La note du président - N°3/2012 des « Langues Modernes », par Jean-Marc Delagneau

jeudi 27 septembre 2012

Cette nouvelle livraison des Langues Modernes peut être considérée comme un numéro de rentrée, malgré le petit décalage imposé par les délais de réalisation après l’interruption des vacances scolaires et universitaires. La thématique de ce numéro, l’autonomie, se situe au cœur des débats actuels, aussi bien au niveau des pratiques en cours de langues qu’à celui de la formation des maîtres à tous les niveaux, en liaison avec la recherche. Elle s’inscrit pleinement dans le souci de l’APLV de permettre à ses adhérents de participer activement à la réflexion collective, de parcourir diverses pistes pour répondre positivement aux attentes des collègues sur le terrain comme de l’institution, et de les appuyer, suite aux nombreuses déclarations, enquêtes et polémiques ayant pris pour cible la situation de l’enseignement des langues vivantes dans notre pays.

Nos collègues Laure Peskine et Pierre Frath ont publié sur le site de l’APLV deux réactions à la première étude européenne (ESLC- European Survey on Language Competences) sur les compétences en langues vivantes des élèves dans leur neuvième année de classe obligatoire (3ème en France), étude qui montre que nos élèves sont loin d’atteindre les exigences des programmes et du socle commun. Contrairement aux articles publiés dans la presse soulignant les prétendues difficultés des Français à apprendre les langues ou mettant en cause les collègues, ils démontrent ainsi scientifiquement que la démarche du « tout anglais » et les choix institutionnels, loin d’améliorer le niveau des élèves, constituent en soi des obstacles naturels à l’apprentissage. La diversification est aussi une des conditions indispensables pour la réussite des francophones dans la pratique de langues étrangères. Ces deux réactions permettent aussi de rappeler l’engagement permanent des collègues de langues vivantes, dans des conditions matérielles parfois très difficiles, et l’impérieuse nécessité de les associer à tout projet de réforme ou d’élaboration des programmes concernant leurs disciplines, tout en leur donnant les moyens ainsi que la liberté pédagogique nécessaires à l’innovation et à un enseignement de qualité pour tous.

C’est le discours que j’ai tenu avec les membres de notre délégation, Françoise Du et Michel Morel, lors de notre audience au Cabinet du Ministre de l’Éducation Nationale le 3 juillet dernier, à propos du dossier urgent de la réforme du baccalauréat mise en place pour 2013 par l’équipe précédente, en l’absence de toute concertation. Nos remarques ont été écoutées avec la plus grande attention par nos interlocuteurs, messieurs Jean-Marie Panazol et Yannick Tenne, qui ont déclaré que, vu l’avancement du calendrier, des modifications pouvaient être envisagées « dans la mesure des possibles ». Des remarques et propositions ont donc été ensuite transmises courant juillet à nos interlocuteurs par la commission baccalauréat (Françoise Du, Jean-Luc Breton et Michel Morel) que je remercie vivement, et vous pouvez les retrouver sur le site de l’APLV avec le compte rendu de l’audience au ministère.

À cette rentrée, nous sommes donc dans l’expectative d’actes concrets et de la poursuite de la concertation à tous les échelons institutionnels. Il est maintenant urgent que nous puissions présenter nos propositions sur tous les autres aspects de l’enseignement des langues vivantes, en coopération avec les autres associations de linguistes et les syndicats d’enseignants concernés, lors de nouvelles audiences ministérielles, ainsi que lors des assises nationales prévues pour des niveaux spécifiques d’enseignement. Les compétences en diverses langues vivantes sont plus que jamais un enjeu majeur dans la situation actuelle, au niveau individuel pour la formation personnelle et la réussite sociale, au niveau national pour la pérennité de notre culture et de nos langues, au niveau international pour la place de notre pays dans l’économie et la diplomatie européennes et mondiales.

Notre Assemblée générale aura lieu cette année à l’Université de Grenoble le samedi 27 octobre . Elle sera précédée le vendredi 26 octobre d’une journée d’étude organisée par Monica Masperi, qui a coordonné également ce numéro et que je remercie pour ce travail. L’Assemblée générale sera l’occasion de renouveler notre Conseil d’Administration, d’accueillir anciens et nouveaux adhérents, et de lancer une campagne d’adhésions pour renforcer notre action en vue d’une formation de qualité en langues vivantes les plus diverses, nationales comme régionales, accessibles au plus grand nombre de nos concitoyens, quels que soient leur âge et leur niveau d’étude.