Éditorial des « Langues Modernes » n° 2/2015, par Pascal Lenoir, rédacteur en chef

lundi 29 juin 2015

Les instructions officielles pour les langues ont depuis longtemps cherché à faire entrer en classe une langue vivante qui soit la plus représentative possible d’usages langagiers et culturels authentiques. Le rédacteur de l’instruction de 1987 pour l’espagnol en classe de seconde (BO spécial n° 1 du 5 février 1987), recommandait, après avoir visionné en salle un film de qualité, en VO, d’exercer les élèves à analyser, en classe, quelques séquences empruntées à ce même film. « Grâce au magnétoscope, dont les manipulations sont aisées, le professeur ralentit le défilé des images, les arrête, revient en arrière, etc. On apprend ainsi à analyser chaque plan de façon précise, à cerner le propos du réalisateur … » (Ibid.). L’instruction officielle actuellement en vigueur pour la classe de seconde (Bulletin officiel spécial n°4 du 29 avril 2010) recommande également de travailler avec le cinéma : « On s’appuiera sur le développement du cinéma au lycée pour mettre l’élève en contact avec des œuvres en version originale. ». Désormais, c’est sous des formats très variés que le 7ème art peut entrer dans la classe de langue, et d’ailleurs la classe de langue n’est plus le lieu exclusif de l’organisation des apprentissages, les usages nomades étant en plein développement.

Il n’y a pas de hasard à ce que le cinéma soit un support prisé pour l’enseignement-apprentissage des langues. Le cinéma plonge d’emblée les spectateurs au sein des rapports complexes qu’entretient une langue avec les réalités culturelles qui s’incarnent en elle. Pour les professeurs, il y a là de toute évidence un matériau de choix. Véronique Pugibet a réuni dans ce numéro des articles qui proposent diverses approches du récit filmique dans des contextes d’enseignement variés. Je l’en remercie très personnellement.

Je me demande cependant si dans certains articles l’analyse filmique proprement dite n’a pas tendance à céder le pas derrière la présentation d’objets périphériques (affiches, photogrammes). Des auteurs semblent faire une « ellipse » sur les moments où émerge et s’exprime le ressenti des élèves après visionnement du film. Par contre, l’approche actionnelle prend manifestement sa place, notamment dans des démarches de création de films qui, à coup sûr, constituent une très efficace formation à la compréhension de ce média.

Je vous souhaite une excellente lecture, et un bel été.