La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent

lundi 30 mars 2015
 Laure PESKINE, Michel MOREL

La réforme du collège actuellement proposée par le ministère est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014.
Nous publions ci-dessous un texte envoyé par plusieurs équipes de professeurs de langues vivantes, d’établissements de l’académie de Toulouse, qui veulent témoigner sur la façon dont ils vivent cette expérimentation qui leur a été imposée.

Dans le forum qui a été ouvert suite à cet article entre le 30 mars et 12 avril 2015 des professeurs langues vivantes, des professeurs de écoles et des parents ont donné leur point de vue sur la réforme annoncée et l’enseignement des langues vivantes en France.


Le forum est désormais fermé.


Témoignage reçu des professeurs de l’académie de Toulouse

Le projet de réforme du collège rendu public par le ministère de l’Éducation nationale le 11 mars 2015 prévoit la réduction de l’horaire de LV1 en sixième (passage de 4 heures à 3 heures/semaine) et l’introduction de la LV 2 en cinquième avec un horaire global d’enseignement inchangé sur la totalité du collège [1]. C’est à dire que les élèves auraient 2h/semaine pendant 3 ans, au lieu de 3h/ semaine pendant 2 ans. Dans l’académie de Toulouse nous expérimentons le début de l’apprentissage de la LV2 en cinquième avec l’horaire de 2h/semaine depuis la rentrée 2014. Ce projet nous a été imposé et l’expérience en cours n’a pas encore pu être évaluée.

Pour trouver les heures nécessaires pour cette expérimentation le rectorat a diminué d’une heure l’horaire de LV1 en sixième (3 heures/semaine au lieu de 4 heures/semaine) et arrêté le financement des sections bilangues autres que les sections allemand/anglais. Les autres sections bilangues, en particulier celles d’espagnol/anglais, pourtant nombreuses dans l’académie, ont dû fermer, y compris pour les élèves ayant fait de l’espagnol à l’école primaire, en infraction avec le principe de continuité pédagogique et au mépris du travail accompli par les professeurs qui avaient enseigné l’espagnol et d’autres langues. 
L’annonce du projet à l’hiver 2014 a eu pour conséquence la baisse de l’enseignement de l’espagnol en primaire à la rentrée 2014 dans l’académie. Et de plus, des professeurs des écoles pourtant habilités en espagnol se sont retrouvés à enseigner l’anglais dans leurs classes.

Après six mois d’expérimentation de démarrage d’une LV avec un horaire de 2h/semaine en cinquième, les professeurs de LV 2 en collège constatent une perte d’efficacité dans leur enseignement, les séances sont trop espacées pour une bonne acquisition par les élèves, qui sont au final les premiers lésés alors qu’on voudrait les faire progresser. Ces mêmes enseignants sont très en colère et très frustrés de ne pas pouvoir assurer leur enseignement correctement et de ne pas pouvoir faire découvrir à leurs élèves une nouvelle langue dans de bonnes conditions.
À moins de 3 heures par semaine en LV 2, avec des classes hétérogènes et des effectifs chargés, l’enseignement-apprentissage des langues vivantes se révèle inefficace pour un grand nombre d’élèves, et surtout pour ceux qui ne peuvent pas bénéficier d’aide à la maison, car en début d’apprentissage d’une langue les moments d’exposition à la langue doivent être le plus fréquents possible.

Par ailleurs les professeurs ayant des classes de LV1 en sixième assurent ne pas avoir avec 3h/semaine la possibilité d’atteindre leurs objectifs avec des classes d’un niveau très hétérogène (tous les élèves n’ayant pas étudié cette langue vivante en primaire).

Enfin, la diminution des horaires peut se traduire par une plus grande précarisation des enseignants dans les zones rurales où les professeurs verront leur horaire réparti sur un plus grand nombre d’établissements et passeront plus de temps sur la route.

