L’appel au plurilinguisme et les dégâts du monolinguisme sur les minorités linguistiques historiques

mercredi 13 février 2013

À quelques jours des élections italiennes des 24 et 25 février prochain, Silvia Minardi, présidente de l’association italienne LEND (Lingue E Nuova Didattica, Langues et Didactique Nouvelle, cf. contact in fine), communique un document touchant les « Questions des langues dans le système italien ».

On croit lire dans ce manifeste programmatique ce que des associations professionnelles françaises ont pu proposer il y a un an aux acteurs politiques :

« In una campagna elettorale in cui alla scuola viene riservato uno spazio minimo noi crediamo che passi da un maggiore impegno per la scuola e per l’educazione linguistica la possibilità di un Paese migliore anche da un punto di vista economico. »

Les langues sont au cœur de l’apprentissage, au cœur de l’éducation, au cœur d’une Europe multilingue, au cœur des systèmes humains, culturels et économiques. C’est donc un enjeu didactique essentiel de nos sociétés. Quel est le constat de LEND sur l’état de l’éducation langagière italienne ? « En Italie, une seule langue communautaire/étrangère [l’anglais] est enseignée, pendant 13 ans, du début de l’école primaire à la fin du lycée. Partant de cela, les autres langues étrangères [le français en tête !] disparaissent de l’école, malgré les demandes familiales et sociales, malgré surtout l’existence reconnue de langues historiques nombreuses et importantes. »

Les professeurs italiens se battent pour la reconnaissance des langues régionales, dont … le français et l’occitan.

L’Italie, rappelle LEND, est une nation multilingue. Comme la France… Ainsi, depuis la loi 482 du 15 décembre 1999, l’Italie promeut des « normes en matière de protection des minorités linguistiques historiques ». La loi explicite clairement :

En vertu de l’article 6 de la Constitution et en harmonie avec les principes généraux établis par les organisations européennes et internationales, la République protège la langue et la culture des populations albanaise, catalane, germanique, grecque, slovène et croate, et de celles qui parlent le français, le franco-provençal, le frioulan, le ladin, l’occitan et le sarde. (cf. http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/italie_loi1999.htm)
 
Le français, l’occitan, et le franco-provençal sont trois langues « protégées » et reconnues par la loi de la République italienne. Et oubliées à l’école. Le plurilinguisme est saccagé par la langue unique, la pensée unique, le modèle unique. Ce qui n’est pas rassurant, c’est que le constat est le même, là-bas et ici.

Constat sévère pour cette professionnelle de l’enseignement des langues : « De fait, l’espace réservé à l’enseignement/apprentissage des langues étrangères est tellement réduit que tout porte à croire que les compétences linguistiques de nos étudiants seront toujours moins significatives sur le marché mondial que celles d’étudiants d’autres pays. »

Più lingue !

Que préconise LEND ? La mise en place d’une didactique de l’enseignement des langues : reconnaissance de la réalité multilingue nationale, bilinguisme et plurilinguisme précoce, intégration des langues et des disciplines (notre DNL), intégration des langues entre elles (appelons-la intercompréhension), adhésion de l’Italie au CELV…
C’est à tout le moins ce que préconise également l’APLV, et l’un des enjeux de son travail de veille auprès des acteurs qui auront à amender la nouvelle Loi d’Orientation française. Cette loi ne parle que vaguement de « langues étrangères » au pluriel, préférant tout à la fois le singulier de la seule « langue étrangère » (laquelle, selon vous ?), et la dénégation des langues de France. Langues de France, dont toutes sont des passerelles et des éléments de solidarités européennes. L’éducation au plurilinguisme passe, en Italie comme en France, par la reconnaissance toute simple de la réalité de terrain : langues de terrain, didactique nouvelle comme le développement de ce bilinguisme français-langue régionale qui apporte tant aux élèves qui en bénéficient, sans compter l’intégration dans un territoire social et économique, une solidarité intergénérationnelle, des comportements ouverts et sécurisés, des compétences transférées alors, bien vite à des langues « étrangères », comme l’anglais, qui n’en bénéficieront que plus vite - et mieux.

Pierre Escudé, pierre.escude@univ-tlse2.fr
contact LEND : silvia.minardi@gmail.com

Documents joints

La questione delle lingue nel sistema (...)
En italien.