"Il ne peut y avoir d’Europe que multilingue !", une interview de Claude Truchot sur Babel Strasbourg (26 août 2008)... avec la réaction d’humeur d’un citoyen européen

mercredi 27 août 2008
 Christian PUREN

"Spécialiste des enjeux linguistiques de la construction européenne, Claude Truchot, professeur émérite à l’université Marc Bloch de Strasbourg revient pour Babel Strasbourg sur les récentes évolutions de la question des langues en Europe."

Extrait :

(...) Il faut bien comprendre une chose : la construction européenne a fonctionné jusqu’à maintenant selon un principe que l’on peut qualifier de subsidiarité : il y a des institutions, mais aussi des Etats qui fonctionnent en articulant de manière très forte leur action avec celle des institutions. Or on voit difficilement comment les Etats, qui prennent d’ailleurs les décisions dans le cadre du Conseil européen, pourraient mettre en œuvre les normes européennes si tout se faisait dans cette langue commune. Un tel processus ne peut se faire que dans la langue propre du pays !"


On retrouvera aussi dans cette interview d’autres arguments connus et défendus depuis longtemps par l’APLV en faveur du plurilinguisme en Europe.

Ce combat est un combat légitime, important, urgent. Assez pour qu’il ne soit pas nécessaire, pour "faire feu de tous arguments", d’en utiliser de fort contestables. Le "slogan" de 2005 ("Plus tu connais de langues, plus tu es humain") de la Commission sur le multilinguisme dont il est question dans cet interview me semble être de ceux-là. Ce "slogan" n’est pas du tout "pertinent", comme le dit l’interwievé. Je suis même abasourdi qu’il ait été accepté à l’époque par la Commission européenne, parce qu’il attribue de facto à certains peuples - et ce sont les plus petits et les plus faibles, ceux-là même qui sont menacés non seulement de disparition culturelle, mais physique, ceux que l’on appellait autrefois des "peuplades" - un qualificatif de "primitifs" que l’on aurait pu espérer dépassé, parce qu’il se situe à l’extrême opposé des valeurs universalistes par ailleurs affichées en Europe.

Et il est "moins humain" pour cela, l’handicapé mental qui ne maîtrise même pas sa langue maternelle ?!

On peut bien sûr considérer que ce slogan "Plus tu connais de langues, plus tu es humain" n’impliquait pas (comme c’est pourtant le cas en bonne logique, celle que l’on attend de citoyens européens éduqués, et de ce fait conscients des contraintes internes et des effets externes du langage), l’idée inverse ("Moins tu connais de langues, moins tu es humain"). Parce qu’il n’était justement... qu’un slogan. Auquel cas il ne mérite que d’être renvoyé d’un mot à son statut dans son domaine, celui d’une accroche publicitaire pour consommateurs naïfs de formules marketing.

Mais est-ce là l’idée que la Commission se fait des citoyens européens ? L’idée de la diversité linguistique et culturelle européenne mérite assurément mieux que d’être vendue comme la dernière marque de savonnette parfumée. J’aimerais savoir si la Commission européenne a payé sur nos deniers de citoyens européens, et si oui quelle agence privée, et combien, pour l’invention d’un slogan publicitaire aussi peu... humain.

Christian Puren

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