Après la présentation de la réforme par la ministre de l’Éducation nous avons pu lire et entendre dans les media que « dans l’académie de Toulouse l’expérimentation se fait à la très grande satisfaction des enseignants eux-mêmes » [2]

(39 min 40 s). Nous tenons à proclamer que nous n’avons pas été consultés et que nous ne sommes pas d’accord avec cette affirmation que nous jugeons mystificatrice.

Des professeurs de langues vivantes (Allemand, Anglais, Chinois, Espagnol, Occitan) des collèges et lycées :

- Collège René Cassin, Vielmur (81)
- Collège Jacques Durand, Puylaurens (81)
- Collège de la Montagne Noire, Labruguière (81)
- Collège Jean Jaurès, Castres (81)
- Collège Les Cèdres, Castres (81)
- Collège Jean Monnet, Castres (81)
- Lycée La Borde Basse, Castres (81)
- Collège de La Catalanié, Brassac (81)
- Collège Les Portanelles, Lautrec (81)
- Collège Marcel Pagnol, Mazamet (81)
- Collège Jean Louis Etienne, Mazamet (81)
- Lycée Maréchal Soult de Mazamet (81)
- Collège Denayrouze, Espalion (12)
- Collège Marcel Aymard, de Millau (12)
- Collège Leclerc, Saint Gaudens (31800)
- Collège Claude Cornac à Gratentour (31150)
- Collège Stella Blandy, MONTESQUIEU (31310)
- Collège Pablo Picasso, Frouzins (31270)
- Collège de Mirepoix (09)
- Collège Michelet, Toulouse (31)
- Collège Voltaire, Colomiers (31)
- Collège Pasteur de Graulhet (81

Dernière mise à jour des signatures le 17/04/15 19:12

PDF - 50.3 ko
Texte envoyé par des professeurs de langues vivantes de l’académie de Toulouse

[1NDLR : Depuis que ce texte a été rédigé la proposition du ministère est passée à 2h30/semaine pour l’horaire de LV2.

[2NDLR : Voir les propos de madame Robine, Directrice Générale de la DGESCO, dans l’émission Rue des Écoles du 11 mars 2015 (39 min 40 s).


Commentaires  forum ferme

Logo de nicole MARTIN
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
mercredi 1er avril 2015 à 17h37 -  nicole MARTIN

Je suis professeur d’école ayant en charge une classe de CE2. J’ai passé mon bac en 1976 avec fort peu de dispositions pour l’anglais , que je n’ai plus pratiqué depuis ou de façon très aléatoire. Lorsque la réforme a été mise en place , nous avons eu droit au début à des intervenants , choisis on ne sait pas trop par qui, ni sur quels critères. La valeur de l’enseignement dépendait bien entendu de l’intervenant et de sa capacité à enseigner..
Depuis deux ou trois ans , il n’est plus possible d’avoir un intervenant par manque de moyens. On a donc fait faire un stage de 2 jours aux récalcitrants qui restaient ( les professeurs des écoles sortent maintenant de l’IUFM avec une habilitation d’office , qu’ils soient à l’aise en anglais ou pas ) et on m’a déclaré apte à l’apprentissage de l’anglais dans ma classe...

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La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
mercredi 1er avril 2015 à 16h41 -  catherine courtin

Comme cela l’a été souligné par mes collègues, la suppression de la 4ème heure d’anglais en 6è me contraint constamment à aller à l’essentiel au détriment de tous ces petits à-côtés qui donnent pourtant tellement de saveur à notre enseignement : saynètes (dont on se souvient longtemps !), concours avec vote pour le plus beau panneau ou la plus belle carte (autant de situations permettant de pratiquer une langue authentique et de fixer des structures langagières alors même que les élèves oublient qu’ils sont en classe) ainsi que bon nombre d’autres activités ludiques qui passent désormais à la trappe. Je déplore également le manque de temps pour un rebrassage efficace des notions étudiées ; alors que l’on sait pertinemment qu’une langue se construit en tissant sans arrêt le lien entre ce qui a été vu, est vu et ce qui le sera. Et que dire des activités purement phonologiques, d’exercices de lecture et de bien d’autres encore ?
Professeur d’anglais, académie de Toulouse

