La note du président - N°4/2013 des « Langues Modernes », par Jean-Marc Delagneau

vendredi 6 décembre 2013

Cet automne a été marqué principalement par la Journée d’Études sur les nouvelles épreuves de langues vivantes du baccalauréat organisée par l’APLV le samedi 12 octobre au Lycée Henri IV à Paris, dans le cadre de son Assemblée Générale annuelle. Elle a permis de présenter les résultats de l’enquête nationale lancée par l’APLV à l’issue des épreuves, auprès de collègues concernés avec une analyse détaillée de ces résultats suivie d’un débat en présence de représentants des instances nationales des syndicats SNES-FSU et FO. Je remercie tout particulièrement les collègues du groupe de travail consacré à cette enquête : Jean-Luc Breton, Françoise Du, Pascal Lenoir, Roselyne Mogin-Martin, Michel Morel, ainsi que notre Secrétaire Générale Laure Peskine, notre Trésorière Jeanne Gianni et notre Webmestre Ulrich Hermann pour l’organisation matérielle de cette journée.

Si la grande majorité des enseignants approuve l’introduction d’une épreuve de compréhension de l’oral, cette épreuve fait l’objet de critiques massives aussi bien quant à son équité, sa préparation, son organisation, son déroulement que son évaluation. Les fiches d’évaluation sont très critiquées. De nombreux collègues déplorent les écarts trop grands entre les paliers du barème, ainsi que les grandes disparités entre établissements, certains ayant tout fait pour favoriser le travail en équipe, la concertation et l’harmonisation, d’autres non, certains ayant organisé et préparé les épreuves (grilles d’évaluation photocopiées, listes d’émargement fournies ...), d’autres non. Il en a été de même pour les épreuves d’expression orale dans toutes les séries ainsi que pour l’épreuve orale de littérature en langue étrangère en série L qui n’a pas répondu dans son organisation et son déroulement aux attentes de revalorisation de la série littéraire. Les enseignants déplorent des instructions très vagues et une mise en place des épreuves plus qu’approximative. On constate que d’un établissement à l’autre, d’une académie à l’autre, tout le monde n’a pas compris la même chose et on peut ajouter qu’aucun document n’est clair sur la façon d’organiser les épreuves orales lorsque les élèves ont choisi plusieurs options. Par conséquent on peut se demander si les modalités de passage du baccalauréat actuel correspondent encore aux critères et aux caractéristiques d’un examen national.

À l’issue de cette journée, j’ai formulé dans ma conclusion les demandes urgentes de l’APLV au Ministère de l’Éducation Nationale, vu l’avancement de l’année scolaire en cours : mise en place d’urgence d’un groupe de travail pour procéder à des modifications rapides de ces épreuves, de leur préparation, et de leur calendrier, avec de véritables informations, formations et un soutien efficace des collègues par leurs hiérarchies, pédagogique comme administrative, comprenant la mise à disposition d’un éventail de ressources pédagogiques adaptées et suffisantes. Ces modifications sont destinées à garantir l’égalité républicaine ainsi que la valeur de l’examen national du baccalauréat sur l’ensemble du territoire, que l’absence d’anonymat et les différentes disparités constatées lors des épreuves de langues vivantes ont remises en cause. Il est également nécessaire de veiller à un respect de la diversité linguistique, que ce soit pour les langues vivantes étrangères comme pour les langues vivantes régionales, alors que certaines dispositions comme des pratiques locales tendent à en réduire la présence. Dès le lendemain de son Assemblée Générale du dimanche 13 octobre, l’APLV a adressé une demande d’audience au Cabinet du Ministre en présence de Madame la Doyenne de l’Inspection Générale des Langues Vivantes pour présenter les résultats de l’enquête et les mesures que l’APLV en tant qu’association de spécialistes juge nécessaires pour remédier aux graves dysfonctionnements relevés lors du déroulement des épreuves.
Les collègues linguistes de tous les niveaux d’enseignement, en amont comme en aval, sont concernés par ces nouvelles épreuves du baccalauréat et les problèmes qu’elles ont posés lors de leur déroulement. J’ai eu ainsi l’occasion d’y faire référence lors de la Journée d’Automne de l’Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur (AGES) qui s’est tenue à Paris le 19 octobre dernier.

