Appel à contribution Les Langues Modernes (2/2027) « Pratiques Artistiques et Approches Sensibles en didactique des langues-cultures »

lundi 21 septembre 2026

Pratiques Artistiques et Approches Sensibles en didactique des langues-cultures

Coordonné par Euriell Gobbé-Mévellec, Chantal Dompmartin et Nathalie Thamin

Cet appel à contribution s’inscrit dans la continuité du colloque PAAS (Pratiques Artistiques et Approches Sensibles en didactique des langues-cultures - Contextes et appropriations), organisé à Toulouse en mai 2025 dans le cadre des manifestations scientifiques de l’association Acedle. Certaines contributions à ce colloque figureront dans ce n° des Langues Modernes ainsi que dans un double numéro à venir de la revue Recherches en Didactique des Langues et cultures Cahiers de l’Acedle, à paraitre en 2027). L’essentiel de l’argumentaire du colloque est repris ci-après.

Les dernières décennies ont vu se développer, dans le domaine de la didactique des langues et des cultures (DLC), un foisonnement de démarches que nous regroupons sous l’expression « approches sensibles ». Par approches sensibles en DLC, nous entendons « les dispositifs et démarches qui mobilisent la sensibilité des apprenantes en lien avec leur plurilinguisme et avec des pratiques artistiques ou d’expression créative qui permettent de le révéler. Ces approches mixent l’expérience esthétique et l’imaginaire, en collaboration ou non avec des artistes ou des acteurs externes au champ de l’éducation proprement dit. Elles sont sensibles au plurilinguisme des sujets et au multilinguisme sociétal et portent le projet, dans le champ éducatif, d’une société du multiple et du pluriel où chacune puisse trouver sa place » (Dompmartin-Normand, 2023 : 32).

Plusieurs événements scientifiques récents en France et ailleurs témoignent du développement des approches sensibles qui pensent l’enseignement des langues en lien avec des préoccupations sociétales et des pratiques artistiques.

Dans ce « mouvement » se reconnaissent des projets de recherche et/ou d’intervention sur différents terrains, dans les murs et hors les murs de la classe, dans des contextes variés pour des publics variés, en France y compris dans les régions ultramarines, et dans d’autres régions du monde. Des projets se focalisent sur le théâtre (Irubetagoyena, 2016 ; Nowak (drameducation) ; Abdelkader et Bazile 2013 ; Rollinat-Levasseur 2015) et différentes formes de travail de textes poétiques (Cosnier-Laffage 2019 ; Fabulet et Vorger, 2021 ; Fontana (http://fofana.free.fr/wp/) ; Martin, 2002 ; Mouginot, 2018, 2020 ; Vorger, 2021, 2023). D’autres s’appuient sur l’écriture créative autobiographique ou expérientielle (Dompmartin, 2019, 2023 ; Mathis, 2016). La photographie et les arts visuels (dessins réflexifs, collages) sont mobilisés (Alvir, 2015 ; Fillol, Geneix-Rabaul & Dinvaut, 2018 ; Fillol, Razafimandimbimanana & Geneix-Rabault, 2019 ; Farmer et Prasad 2014 ; Razafimandimbimanana, 2022). La littérature dont la littérature pour la jeunesse et la création d’albums plurilingues sont en jeu (Bourhis et Deschoux, 2021 ; Gosselin-Lavoie, Maynard & Armand, 2021 ; Bouhris et Laroque 2021 ; Gobbé-Mévellec & Paolacci, 2019, 2021).

L’enjeu à notre sens porte moins sur les formes artistiques convoquées dans les démarches didactiques que sur leur articulation avec l’appropriation linguistique, langagière et culturelle qui pourrait résulter des mises en résonance entre l’expérience sensible, plurilingue et pluriculturelle des sujets.

Ces démarches sont-elles une « nouvelle frontière » prometteuse, un éventuel « supplément d’âme, de dynamisme et de mise en relation » pour les dispositifs didactiques (Dompmartin et Thamin, 2018) ? Ne représentent-elles pas un espace potentiel de transformation, voire un « espace de potentialisation » (Aden, 2012) en ce qu’elles proposent des passages par la réception sensible d’objets ou d’expériences artistiques, couplée à une logique du faire œuvre (Valery, 1957) en interaction et en relation, quand les processus comptent plus que les productions ? Des chemins sont ainsi empruntés, non seulement pour enseigner/apprendre la/les langue(s), mais aussi pour inviter à revisiter le rapport des sujets aux objets langagiers à apprendre ou à enseigner. Il s’agit de s’approprier, en même temps que des habiletés linguistiques, des lieux et des manières d’être au monde plus libres et résonantes (Rosa, 2018), ou encorede faire l’expérience de l’altérité, y compris d’une altérité qui résiste, en raison de l’opacité de la langue, du malentendu, de la difficulté à dire, à se faire comprendre, à être compris.

