Réponses de l’APLV à la consultation sur le socle commun - juin-juillet 2025
Il apparaît aux membres du Conseil d’Administration de l’APLV que l’objectif du document est de délivrer l’esprit humaniste général des programmes : former des têtes bien faites plutôt que bien pleines, des citoyens disposant d’un esprit critique et de curiosité. A ce titre, ce document très dense et ambitieux cadre bien avec les préoccupations et les principes de l’APLV, ce dont on ne peut que se réjouir. Cependant, se pose la question de savoir à qui ce texte s’adresse. Sans doute aux formateurs et aux inspecteurs, chargés d’en transmettre l’esprit et les idées aux enseignants. En tant que texte programmatique, il a toute sa valeur, mais, en même temps, il risque d’apparaître aux professeurs quelque peu dépourvu de lien avec la réalité des classes et de l’enseignement, lors de la transposition à chaque discipline.
En effet, comme tout document programmatique, ce projet risque de susciter une certaine irritation chez les enseignants, qui consacrent beaucoup de temps et d’énergie à gérer des groupes dans leur hétérogénéité, avec des effectifs dans certains cas trop importants et un horaire trop réduit. Le projet énonce des directives générales (voire consensuelles) pouvant embrasser ou couvrir des pratiques pédagogiques et des conditions d’exercice très différentes. Ce document ne se suffit donc pas en lui-même et doit être complété par les programmes disciplinaires et les documents d’accompagnement.
En ce qui concerne plus particulièrement les langues vivantes, l’APLV s’inquiète du fait que le projet de socle fasse comme si le tuilage primaire-collège se faisait harmonieusement et sans accroc dans toutes les classes, ce qui, dans certains cas, relève malheureusement de la pure fiction. D’une manière générale, il semble que les objectifs pour l’école élémentaire sont ambitieux au regard du nombre d’heures de langue vivante et des contraintes et situations de certains professeurs des écoles.
Le projet a le mérite de rappeler un certain nombre de principes importants pour l’APLV, notamment :
que les langues vivantes contribuent à la formation intellectuelle et citoyenne ;
que langue et culture se travaillent de manière conjointe ;
qu’il faut étudier les supports de manière à éviter stéréotypes et visions folkloriques ;
que l’approche sensible et la créativité sont une entrée dans les apprentissages.
Il importe en effet de signaler de manière appuyée aux professeurs des écoles et aux spécialistes disciplinaires du collège que la langue, qu’elle soit familiale, de scolarisation, régionale ou étrangère, a un statut double, celui de contenu d’enseignement et celui de véhicule et support de contenus d’enseignement.
Il semble à l’APLV que, dans certains cas, les auteurs du projet de socle ont eu quelque mal à concevoir des descripteurs spécifiques aux langues vivantes là où il aurait peut-être été plus pertinent de reprendre ceux employés pour le français langue de scolarisation. L’APLV suggère donc que soient repris ou ajoutés, notamment pour le collège, les descripteurs suivants, adaptés aux différents éléments de culture commune (ECC) :
ECC1 : Acquérir et mobiliser les démarches et les gestes fondamentaux de l’apprentissage
S’engager personnellement pour mettre en voix ou en scène un texte, interpréter un personnage théâtral.
Planifier et améliorer ses productions par diverses stratégies, de façon autonome ou collaborative.
Savoir mener des recherches documentaires.
ECC3 : Faire preuve d’esprit critique
Être capable d’émettre un jugement d’appréciation ou une préférence (notamment : face à un texte ou une œuvre) et de les justifier.
Identifier des sources documentaires fiables.
Mettre en débat un point de vue, en comparant des textes et positions.
Interroger les spécificités des textes générés par l’intelligence artificielle.
ECC5 : Être curieux de la pluralité des langages et des langues et s’ouvrir aux richesses des autres cultures
Mettre en relation un texte avec ses mises en scène ou adaptations filmiques.
ECC7 : Imaginer, fabriquer, créer, expérimenter avec habileté
Prendre conscience des mécanismes de compréhension d’un texte et développer une stratégie face à la difficulté.
Construire une méthode de travail pour produire de l’écrit : de la préparation au brouillon à la phase de relecture et d’amélioration du texte.
Évaluer son écrit : respect de la consigne, maîtrise de la langue, méthodologie de relecture et de réécriture.
Les compétences évoquées sont transversales ou tout au moins communes à tous les objets d’étude où la langue est employée pour agir sur et avec les autres. Dans le cadre de la démarche actionnelle que l’institution préconise pour les langues et que l’APLV défend, il semble fondamental que les listes de descripteurs, que les professeurs liront et dont ils tiendront compte, davantage sans doute que les préconisations contenues dans les parties plus théoriques du texte sur le socle, orientent leur réflexion et leur pratique pédagogique dans le sens d’objectifs vraiment communicatifs et actionnels.



