La note du président - N°1/2012 des « Langues Modernes », par Jean-Marc Delagneau

mardi 27 mars 2012

Même si ce premier numéro de l’année 2012 vous parviendra bien après la période traditionnelle des vœux, permettez-moi d’abord de vous adresser au nom de l’APLV les miens de bonheur et de réussite, tant au plan personnel qu’au plan professionnel. Je formule également le souhait que cette année électorale soit enfin l’occasion d’une véritable prise de conscience par des décideurs politiques du rôle essentiel que représente la possession de compétences dans plusieurs langues vivantes, pour nos élèves et étudiants, futurs citoyens et acteurs à tous les niveaux (culturel, économique, industriel, politique, scientifique, technique) d’une France pouvant à la fois assumer sa place, son rayonnement et sa solidarité dans l’Union Européenne comme dans le reste du monde.

C’est dans la poursuite naturelle de ces objectifs que l’APLV a été à nouveau présente sur un stand au salon « Expolangues », et a organisé avec l’Étudiant le mercredi 1er février une table ronde sur la place du culturel dans l’apprentissage des langues vivantes qui a connu un très vif succès. Je tiens à remercier tout particulièrement notre collègue Françoise Du pour l’organisation de cette table ronde et la réunion des intervenants, Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction du groupe l’Étudiant pour son animation et son appui logistique, notre secrétaire générale, Laure Peskine, pour son investissement avant et pendant toute la durée du salon, ainsi que tous les collègues actifs ou retraités venus participer à la table ronde ou tenir notre stand, et sans lesquels nous n’aurions pu envisager une telle présence à cette manifestation.

Mais cette réussite de notre présence au salon « Expolangues » ne saurait faire oublier les lourdes menaces qui pèsent, en ce début d’année, sur l’avenir des enseignements de langues vivantes. Dans le dernier numéro des Langues Modernes de 2011, je soulignai des inquiétudes pour l’avenir de la diversification linguistique, la place des langues vivantes à tous les niveaux d’enseignement. Les annonces et décisions récentes du ministère n’ont fait que confirmer ces inquiétudes. La présentation du rapport du comité stratégique sur les langues vivantes nous a donné l’impression d’un détournement de réflexions pédagogiques, élaborées aussi bien par des experts que par des acteurs de terrain, à des fins de communication strictement politique. L’annonce de mesures utilisant les langues vivantes à titre expérimental pour remettre en cause le cadre national des enseignements, le service statutaire des enseignants, et réaliser encore de nouvelles économies dans le secteur éducatif déjà fortement sinistré, s’est inscrite dans un affichage faisant croire que ces mesures remédieraient miraculeusement aux problèmes actuels de l’enseignement des langues dans notre pays. Autant notre association est bien placée pour connaître les difficultés du terrain et proposer des pistes au plan théorique comme au plan pratique pour améliorer la situation – c’est dans cet esprit que l’APLV avait demandé à rencontrer les responsables du Comité stratégique en juin dernier, sans avoir pu continuer à aborder l’ensemble des sujets lors d’une seconde rencontre qui ne lui a pas été proposée – autant elle ne peut cautionner de telles mesures. L’annonce simultanée de la mise en place d’un dispositif de grande envergure d’enseignement à distance de la seule langue anglaise par le CNED associé à des partenaires extérieurs au service public ne peut non plus constituer à nos yeux une réponse adéquate au déficit de compétences dans différentes langues vivantes d’un certain nombre de nos concitoyens. Les programmes d’enseignement sont également remis en cause pour différentes disciplines, dont les langues vivantes, tandis que des épreuves organisées localement pour les langues dans le cadre de la réforme du baccalauréat 2013 constituent de fait la fin de l’égalité républicaine de ce diplôme national sur l’ensemble du territoire. L’APLV a d’ailleurs demandé une audience au ministère à ce sujet.

Enfin, le vote récent de la loi Grosperrin remettant en cause l’existence des IUFM et une formation des enseignants relevant exclusivement du service public s’inscrit dans la logique des dispositions de la loi LRU d’autonomie des universités. Elle est en totale contradiction avec les besoins de formation des futurs enseignants de langues vivantes. L’APLV a vigoureusement réagi à toutes ces annonces et mesures, en partenariat avec les autres associations de spécialistes et les syndicats d’enseignants, en rédigeant en particulier des pétitions communes avec le SNES. Je remercie ici tout particulièrement notre collègue Michel Morel pour son investissement dans les démarches auprès de nos partenaires. Je renvoie les lecteurs à notre site APLV-LanguesModernes.org pour plus de précisions et pour signature de ces textes. Un numéro des Langues Modernes a été consacré en 2011 à la formation des enseignants du premier degré [1]. Un prochain numéro [2] s’attachera à la formation des enseignants de langues dans le secondaire. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et réflexions.


[1N° 3-2011 : « La formation des enseignants du premier degré », coordonné par Martine Kervran.

[2N° 3-2012 : « Quelle formation pour les enseignants de langues du secondaire ? », coordonné par Pascal Lenoir.