Appel à contributions : « Qualité dans les centres de langues et pour l’enseignement/apprentissage des langues dans le supérieur : définition, enjeux pratiques »

jeudi 3 mars 2016

Il paraît légitime de se préoccuper de la qualité dans un secteur aussi fondamental que l’enseignement / apprentissage des langues dans le supérieur. La qualité est définie pour l’industrie et les services comme « ensemble des caractéristiques d’une entité, qui lui confèrent l’aptitude à satisfaire les besoins exprimés et implicites » (Lasnier 2003). Pour Coombs (1985), la qualité dans l’éducation englobe tout à la fois la performance des élèves, la pertinence de ce qui est enseigné et appris, les évolutions du système éducatif lui-même, entre autres dimensions. Les tentatives de définition par tous les acteurs impliqués sont nombreuses, avec une multiplicité d’aspects pris en compte, différents selon les contextes considérés – ce qui rend la tâche difficile.

Dans quantité de professions, la fonction de mesurer et contrôler la qualité n’est pas nouvelle, ce rôle étant traditionnellement assuré par les associations professionnelles. Ce qui est plus récent, en revanche, c’est la multiplication, voire la prolifération, à l’échelle mondiale, de la littérature autour de l’assurance, de la gestion, de la démarche, du contrôle qualité et de dispositifs d’évaluation ad hoc. Le secteur éducatif n’est pas épargné et il existe aujourd’hui des agences et labels publics et privés, des cabinets de consultants, et des filières de formation à la gestion de la qualité éducative (Vinokur 2005), bref un véritable « marché » de la qualité.

La France, avec un État fort et centralisé dans le domaine de l’éducation, a un temps fait figure d’exception, ses instruments de mesure et d’évaluation étant largement liés aux politiques nationales. La sphère de l’enseignement supérieur semble avoir été une des premières à voir la problématique de la qualité prendre de l’ampleur, et les instances évaluatives fleurir, en lien avec « des projets de gouvernance des systèmes éducatifs au niveau mondial » (Normand 2005). D’aucuns comme Vinokur (2014) interrogent cette tendance aujourd’hui lourde alors que « l’Université est elle-même une vaste et vénérable institution d’évaluation et de certification de la qualité (des savoirs, des enseignants et des étudiants) et que, traditionnellement, elle exerce cette fonction collégialement dans le cadre de son autonomie professionnelle ». Garcia (2006) analyse la mise en place de l’assurance qualité comme un bouleversement sans précédent dans l’enseignement supérieur français à la fin des années 90, une étape décisive dans la construction d’un marché européen de l’enseignement supérieur. Les nouvelles règles ainsi introduites bousculent les principes mêmes d’organisation à l’Université dans le sens où le mode de régulation autonome par les pairs est remplacé par une régulation par des instances externes, mettant à mal l’indépendance de l’université par rapport aux intérêts économiques.

Bruno et Didier (2007), dans leur historique de la qualité en entreprise et du benchmarking, indiquent déjà à l’époque que « les universités sont jetées depuis quelques années sous les feux croisés d’une multitude d’indicateurs qui les mesurent sous toutes les coutures, que ce soient ceux du nouveau Système d’allocation des moyens à la performance et à l’activité — baptisé, non sans humour (noir), Sympa — ou ceux des palmarès dont la presse est friande, tel le fameux classement de Shanghai. »

Ces nouvelles contraintes pourraient aussi mettre en danger les principes d’appropriation des savoirs par les étudiants, l’accréditation et la réussite aux certifications prenant le pas sur une véritable réflexion concernant les besoins réels des apprenants et l’enseignement / apprentissage. Qualité en éducation, certes, « mais de quelle qualité s’agit-il ici » (Vinokur 2005) ? Et qui en décide ?

Il n’en reste pas moins que l’Université assure une mission de service public et il semble justifié, et utile, que la réflexion sur la qualité soit au cœur de son fonctionnement. Les centres de langues (CRL), dont les acteurs n’ont pas attendu le tsunami de la démarche qualité pour s’interroger sur la pertinence de guides de bonnes pratiques, livres blancs, etc., sont régulièrement sommés de faire la preuve de leur efficacité, et sur le marché hyper concurrentiel de la formation aux langues étrangères, les labels (par ex. « label qualité FLE ») peuvent faire la différence. Un ouvrage vient d’ailleurs de paraître dans la collection F chez Hachette : Démarche qualité et évaluation en langues (Megre et Riba 2015). Les promoteurs de la démarche qualité, instances européennes et organismes d’accréditation, défendent l’idée selon laquelle les systèmes d’évaluation et d’accréditation contribuent à améliorer la qualité de l’enseignement supérieur. Qu’en est-il dans le contexte particulier des CRL de l’enseignement supérieur ? Que démontrent les travaux de recherche ? Qu’en disent les acteurs sur le terrain ? D’autres pistes pourraient être envisagées pour l’évaluation de la qualité : évaluation interne, recherche-action ou développement, évaluation des enseignements par les étudiants (EEE), etc.

