités sont à l’étude.

Si le bac STG prévu pour être inauguré à la session 2007 (et en 2006 aussi pour les épreuves anticipées) doit servir de modèle pour les autres séries et parvient à surmonter les obstacles économiques, on pourra se réjouir que l’examen évalue enfin tous les savoir-faire comme l’APLV le réclame depuis longtemps. Notre association a toujours été favorable au fait de passer des épreuves de langues de manière anticipée, à condition qu’elles restent des épreuves nationales. Ceci est même nécessaire pour l’individualisation des parcours que j’évoquais plus tôt dans ces lignes.

On peut cependant s’étonner que le décret concernant le baccalauréat STG ne fasse nulle mention des niveaux de compétence définis par le cadre commun européen, pourtant le décret l’instituant comme modèle était paru seulement trois jours plus tôt. L’APLV devra aussi rester vigilante quant aux modalités de l’épreuve d’expression orale. Il sera nécessaire d’encadrer cette épreuve d’une manière plus claire pour éviter les dérives qui avaient autrefois contribué (avec les éternels impératifs économiques) à faire disparaître ce type d’épreuve au profit du tout écrit en langues.

Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, le Ministre semble désireux d’agir, notamment dans le domaine des langues vivantes. Du travail en perspective donc pour l’APLV, mais pas seulement sur le front de la défense des langues. Notre association va aussi organiser un certain nombre de manifestations à l’intention des professeurs de langues en 2005/2006, à commencer par l’Assemblée Générale/Colloque des 27et 28 novembre (n’oubliez pas de vous inscrire !). Des journées d’étude auront ensuite lieu à l’IUFM d’Angers les 28 et 29 janvier. Elles seront consacrées aux premières années d’enseignement, thème d’un numéro des Langues Modernes à venir. La commission d’anglais a aussi des projets pour l’été 2006.

Pour tout cela, je compte sur votre soutien qui peut simplement s’exprimer en n’oubliant pas de renvoyer le bulletin de vote pour le scrutin de renouvellement du comité de l’APLV.

Bonne lecture de ce premier numéro préparé par la nouvelle Rédactrice en Chef, Astrid Guillaume, et son équipe.