Les livrets de compétences : nouveaux outils pour l’évaluation des acquis - Rapport officiel de l’Inspection générale, n ° 2007-048, juin 2007

mercredi 12 décembre 2007
 Laure PESKINE

Le rapport se situe dans la problématique générale de l’évaluation des acquis des élèves. Il s’inscrit dans la continuité des travaux engagés depuis plusieurs années par l’inspection générale dans ce domaine. En abordant plus directement la question des livrets d’évaluation des élèves, il s’est naturellement articulé avec la perspective de la mise en œuvre et de l’évaluation du socle commun de connaissances et de compétences, telles qu’elles sont prévues par la loi d’avril 2005.
Conçue comme une réflexion de fond, cette étude s’ouvre sur une comparaison avec certains pays. Elle propose ensuite une synthèse et un commentaire des évolutions, récentes ou anciennes, des pratiques d’évaluation dans notre système éducatif. Cette mise en perspective aide à clarifier les conditions nécessaires à la mise en œuvre d’une évaluation par les compétences.
S’appuyant sur des exemples internationaux, les inspecteurs généraux montrent l’ampleur des changements engagés par ce choix d’organisation des enseignements. Ils posent enfin la question de la communication, qui conditionne de fait la mise en place de tout nouveau dispositif d’évaluation
(...)

Ce rapport remarque que des disciplines sont jusqu’ici restées à l’écart de l’évaluation par compétences et découvrent actuellement cette problématique.
"L’enseignement des langues vivantes est clairement dans cette situation, comme en témoigne l’IGEN dans son rapport de janvier 2007. Jusque dans les années quatre-vingt, l’évaluation dans ce domaine concernait avant tout les connaissances des élèves et jamais
leurs compétences : "L’évaluation distincte des diverses activités langagières, alors appelées compétences ou savoir faire, n’existait pas." Cette évaluation se traduit encore aujourd’hui par une note moyenne qui, mêlant les compétences orales et écrites, l’expression et la compréhension, n’a guère de lisibilité. Ces notes ne renseignent ni sur ce que l’élève sait de la langue enseignée ni ce qu’il sait faire avec elle. Cette évaluation, enfin, est plus référée aux manuels scolaires, aux supports utilisés qu’aux programmes. On se trouve bien loin d’une
entrée par les compétences.
Les enseignants sont le plus souvent conscients de cette situation. Ils ressentent la nécessité de faire évoluer leur enseignement et leurs pratiques en matière d’évaluation. Certains sont déjà engagés dans des pratiques innovantes aiguillonnées par les études internationales ou encore par les nouvelles prescriptions officielles, notamment le cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL).
Pour autant, l’ambiguïté des termes utilisés dans les textes de cadrage, concernant les diverses compétences à acquérir, n’a pas permis d’accompagner efficacement les enseignants dans l’évolution souhaitée qui ne peut être mise en oeuvre faute d’une mise en cohérence de ces divers textes (CECRL, programmes, socle commun). »

Extrait de la conclusion :

"On ne peut faire le choix de l’évaluation par les compétences sans repenser l’ensemble du système, des programmes aux formes et démarches d’enseignement, aux outils et aux procédures d’évaluation. Les exemples internationaux démontrent l’ampleur de la réforme
que nécessite ce choix d’organisation des enseignements. Au-delà de la définition d’un référentiel de compétences, elle nécessite le plus souvent une révision globale des curricula, une élucidation des compétences à évaluer, une clarification des procédures d’évaluation à mettre en oeuvre, et donc une formation approfondie des enseignants pour leur permettre d’adapter leurs pratiques d’enseignement et d’évaluation.

Les expériences engagées dans certains pays nous rappellent aussi que ces changements peuvent entraîner, s’ils ne sont pas correctement expliqués, élucidés, intégrés, une véritable déstabilisation des enseignants, des élèves et des parents, en leur donnant le sentiment de ne plus comprendre les objectifs de l’école. La question de la communication, notamment avec les familles, est donc particulièrement sensible. Lorsqu’elle n’est pas maîtrisée, lorsque les outils proposés (livrets, dossiers de compétence) n’ont pas été compris, acceptés, des
réactions très fortes apparaissent qui rendent vain tout espoir d’acceptation du changement proposé."

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