Le baccalauréat étant le premier grade universitaire, les bacheliers entrant dans l’enseignement supérieur sont censés désormais poursuivre l’étude des langues vivantes, quelle que soit leur filière de formation. Soit ces étudiants se destinent à une insertion professionnelle ultérieure relevant exclusivement de l’étude des langues, littératures et civilisations étrangères - LLCE ou des langues étrangères appliquées - LEA, comme par exemple l’édition, l’enseignement, l’interprétariat, la traduction ou la veille internationale dans différents secteurs d’activité, soit ils suivront des cours de langues pour spécialistes d’autres disciplines - LANSAD. Ces cours comprennent aussi bien des cours d’approfondissement comme des enseignements de langues de spécialité en cohérence avec les disciplines dominantes des cursus que des cours d’initiation à des langues nouvelles supplémentaires nécessitées par un nombre de plus en plus important d’activités dans une Europe et un monde plurilingues. L’étude des langues vivantes correspond à une demande sociale actuelle très forte dont la tutelle ministérielle doit prendre toute la mesure dans le cadre d’une véritable politique diversifiée d’apprentissage des langues vivantes dans notre pays, avec des directives claires en ce sens lors des négociations bipartites avec les structures (contrats d’établissement, vagues d’habilitation) et l’octroi de moyens fléchés. Comme pour les épreuves de langues vivantes au baccalauréat, il s’agit ici d’un enjeu pour le maintien de l’égalité républicaine dans le cadre de la formation des jeunes de notre pays et de leurs chances d’insertion professionnelle future où les compétences en langues vivantes ont pris une dimension incontournable. Sinon, dans le cadre de l’autonomie actuelle, ces enseignements demeureront très disparates en nombre, relativement inégaux en diversité comme en qualité, suivant les implantations territoriales et ils connaîtront en permanence des fluctuations très importantes au gré des situations financières générales des établissements ainsi que des centres d’intérêts disciplinaires variables selon les résultats d’élections des administrateurs locaux.

Les liens avec la recherche recouvrant divers champs de la civilisation, de la linguistique et de la didactique sont indispensables pour garantir la qualité et l’efficacité de ces enseignements au niveau de l’enseignement supérieur. C’est dans cet esprit que l’APLV et sa revue Les Langues Modernes se sont associées avec le service LANSAD de l’Université Stendhal de Grenoble3 dirigé par Monica Masperi, que je remercie ici particulièrement pour son engagement fort aux côtés de l’APLV avec toute sa compétence, tant au plan scientifique que logistique, lors de deux journées d’étude co-organisées, relevant de la didactique et des TICE à l’Université Stendhal-Grenoble 3 le 26 octobre 2012 et le 22 mars 2013. Elles étaient consacrées à l’autonomie en langues dans le cadre du projet Innovalangues et les contributions en sont publiées dans le dossier thématique constituant cette livraison des Langues Modernes. Les approches développées présentent un intérêt triple pour les collègues en situation de pratique pédagogique, y compris à d’autres niveaux d’enseignement : information, réflexion théorique et incitation à la créativité pour défricher de nouvelles pistes ; elles s’inscrivent ainsi pleinement dans les objectifs poursuivis par l’APLV dans sa revue. Je remercie également Marie-Pascale Hamez, rédactrice en chef, Bernard Delahousse, rédacteur en chef adjoint ainsi que les membres du comité de lecture pour le travail très important ayant précédé l’impression de ce numéro très riche désormais à votre disposition et dont je vous souhaite une très bonne lecture.
Lors de l’Assemblée Générale du 13 octobre, mon mandat de Président a été renouvelé à l’unanimité et je saisis l’occasion pour remercier très chaleureusement les électeurs de la confiance qu’ils m’ont accordée. Les enjeux de la période pour l’enseignement des langues vivantes étrangères comme régionales ne laisseront guère de répit dans les semaines et mois à venir : nos adhérents, nos lecteurs ainsi que les associations et organisations adhérentes ou partenaires de l’APLV peuvent compter sur la poursuite de mon engagement. Comme ce numéro est le dernier de l’année civile 2013, je les incite à renouveler dès réception leur adhésion et/ou abonnement dont les modalités sont indiquées régulièrement dans les dernières pages de la revue ainsi que sur le site de l’APLV.