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Vous avez dit élitisme ?
mercredi 1er avril 2015 à 16h08 -  Marc Letombe

Je trouve proprement injurieux le procès en élitisme qui est fait aux groupes/classes bilangues et euro en collège. J’enseigne l’allemand depuis 35 ans dans le même collège de Dieppe, classé en ZEP depuis leur création, et, depuis la mise en place des bilangues et euro, JAMAIS je n’ai refusé un-e élève pour une question de niveau. Je maintiens que les classes euro sont un enrichissement culturel considérable pour des élèves issus de milieux défavorisés, outre le fait qu’il peuvent même aider à atténuer les difficultés en augmentant l’exposition à la langue (alors que la réforme la diminuerait).

Je maintiens également que l’introduction précoce des langues vivantes sous sa forme actuelle/prévue en CP est une ineptie :
- le Ministère a depuis longtemps cédé à une demande sociale mal informée (celle de la généralisation de l’anglais, qui a balayé toutes les autres LV )
- les PE pensent dans leur majorité (et les faits leur donnent raison) que ce saupoudrage apporte bien peu d’acquis, alors que le temps leur manque pour les "apprentissages fondamentaux", que le Ministère décrète maintenant "ennuyeux".
- l’apprentissage précoce a son utilité dans le cadre d’une immersion linguistique totale, pas dans celui du cadre scolaire.
- il serait bien plus enrichissant pour les petits d’être confrontés au multilinguisme et au multiculturalisme qui règnent sur notre continent. Qu’on les laisse goûter à la richesse linguistique de l’Europe, avant d’essayer de les gaver d’anglais !

Logo de Laurent CAUCHY
vendredi 17 avril 2015 à 19h40 -  Laurent CAUCHY

Papa d’un garçon ayant effectué sa rentrée en 6ème en septembre dernier dans un collège rural,
le choix de l’inscription en classe bilangue s’est tout naturellement présenté comme une évidence et une opportunité pour mon fils. A l’heure d’une mondialisation où jamais les informations et la communication en général n’ont été aussi présentes et diversifiées, l’apprentissage de langues étrangères est primordial pour accompagner les enfants dans ce flot d’informations et en faire des citoyens "avertis".
Au delà d’une maîtrise de la langue elle même, la découverte des cultures liées à cet apprentissage assure une ouverture au Monde non négligeable par ces temps d’intolérance.
Il est désolant de constater une fois de plus, un "rééquilibrage" des horaires par le bas sous (faux) prétexte d’accès à tous dès la 5ème de l’étude de 2 langues, "appauvries".

Logo de C. Arribas
mercredi 1er avril 2015 à 23h35 -  C. Arribas

Avec cette réforme selon laquelle l’élève sera exposé à la langue seulement deux heures par semaine au sein d’une classe souvent surchargée, la France n’est pas prête à rattraper son retard en ce qui concerne la formation en langue étrangère pourtant bien utile aux élèves pour élargir leur culture, leur vision du monde et pour leur future vie professionnelle...
C. Arribas
Professeure d’Espagnol
Collège Jean Jaurès, Castres, Tarn

Logo de Nicolas HOULES
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
mercredi 1er avril 2015 à 15h50 -  Nicolas HOULES

Bonjour à toutes et à tous, en tant que professeur d’espagnol dans l’académie de Toulouse, je souhaitais parler, en plus de tout ce qui a été dit avec raison par les autres collègues qui ont écrit avant moi, du point de vue de nos élèves. Car ce sont bien eux les premiers concernés par tous les changements que le MEN voudrait mettre en place.

En effet, en début d’année scolaire, mes élèves de 5ème bilangue ont été très surpris de voir qu’il n’ y avait plus ce dispositif en 6ème et ils s’estimaient chanceux de pouvoir en bénéficier, ou du moins d’être passés juste avant la réforme, car ils pourront poursuivre leur cursus jusqu’en 3ème. Heureusement encore !!!

