Un principal de collège explique comment il a favorisé le développement des échanges internationaux dans son collège

dimanche 8 juillet 2007
 Laure PESKINE

À l’heure où de plus en plus de professeurs sont découragés face aux difficultés que représente l’organisation d’échanges et de voyages avec l’étranger, Michel Guibout, nous explique comment il a réussi à faire des échanges avec l’étranger le point fort du projet d’établissement du collège César Lemaître de Vernon (Académie de Rouen).

Vous avez mis en place trois échanges internationaux dans le collège où vous avez été principal pendant 33 ans. Pourquoi une telle place accordée aux échanges dans votre établissement ?

Je crois qu’un enseignement actif des langues vivantes ne peut pas se limiter à l’enseignement dans une salle de classe et que les élèves ont absolument besoin d’aller exercer leurs talents dans le pays dont ils apprennent la langue. Ils doivent accéder à la culture d’un pays proche et surtout rencontrer les personnes, les Allemands, les Anglais, les Espagnols, les Italiens ; humainement c’est une expérience extraordinaire. Et puis il faut ajouter aussi que la France n’est pas une île et qu’il faut absolument s’ouvrir, d’abord sur l’Europe, ensuite sur le monde.

Quel est le rôle des échanges dans le parcours scolaires des élèves ?

Ces échanges apportent beaucoup à la construction de leur personnalité. Ils vont rencontrer des jeunes de leur âge, ils vont s’apercevoir qu’ils ont les mêmes problématiques et que finalement l’humanité est une. Il y a toujours à apprendre de ses voisins.

Les professeurs ont-ils adhéré facilement à votre projet ?

Les professeurs étaient volontaires pour ces échanges, mais il est bien évident que dans la durée ils ont besoin d’être soutenus moralement. Je crois qu’il faut s’intéresser au travail qu’ils fournissent vis-à-vis des échanges, que ces échanges ne peuvent se faire que si les enseignants sont volontairement disponibles ; et puis le minimum est d’assurer une reconnaissance matérielle par le biais d’une rémunération : une heure supplémentaire annuelle pour le pilote des échanges. C’est à ce prix-là que nos échanges durent depuis plus de 25 ans avec la Grande Bretagne, avec l’Allemagne, et nous avons déjà six ans échanges avec l’Italie. Et l’aboutissement de tout ce travail, c’est l’ouverture de sections européennes, où les jeunes vont pouvoir se perfectionner, avoir un excellent niveau, et cela les aidera dans leurs études supérieures et pour trouver un travail.

À l’heure actuelle l’organisation des voyages et des échanges est remise en question à cause des recommandations de plusieurs Chambres régionales des comptes, qui ont rappelé que le coût du voyage des accompagnateurs ne devait pas être supporté par les familles des élèves [1]. Quelle est votre position ?

Pour moi c’est très simple : les enseignants n’ont pas à participer financièrement. Les professeurs sont en service et donc il faut absolument les dédommager de toutes leurs dépenses. Il faut comparer avec la gestion d’autres fonctionnaires, ou de personnels dans le privé, qui eux sont largement indemnisés pour toutes les activités de voyages ou missions. Il faut dire que, malheureusement, c’est à l’initiative d’une association de parents d’élèves qui a plaidé pour la gratuité totale de l’enseignement - ce qui n’est pas simple à gérer -, que leur plainte a été entendue par les Cours régionales des comptes, et que des instructions ont été données pour que les familles ne participent pas au financement du voyage des professeurs accompagnateurs.

Je trouve que c’est un manque de pragmatisme complet. L’intendante vient de me montrer il y a quelques instants - c’est paru dans les questions-réponses du Journal Officiel de l’Assemblée Nationale [2] où, effectivement, maintenant il y a un certains nombre de sorties et de voyages très profitables aux élèves, qui ne peuvent plus se faire en raison de cette attitude extrêmement restrictive . Aujourd’hui, d’ailleurs, si le Rectorat de Rouen ne donnait pas quelques moyens supplémentaires, qui eux peuvent servir à financer les frais des enseignants, ou lorsqu’il y a jumelage de villes, si le comité de jumelage ne donnait pas les fonds nécessaires, ces échanges devraient s’interrompre.


À lire dans le numéro 1/2007 des Langues Modernes : Organiser un échange entre établissements, par Laure PESKINE


[2Question N° 122805 : de Mme Le Brethon Brigitte (Union pour un Mouvement Populaire - Calvados )
Ministère interrogé : éducation nationale
Ministère attributaire : éducation nationale
Question publiée au JO le : 08/05/07 page : 4227
Rubrique : enseignement
Tête d’analyse : établissements
Analyse : voyages scolaires. frais. prise en charge

Texte de la QUESTION :

Mme Brigitte Le Brethon souhaite interroger M. le ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sur les difficultés croissantes rencontrées pour l’organisation des voyages scolaires, dont l’intérêt est par ailleurs largement reconnu. Malgré le site internet « Eduscol » expliquant les modalités d’organisation et de financement des voyages scolaires, ces derniers sont de moins en moins nombreux, et plusieurs établissements scolaires et sites culturels de Normandie ont à déplorer les effets négatifs de cette baisse. Ces difficultés sont avant tout d’ordre financier. En effet, aucune participation financière ne peut être demandée aux familles pour les sorties obligatoires, et les observations émises par les Chambres régionales des comptes ont rappelé le principe de la gratuité des voyages pour les accompagnateurs. Les établissements scolaires se trouvent par conséquent confrontés à une charge financière importante et obligatoire que beaucoup ne peuvent assumer. Par ailleurs, l’obligation de remplacer les professeurs encadrants rend parfois impossible l’organisation de ces voyages. Enfin, à ces difficultés financières et organisationnelles s’ajoute le contexte de judiciarisation des relations entre les parents et les professeurs, qui décourage de plus en plus ces derniers d’organiser des sorties. Ces contraintes importantes portent atteinte à l’égalité des élèves devant l’éducation et affectent parfois lourdement la fréquentation des équipements culturels et sportifs. Aussi elle lui demande quelles mesures financières et juridiques il entend prendre afin de garantir l’égalité d’accès des élèves aux sorties pédagogiques et de permettre le maintien de la fréquentation des établissements culturels par les scolaires.