En tout état de cause, il s’agit à travers ces démarches didactiques ouvertes d’opérer un déplacement de focale, en « envisage[ant] le langage et les langues prioritairement comme poïesis, c’est-à-dire comme expérience nécessairement créative du monde », ce qui « bouleverse les priorités de la didactique, en orientant ses questionnements vers la réception et la compréhension […] plutôt que vers la production ; vers la relation qui peut s’y nouer plutôt que vers l’efficacité des dispositifs à mettre en place ; vers une appréhension culturelle et historiale de l’humain […] » (Huver et Lorilleux, 2018).

La notion d’appropriation (Castellotti, 2017) est ici pivot en ce qu’elle subsume les notions d’acquisition et d’apprentissage, en ce qu’elle donne à l’apprenant une position incarnée de personne qui vit et expérience en langue(s). Elle invite à contextualiser les apprentissages en rendant incontournables les aspects sociolinguistiques des situations et les rapports aux langues afférents. La notion d’empouvoirement émerge, ainsi que, entre autres, celles d’inclusion, d’émancipation, d’agentivité, d’instabilisation, de transformation, d’altération, mettant sur le devant de la scène les enjeux psychologiques, sociologiques, sociolinguistiques, philosophiques, politiques, esthétiques de l’appropriation de la/des langues pour les sujets. Dans un monde complexe, marqué par les mobilités et les reconfigurations identitaires multiples, par des confrontations à l’altérité parfois rugueuses, chacun peut réfléchir sa place, cette dernière notion étant intrinsèquement liée à la capacité de relation et de réflexivité. Toutes ces notions s’emboîtent-elles ? En quoi sont-elles mobilisables ensemble pour affiner les contours d’un paradigme de la DLC revisité ? Comment s’articulent-elles aux contextes d’enseignement, d’apprentissage et de recherche ? Qu’apportent les arts et ces approches par le sensible pour l’appropriation linguistico-langagière ? En quoi ces démarches renouvellent-elles ou interrogent-elles (ou non) nos manières de concevoir l’enseignement et la recherche en didactique des langues ?

En formation des enseignants, peut-on espérer que les approches sensibles, notamment par les arts, permettraient de mieux éclairer les contenus de sociolinguistique et de didactique dans une perspective réflexive et critique, indispensable aux enseignants de langues aujourd’hui ? En formation linguistique avec des personnes en mobilité contrainte (exilés, réfugiés, migrants), quelle valeur ajoutée ces approches peuvent-elles représenter ? Quels problèmes peuvent-elles poser ? Si transformation il y a, comment se donne-t-elle à voir ? Comment est-elle donnée à comprendre et est-elle comprise ?

Comment par ailleurs la collaboration et la relation entre les différents acteurs impliqués dans les démarches (artistes, enseignants, apprenants) se construit-elle, notamment autour des enjeux d’apprentissage ?

Il sera attendu des propositions de contributions sur le plan des interventions auprès d’apprenants de langue(s) dans l’espace scolaire et extrascolaire et sur celui de la formation des enseignants, présentant et analysant des projets menés et des expériences vécues sur des terrains variés : classes d’accueil pour élèves allophones nouvellement arrivés, classes ordinaires du primaire ou du secondaire accueillant ces élèves et les autres, étudiants internationaux dont étudiants exilés, classes bilingues, immersives ou pas, autres contextes de la maternelle à l’université, formation linguistique pour adultes migrants…

En cas de présentation d’une recherche de terrain, il est attendu que la situation et les visées des dispositifs soient clairement explicités, ainsi que la démarche de recherche et d’interprétation adoptée. Des propositions non empiriques (i.e. notionnelles ou épistémologiques, par exemple) sont également encouragées.

Les articles soumis doivent être inédits. La revue accepte deux types de contribution :

  • des articles courts, tels que des comptes rendus d’expérience qui ne dépasseront pas 15 000 signes espaces compris. Ces articles ont un rôle informatif, et peuvent donner une photographie contextualisée de pratiques innovantes
  • des articles longs, traitant de questions plus théoriques ou générales qui ne dépasseront pas 25 000 signes espaces compris. Les articles de synthèse ou communications de résultats de recherches doivent rendre compte d’un travail original et faire preuve de rigueur scientifique dans un langage clair et accessible.

Calendrier :

Publication de l’appel : 15 septembre 2026

Réception des projets de contribution : 15 octobre 2026 Retour aux auteurs : 25 octobre 2026

Envoi des contributions : 2 janvier 2026 Comité de lecture : fin janvier 2027 Publication : juin 207

Lien vers les différentes feuilles de style https://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article1402

Les soumissions devront être envoyées à :

euriell.gobbe-mevellec@univ-tlse2.fr ;chantal.dompmartin@univ-tlse2.fr ;nathalie.thamin@univ-fcomte.fr ; redaction.languesmodernes@gmail.com

Références bibliographiques

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