Mais passé ce moment de soulagement, ils ont été aussi agacés de voir qu’ils n’auraient cette année que 2 heures par semaine, afin d’être alignés sur le même modèle que l’expérimentation en 5ème LV2. Ils ont ressenti cette perte d’heure comme une injustice et à travers eux c’est aussi le sentiment de leurs parents qui s’exprime. D’emblée la question a été : "Mais comment se fait-il que l’on perde une heure ?".

Quand je vois la réaction de mes élèves (qui ne représentent pas l’élite du collège : les deux groupes que j’ai sont assez hétérogènes), je refuse l’argument d’élitisme avancé par le MEN pour justifier l’abandon des dispositifs bi-langues et des classes européennes.

Ce n’est pas une question d’élitisme, mais bien d’ambition. Nos élèves ont le droit d’être ambitieux, les parents ont le droit de choisir avec eux des dispositifs ambitieux, car les enfants que j’ai en classe sont demandeurs, intéressés et motivés. Pourquoi faut-il détruire tout cela et refuser qu’il puisse y avoir des parcours différents ?

Mais pour que des dispositifs comme les bi-langues ou les sections européennes perdurent, et que le projet que l’on nous propose soit réellement ambitieux pour le meilleur apprentissage des LV, nous demandons à ce que soient maintenus les dispositifs qui existaient jusqu’à présent et des volumes horaires corrects. Pas au rabais, comme on voudrait nous l’imposer.

Logo de S. Morin
samedi 4 avril 2015 à 12h35 -  S. Morin

Il faut n’avoir jamais mis les pieds dans une salle de classe de 6e, avec 28 élèves dont trois dys, un hyperactif et deux relevant de segpa (c’est la moyenne dans mon petit établissement de campagne) pour penser qu’un enseignant de LV pourra faire la même chose avec ses élèves en 3h qu’en 4. 9 semaines de cours en moins sur une année de 6e, ce n’est quand même pas rien !

On semble penser en haut lieu que tout se passe sans accroc au primaire et que tous les élèves arrivent en 6e avec les même acquis en anglais : il n’en est rien. Cela ne peut pas être, d’ailleurs, de l’avis même des collègues du 1er degré, compte tenu de l’indigence des formations qui leur sont proposées concernant les langues.

Une fois de plus, et pas unique souci d’économie, on va niveler par le bas. Si on ajoute le spectre de la disparition des options ("trop élitistes !" Ah bon, moi qui croyais que pour "faire latin", il fallait juste un cahier et l’envie), l’étalement de la LV2 sur trois ans pour le même volume horaire, la suppression des classes européennes et des bilangues... l’éducation nationale sera réduite à peau-de-chagrin, les parcours tous identiques, et je doute que les enfants sortent du système mieux formés, plus ouverts sur le monde et ses cultures, plus autonomes.

Cette réforme qui s’annonce, sans aucune concertation digne de ce nom avec les acteurs sur le terrain, est une catastrophe prévisible pour tous ceux qui enseignent au quotidien.

Logo de sophie Manzato
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
mercredi 1er avril 2015 à 15h46 -  sophie Manzato

Je suis à la fois enseignante d’occitan et mère d’une élève germaniste. Pour ces deux raisons, je peux témoigner du non sens de cette réforme. Et ce qui est prévu dans la réforme du collège pour les langues régionales et les langues vivantes ne va pas arranger les choses. On a l’impression que le ministère crée las conditions de l’échec. La politique des langues est un véritable scandale, les conditions d’enseignement sont très difficiles et l’exposition des élèves aux langues est une peau de chagrin.

Logo de Laure Delbès
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
mercredi 1er avril 2015 à 15h06 -  Laure Delbès

Alors que l’on nous parle sans cesse du mauvais niveau des Français en langues, les mesures qui sont prises actuellement ne me semblent pas aller dans le sens ni d’une amélioration du niveau, ni d’une réduction des inégalités – ce sont pourtant les objectifs affichés.