Ce numéro de RPPLSP-Cahiers de l’APLIUT, coordonné par RANACLES, permettra de décliner la notion de qualité en rapport avec les CRL et, plus généralement, avec l’enseignement / apprentissage des langues dans le supérieur, d’identifier les missions et aspects précis qui pourraient / devraient donner lieu à une évaluation de la qualité, de définir les critères associés, et de réfléchir aux moyens et acteurs de cette évaluation.

Les contributions soumises porteront ainsi sur la notion de qualité dans l’enseignement supérieur, en particulier dans les centres de langues.

Date de soumission des textes : 1er mars 2016

Merci d’envoyer votre contribution à l’adresse de la revue et à l’ensemble des co-rédacteurs de ce numéro coordonné par RANACLES : apliut@revues.org ; pcandas@unistra.fr ; annick.rivens@univ-lille3.fr

Les textes seront soumis à l’évaluation en double-aveugle dans la mesure où ils respectent la typologie des textes et les consignes aux auteurs de notre revue.

Typologie des textes : http://apliut.revues.org/5153

Consignes aux auteurs : http://apliut.revues.org/1524

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Quality in Language Centers and for language learning and teaching in Higher Education : definitions, key issues and current practices

It would seem legitimate that quality should be a consideration in such a key area as the teaching and learning of languages in Higher Education. Quality in industry and in the services sector has been defined as “the set of characteristics of an entity, which confer the ability to satisfy expressed and implicit needs” (Lasnier 2003). For Coombs (1985) quality in education encompasses at the same time the performance of learners, the relevance of what is taught and learned, and the development of the education system in itself as well as many other aspects. Attempts to define what it consists in for all the actors involved in quality assurance have been numerous, taking into account multiple and diverse aspects that vary depending on the context under study – all of which make defining quality a difficult task.

For many professions, the measuring and control of quality is not new – it has been traditionally undertaken by professional associations. However, what is more recent is the worldwide multiplication or even proliferation of literature on quality - its management, implementation, control and ad hoc systems of evaluation. The education sector has not been left out and there are now agencies and labels, both public and private, consultants, training programmes for the management of educative quality (Vinokur 2005). In short a “market” for quality in education has now emerged.

Some, like Vinokur (2014), question this increasingly dominant trend in Higher Education. After all “a university is itself a vast and venerable institution for evaluation and certification of quality (learning, teachers, students) and traditionally it has always carried out this function collegiately as part of its institutional role.” For example, Garcia (2006) analyses the implementation of quality assurance as having brought an unprecedented revolution in French Higher Education at the end of the 90s where it was a decisive step towards the construction of a European market in higher education. The new rules introduced at this time shook up the very principles of university organization in the sense that autonomous regulation between peers was replaced by regulation via external bodies, thus reducing the independence of universities with regard to economic interests.

These new quality constraints may also endanger the underlying principles of student learning as we conceive of it. Accreditation and success in certification often take precedence over a veritable consideration of learner needs, and of the context of teaching and learning. Quality in education is one thing but what kind of quality are we talking about here (Vinokur 2005) ? And who decides ?

It has to be underlined that the public service mission of universities seems to make it both justifiable and useful to put consideration of quality at the heart of their action. The diverse actors within language centres, faced with a tidal wave of quality initiatives, have readily questioned the relevance of guides of good practice, white papers, etc. Language Centres are regularly called upon to prove their effectiveness, and in the hyper-competitive market of foreign language learning, labels can make a difference. Indeed a volume on this very issue has just been published in the F Collection by Hachette Démarche qualité et évaluation en langues (Megre & Riba 2015). The European bodies and accreditation agencies promoting quality initiatives defend the idea that evaluation and accreditation systems contribute to improve the quality of Higher Education.

*How is this reflected in the specific context of language centres in higher education ?
*What does the research in this field indicate ?
*What do actors in the field say about this ?

Other avenues for discussion could be envisaged for the evaluation of quality : internal evaluation, research-action or development, evaluation of teaching by students, etc. This issue of Researching and Teaching Languages for Specific Purposes, coordinated by RANACLES, aims at developing the notion of quality in relation to Language Centres and, more generally, in relation to language teaching and learning in Higher Education. This volume aims at helping identify its missions and precise aspects, which could – should – give rise to an evaluation of quality, to define the associated criteria and to reflect on the means and actors of this evaluation.

Contributions will address the notion of quality in Higher Education settings, in particular in language centres.

Deadline for proposals : 1st March 2016

Please send your submission to : apliut@revues.org ; pcandas@unistra.fr ; annick.rivens@univ-lille3.fr

Please respect the guidelines for authors (https://apliut.revues.org/1965 - tocto1n3) and make sure that your proposal falls within the categories of texts published in our journal (https://apliut.revues.org/4996 - tocto1n2). Your text will then be sent for peer-review.


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