"Le dialecte picard hier et aujourd’hui", par Denise Poulet, Université Lille 3

lundi 21 mai 2007

Le domaine linguistique picard

Qui oserait nier que tout Picard vit en Picardie ou que la Picardie est peuplée de Picards ? La logique semble s’imposer et pourtant, la réalité est quelque peu différente. Et pour commencer, il faut savoir qu’on a parlé picard avant de parler de Picardie.
La Picardie administrative actuelle que certains revendiquent haut et fort pour justifier leur nom de Picard comprend trois départements : la Somme, l’Aisne, l’Oise. Or, de ces trois départements, seuls les habitants de la Somme parlent tous picard. Une bonne moitié de l’Aisne, les trois-quarts de l’Oise l’emploient également, mais c’est loin d’être la totalité et dans les zones qui jouxtent la frontière linguistique méridionale, le dialecte connaît une certaine régression. Cette frontière méridionale serpente de manière assez floue entre Noyon, Compiègne, Creil, Beauvais au nord et Soissons, Senlis au sud.
En revanche, le domaine linguistique picard s’étend bien au-delà de ces départements. A l’ouest, en Seine-Maritime, une frange de terre comprise entre le département de la Somme et la rivière de la Bresle doit être considérée comme faisant partie de ce domaine. Au nord, le Pas-de-Calais est linguistiquement picard. Quant au Nord, à l’exception de la zone dite « flamingante », qui pénètre la France de Bailleul jusqu’à Saint-Omer et Dunkerque selon le tracé de W. Pee, ce département pratique également le picard. Bien plus, la frontière politique qui sépare la Belgique de la France depuis 1815 n’a pas eu d’influence sur la vitalité du dialecte picard dans ce pays. Les villes de Tournai et de Mons sont du domaine linguistique picard, on n’y parle pas wallon (ne pas confondre dialecte wallon et région politique wallonne).


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