Enseignant l’anglais en collège dans l’académie de Toulouse, je ne peux que souscrire à ce qu’ont écrit mes collègues sur les conséquences de la perte d’une heure de LV1 en 6e et sur le niveau plus qu’hétérogène des élèves en anglais à l’arrivée au collège.

Avec une heure de moins, forcément on en fait moins. Et ce sont les élèves les plus fragiles qui sont lésés. Et arguer du fait que les élèves en ont tous fait en qualité et en quantité suffisantes et qu’ils arrivent avec un niveau proche du niveau A1 du CECRL en 6e est donc tout à fait irrecevable et très éloigné de la vraie réalité du terrain.

Je déplore aussi que pour permettre de financer le démarrage de la LV2 dès la 5e on supprime tous les dispositifs qui permettaient aux élèves intéressés par les langues d’en faire plus comme dans les sections européennes par exemple.

On nous encourage à mettre en place des échanges avec l’étranger et à utiliser les TICE, il y a de nos jours des outils fantastiques pour mettre en relation les élèves avec d’autres élèves du monde entier (la plate-forme etwinning par exemple) et les faire échanger en langue étrangère et s’ouvrir à d’autres cultures. Est-ce que cela ne fait pas partie de l’éducation à la citoyenneté dont on ne fait que parler à l’heure actuelle ?

L’annonce de la fin du financement des sections européennes ne peut que démoraliser les enseignants qui avaient réussi à mettre en place ces sections et y faisaient un travail de grande qualité et me décourage moi à titre personnel car après m’être engagée dans de nombreux projets européens cette année, j’avais pour ambition d’ouvrir une section européenne avec mon collègue d’histoire qui vient d’obtenir la certification DNL en anglais.

Et qu’on ne vienne pas me parler d’élitisme dans mon collège rural.

Logo de Sophie
vendredi 3 avril 2015 à 09h29 -  Sophie

Bonjour,
Je suis en enseignante d’anglais dans le même collège de l’académie de Besançon depuis 20 ans et je constate que les langues ont toujours été méprisées et le seront toujours. Quand j’ai débuté il y avait des groupes d’anglais renforcé pour le plus grand bonheur des élèves qui souhaitaient approfondir leurs connaissances, on avait le temps de faire des cours de langues. Maintenant ça va être du saupoudrage car on sait que 3 heures d’anglais en sixième ( d’ailleurs dans mon collège c’ est 55 minutes de cours et non pas 60 minutes ) donc on a déjà 1h50 de cours. Quand les élèves de sixième arrivent au collège, ils sont tellement perdus qu’il faut tout réexpliquer ( comment utiliser le cahier de texte, comment écrire dans un cahier, comment écouter etc... si je compte bien ce temps prend environ 15 minutes chaque fois, il ne nous reste donc plus que 1h 20 de cours sur une semaine !! c’est impossible pour apprendre une langue et la parler correctement. Je ne vois pas comment on peut faire à part ne travailler qu’avec les bons élèves qui comprennent tout du premier coup et laisser les autres sur le bord de la route. Quand on dit ouvrez vos cahier pour noter le cours, quand certains ont déjà tout copier d’autres n’ont pas trouvé leurs cahiers. On fait comment ? on les ignore ? non je ne suis pas d’accord. Cette réforme est abominable

Logo de Bénédicte Gary
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
mercredi 1er avril 2015 à 09h47 -  Bénédicte Gary

Enseignant l’anglais dans un collège de l’Académie de Toulouse, j’ai perdu une heure de cours avec mes élèves de 6ème. Une heure ? Ce n’est rien, direz-vous. Après 7 mois "d’expérimentation", je peux vous dire qu’une heure, c’est beaucoup !

