Communiqué du 20 avril 2015 sur la réforme du collège

lundi 20 avril 2015

Dans son communiqué daté du 21 mars 2015, l’APLV a fait part de ses inquiétudes à propos de l’enseignement des langues vivantes, en réaction à la présentation du projet de réforme du collège par la Ministre de l’Éducation Nationale. Ces inquiétudes ont été largement partagées par les syndicats de l’éducation, les associations de linguistes, et bien au-delà, comme en témoigne le retentissement médiatique qui ne faiblit pas autour de la question.

Lors de la présentation de la réforme devant le CES le 10 avril, le Ministère a montré que nous avions été entendus sur le problème de la diminution des horaires de langues : l’horaire de LV1 en classe de 6ème est maintenu à 4 heures hebdomadaires (contre 3 envisagées) et l’horaire de LV2 est porté à 2 heures 30 (contre 2) pour chacune des trois années d’enseignement, de la 5ème à la 3ème. Nous nous réjouissons de ces évolutions, mais plusieurs sujets d’inquiétude demeurent.

En termes d’efficacité, 2 heures 30 hebdomadaires ne sauraient suffire, surtout lors de la première année d’apprentissage d’une langue. Le temps d’exposition et la fréquence des séances sont des facteurs importants, et les pays étrangers qui ont fait le choix de la promotion des langues vivantes proposent au minimum 3 heures hebdomadaires, et souvent plus.

En outre, l’APLV déplore que le projet de réforme fasse toujours le silence le plus total sur la formation en langues étrangères des professeurs des écoles, qui ont la charge d’enseigner une langue appelée à devenir la LV1 des élèves. Tant que les professeurs de LV1 en 6ème ne pourront pas s’appuyer en toute confiance sur un enseignement efficace dispensé par des spécialistes bien formés, les inégalités entre apprenants, classes et collèges perdureront.

La quasi-disparition des sections bilangues et des sections européennes et de langues orientales va dans le même sens. Ces sections ont permis à des milliers de jeunes d’apprendre toute une gamme de langues de manière plus intensive, plus réflexive, et cela a permis le développement de ces langues dans le paysage scolaire français et le maintien d’une ouverture sur l’autre et l’étranger, bénéfique aux élèves, aux établissements scolaires mais aussi à toute la société, à une époque où la crise économique pousse certains à un repli sur eux-mêmes et sur leurs idées. Sections bilangues et SELO ont constitué un modèle qu’il faudrait généraliser à tout le système éducatif, au lieu de le supprimer ou de le réduire sous accusation d’élitisme, en perdant les avancées pédagogiques pour les langues concernées et l’expérience souvent interdisciplinaire des équipes qui les ont portées. Les différentes options du baccalauréat international mises en place très progressivement dans quelques lycées par académie seront ainsi réservées à des élèves privilégiés bien préparés dès le plus jeune âge désormais en dehors des structures publiques, au lieu d’être multipliées et ouvertes au plus grand nombre.

La quasi-généralisation de l’anglais en LV1 à l’école primaire (même si le discours ministériel laisse entendre qu’il y aura quelques exceptions) va nuire considérablement à la diversité des langues apprises. Le monde dans lequel nous vivons nécessite, pour la compétitivité économique et le rayonnement touristique et culturel de la France, que les futures générations soient capables de pratiquer plusieurs langues les plus diverses. Si l’offre se limite à l’anglais en LV1 pour 95% des élèves et à l’espagnol en LV2 pour 70 ou 80% d’entre eux, non seulement la France perdra des contrats et de l’influence dans le monde comme au sein de l’Union Européenne où elle a un rôle majeur, mais elle appauvrira de facto l’enseignement de ces deux langues, tout en suscitant des divisions entre leurs enseignants et représentants et les enseignants et représentants des autres langues vivantes étrangères et régionales. C’est pour cette raison que l’APLV s’abstient de signer des textes et pétitions liés à des langues vivantes étrangères ou régionales prises isolément, tout en s’élevant, dès que l’occasion lui en est donnée dans les médias comme auprès des autorités, contre les conséquences néfastes de la réforme du collège préjudiciable à l’ensemble des langues vivantes.

L’APLV déplore que le pilotage du système éducatif et particulièrement la politique des langues se fassent dans un souci d’économies à courte vue. Elle rappelle que l‘enseignement intensif et diversifié des langues vivantes qu’elle réclame est un outil irremplaçable pour améliorer les performances et réduire les inégalités au sein du système éducatif. L’APLV demande un cadrage national avec une véritable politique de l’enseignement des langues vivantes étrangères comme régionales intégrant une véritable diversification linguistique, les dimensions culturelles, humaines, économiques et politiques en articulation avec cette diversification, dans l’intérêt de notre pays, et le continuum pédagogique de l’enseignement élémentaire à l’enseignement supérieur. La part de décentralisation décisionnelle envisagée par la réforme, et donc l’accroissement du pouvoir des instances locales dans un cadre budgétaire restreint décrété par le pouvoir central, ne peuvent que susciter les plus grandes inquiétudes pour les disciplines représentées dans les établissements par un(e) seul(e) enseignant(e), comme c’est souvent le cas pour les langues vivantes étrangères ou régionales dont les effectifs sont les moins élevés.

La présentation du projet de programmes pour l’école élémentaire et le collège effectuée par la Ministre de l’Éducation Nationale le 13 avril dernier ne peut être dissociée de ce contexte. Si ce projet laisse une très grande liberté aux enseignants de langues vivantes avec une part importante vouée à l’interdisciplinarité, il inscrit aussi la réalisation de celle-ci dans un cadre défini localement pour l’utilisation des moyens octroyés par la tutelle de l’établissement. La nécessité d’une formation des enseignants du primaire comme du secondaire, avec en particulier la problématique de la continuité entre le CM2 et la 6ème, semble tout simplement ignorée et ne saurait en aucun cas être assurée au coup par coup en fonction de la disponibilité d’éventuelles ressources humaines locales. L’APLV qui étudie ces programmes sera amenée à formuler prochainement son analyse plus en détail pour que ses remarques soient prises en considération dans le cadre de la consultation en cours.

Jean-Marc DELAGNEAU, Président de l’APLV
Jean-Luc BRETON, Vice-Président de l’APLV