Carte des langues : communiqué de la présidence de l’APLV

vendredi 29 janvier 2016

Mme la Ministre de l’Éducation nationale a dévoilé vendredi 22 janvier la carte des sections bilangues. 3000 sections bilangues seront maintenues ou créées sur le territoire, et 5500 écoles élémentaires proposeront un enseignement de langues étrangères ou régionales (LVER) autres que l’anglais, permettant de ce fait sur le long terme (du moins, on l’espère) le maintien de sections bilangues de continuité en classe de 6e pour les écoliers qui n’auront pas été initiés à l’anglais à l’école primaire. Les données ministérielles manquent de lisibilité, dans la mesure où elles ne permettent pas de dire si, conformément aux annonces faites, toutes les bilangues de continuité ont été maintenues, ni de savoir si les fermetures prévues pour la rentrée 2016 affectent des sections bilangues de continuité ou de « fausses » sections bilangues. Si les fermetures concernent des bilangues de continuité, cela revient à contredire l’objectif affiché de diversification en primaire.
Pour nous, un motif majeur d’inquiétude est l’accentuation flagrante des différences entre territoires. Au nom de l’égalité entre les jeunes Français, il est inadmissible que, pour des raisons budgétaires ou de politique locale, certaines académies, comme celle de Caen (avec 4 sections bilangues seulement à la rentrée 2016, contre 76 en 2014), deviennent des déserts monolingues, alors que l’offre est intégralement maintenue à Paris. D’autres académies connaissent un nombre important de fermetures de sections bilangues, comme Lille, qui passe de 252 en 2014 à 112 à la rentrée prochaine, ou Lyon, de 302 à 89. Du fait de ces fermetures, les efforts de nombreux professeurs et chefs d’établissement seront réduits à néant, alors même que la réforme mise en place fait un appel répété à l’investissement personnel des enseignants.
L’autonomie laissée aux académies introduit de nombreux facteurs d’incertitude. Nous aimerions avoir l’assurance que les mesures annoncées pour les écoles élémentaires aujourd’hui se traduiront au bout du compte par de futures ouvertures de sections bilangues en collège quand les élèves qui rentrent en CP à la rentrée 2016 arriveront en sixième.
La Ministre affirme qu’un effort important a été fait en faveur de l’allemand. Certes, la situation de l’allemand est aujourd’hui critique et méritait une attention particulière. L’APLV rappelle son attachement à une réelle diversification dans l’enseignement des langues en France, c’est-à-dire à la possibilité laissée à chaque élève de choisir au cours de sa scolarité les langues qu’il ou elle souhaite apprendre en LV1, LV2 ou LV3. Certaines académies, notamment celle de Strasbourg, ont oublié les consignes de la DGESCO appelant clairement les autorités académiques à « proposer une offre linguistique diversifiée » et à « favoriser la pluralité des langues enseignées dans le système éducatif ».
Enfin, les annonces du 22 janvier n’apportent aucune réponse à nos autres motifs d’inquiétude :
- La Ministre rappelle que, sur l’ensemble de la scolarité d’un enfant, l’horaire de LV1 et celui de LV2 seront augmentés de 54 heures chacun. L’APLV s’est inquiétée à de multiples reprises de l’insuffisance de la formation des professeurs des écoles, qui assureront les 54 heures supplémentaires de LV1 en cours préparatoire, et sur l’inefficacité probable du dispositif mis en place en 5e à la rentrée 2016, avec un enseignement de LV2 limité à 2 heures 30. Débuter l’apprentissage d’une langue à raison de 2 heures 30 hebdomadaires constitue pour la plupart des élèves une exposition insuffisante pour leur permettre une acquisition durable de compétences langagières.
- La Ministre évoque à nouveau la présence des langues dans les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires). L’APLV continue de craindre l’instrumentalisation des LVER, et donc le sacrifice inutile d’heures de cours de langue, dans des enseignements qui, la plupart du temps, se feront en français, même s’il est fait appel ponctuellement à des supports textuels ou filmiques en langue régionale ou étrangère. De même, et une fois de plus, le ministère évoque un enseignement de type DNL en collège, et une fois de plus, oublie de dire que très peu de professeurs de collège ont la certification DNL.
- La Ministre renvoie les enseignants aux exemples de pratiques de classe sur Eduscol. C’est ignorer que les vidéos publiées sur ce site (qui présentent toutes des cours en anglais !) sont livrées sans analyse didactique. Peut-on vraiment améliorer sa pratique d’enseignement en regardant 10 minutes du cours d’un collègue qui enseigne dans un contexte différent, quelquefois idéal ?
- La Ministre souhaite fortement encourager le développement de partenariats scolaires internationaux, et prétend même qu’en 2017, 100% des collèges et lycées seront engagés dans de tels partenariats. L’APLV attend que le ministère explique aux professeurs de langue comment ils pourront trouver des partenaires dans des pays où le français est de moins en moins enseigné (comme le Royaume-Uni ou l’Espagne), et comment ils pourront financer ces partenariats, alors même que des collègues doivent aujourd’hui renoncer à ceux qui existent faute de fonds propres suffisants dans les établissements pour financer le voyage à l’étranger des accompagnateurs.
- Enfin, par son silence, la Ministre réaffirme la suppression des sections européennes et de langues orientales (SELO). L’APLV exprime une nouvelle fois son désaccord avec cette mesure d’économie, qui s’exerce à l’encontre d’un dispositif qui a démontré son efficacité, en permettant à des élèves motivés et travailleurs d’acquérir et d’utiliser des compétences en langue dans le cadre de l’apprentissage d’autres disciplines, compétences directement transposables et utilisables dans les études supérieures et la vie professionnelle.

Jean-Marc Delagneau, président
Roselyne Mogin-Martin, vice-présidente
Jean-Luc Breton, vice-président