Les conséquences ? Quand on a 28 voire 30 élèves par classe, quand ces élèves viennent de 4 ou 5 écoles différentes, ces conséquences sont catastrophiques ! Les professeurs des écoles font de leur mieux pour enseigner l’anglais à leurs élèves. Mais, bien souvent, ils n’ont pas été formés, ne se sentent pas à l’aise dans la langue et font ce qu’ils peuvent. Les élèves qui arrivent dans ma salle de classe ont un niveau très hétérogène, allant de celui qui n’a jamais fait d’anglais (car il pratiquait une autre langue ou que son PE ne se sentait pas capable de lui faire faire de l’anglais) à celui qui a fait plusieurs heures par semaine en passant par celui qui connaît des mots par ci par là !

Grâce à cette 4ème heure, je pouvais simplement prendre le temps… le temps de faire des activités ludiques, le temps de travailler en petits groupes, le temps de faire de la civilisation, le temps de leur montrer qu’ils peuvent comprendre des extraits de films en VO, le temps de chanter, le temps de leur lire des extrait de livres… Maintenant, je cours après le temps pour avancer coûte que coûte dans le programme et j’avoue ne pas porter à chacun de mes élèves l’attention qu’il mérite. La perte de cette 4ème heure accentue les inégalités : entre ceux qui ont fait beaucoup d’anglais en primaire (et ce n’est pas la majorité, loin de là) et les autres, entre ceux qui ont des parents qui parlent anglais à la maison et les autres, entre ceux qui ont la chance de voyager et les autres…

Quant à la fermeture programmée des Sections Européennes, c’est vraiment fort dommage. Ces dernières permettent à des élèves curieux, motivés, aimant pratiquer la langue de baigner dans son bain 2 heures de plus par semaine, d’élargir leurs horizons, de travailler différemment, d’échanger avec des correspondants étrangers et même de se rendre dans leur pays pour les y rencontrer. Des sections élitistes ? Non, ce n’est pas le cas. Tous les élèves y ont accès et tous peuvent avoir la chance de pratiquer davantage. Ces Sections Européennes devraient être multipliées au contraire, vu les bénéfices qu’en tirent les élèves !

Les français ne sont pas bons en langues ?!? Ce n’est pas avec cette réforme que l’on remontera dans le classement !!
Rendez-nous la 4ème heure de LV1 en 6ème , nous en avons besoin et n’anéantissez pas les Sections Européennes…

Logo de Cathy Dathuy
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
mardi 31 mars 2015 à 18h47 -  Cathy Dathuy

Je suis professeur d’anglais dans l’académie de Toulouse et j’ai, à ce titre, dû "expérimenter" cette année la suppression de 25% de nos heures de cours en 6e, soit 3h/semaine au lieu de 4h.
Le prétexte fourni : les élèves de primaire bénéficient de cours d’anglais depuis le CP ou le CE1 et ont donc besoin de moins d’heures en collège !!
Cet argument ne tient pas la route pour une multitude de raisons :

1. Tous les élèves n’ont pas forcément étudié l’anglais en primaire, certains font de l’occitan, de l’espagnol... et c’est très bien !

2. Ceux qui ont fait de l’anglais l’ont fait de façon bien différente : parfois 2 fois 3/4h par semaine pour les plus chanceux, parfois 1h ou moins. Et ceci s’observe plus particulièrement en zone rurale comme la mienne.

3. Tous les professeurs des écoles ne se sentent pas aptes à enseigner l’anglais, et je les comprends ! D’où des erreurs de prononciation ou de syntaxe qu’il faut ensuite corriger en 6e en faisant bien passer le message que leur professeur de primaire avait fait du mieux possible et qu’il n’était pas question de le montrer du doigt... Je dis souvent aux élèves que je serais incapable d’enseigner le français, les maths, les sciences, etc.. en plus de l’anglais !

4. Si on diminue les horaires de l’anglais au collège sous pretexte que la matière a déjà été enseignée en primaire, quid de l’enseignement du français et des mathématiques ? Pourquoi ne pas appliquer la même logique idiote ?

Comme l’ont souligné d’autres collègues, en 3h, nous devons aller à l’essentiel, fini le "bain linguistique" de 4h semaine qui me permettait de voir mes élèves chaque jour de la semaine, sauf un. A la trappe les jeux de plateaux, de cartes, les vidéos rigolotes, les chansons ainsi qu’une réflexion approfondie sur la langue. Je me retrouve dans une logique beaucoup plus utilitaire qui me déplaît fortement et qui ne correspond pas à l’idée que je me fais de mon métier. Nous avons tellement de possibilités d’intéresser nos élèves à notre matière avec internet et les différents logiciels disponibles mais il nous faut DU TEMPS !!!

Logo de Elisa Gy
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
mardi 31 mars 2015 à 17h17 -  Elisa Gy

Je suis professeur d’anglais dans l’académie de Versailles et la suppression d’une heure en LV1 en 6è va mettre en grande difficulté les élèves peu à l’aise en langues. L’argument de dire que l’enseignement commencera désormais eu CP est aberrant car cela n’est en rien incompatible avec un enseignement de qualité en collège. Avec des classes à 31 élèves, 3H ne suffiront pas à aider les élèves en difficulté et les activités plus ludiques, et essentielles en 6è, seront tout bonnement terminées par manque de temps. Fini les chansons, les activités de fixation, le travail à l’oral en binôme car il faudra avancer coûte que coûte. Rendez nous la 4è heure de LV1 en 6è ou vous serez responsable d’élèves en difficultés laissés sur le carreau.

De la même manière, la suppression des sections européennes est ridicule. Proposer des choses différentes, à des élèves qui ont envie d’aller plus loin, de monter des projets ambitieux pour eux, toujours niveler par le bas. Et ne me dites pas que nous ferons la même chose en EPI car cela est faux.

Logo de Hélène Laouet
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
lundi 30 mars 2015 à 22h30 -  Hélène Laouet

L’annonce de cette " expérimentation " forcée en espagnol à 2 heures hebdomadaires nous faisait déjà grincer des dents en Juin 2014 ... et nos inquiétudes étaient fondées ! Cet enseignement "express" ne permet pas d’aborder tous les aspects de la langue et toutes les compétences. Les élèves eux mêmes remarquent que cette pratique minimale nuit à leurs progrès : en effet comment construire des bases solides et enrichir des notions en ne pratiquant que deux fois 50 minutes par semaine avec des effectifs inchangés ? Notre malaise est grandissant depuis l’annonce de ce nouvel horaire pour les classes de 4° et 3°.
H. Laouet
espagnol
Collège Jean Jaurès, Castres, Tarn

Logo de Laurent CAUCHY
vendredi 17 avril 2015 à 19h40 -  Laurent CAUCHY

Papa d’un garçon ayant effectué sa rentrée en 6ème en septembre dernier dans un collège rural,
le choix de l’inscription en classe bilangue s’est tout naturellement présenté comme une évidence et une opportunité pour mon fils. A l’heure d’une mondialisation où jamais les informations et la communication en général n’ont été aussi présentes et diversifiées, l’apprentissage de langues étrangères est primordial pour accompagner les enfants dans ce flot d’informations et en faire des citoyens "avertis".
Au delà d’une maîtrise de la langue elle même, la découverte des cultures liées à cet apprentissage assure une ouverture au Monde non négligeable par ces temps d’intolérance.
Il est désolant de constater une fois de plus, un "rééquilibrage" des horaires par le bas sous (faux) prétexte d’accès à tous dès la 5ème de l’étude de 2 langues, "appauvries".

Logo de C. Arribas
mercredi 1er avril 2015 à 23h35 -  C. Arribas

Avec cette réforme selon laquelle l’élève sera exposé à la langue seulement deux heures par semaine au sein d’une classe souvent surchargée, la France n’est pas prête à rattraper son retard en ce qui concerne la formation en langue étrangère pourtant bien utile aux élèves pour élargir leur culture, leur vision du monde et pour leur future vie professionnelle...
C. Arribas
Professeure d’Espagnol
Collège Jean Jaurès, Castres, Tarn

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