La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent

lundi 30 mars 2015
 Laure PESKINE, Michel MOREL

La réforme du collège actuellement proposée par le ministère est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014.
Nous publions ci-dessous un texte envoyé par plusieurs équipes de professeurs de langues vivantes, d’établissements de l’académie de Toulouse, qui veulent témoigner sur la façon dont ils vivent cette expérimentation qui leur a été imposée.

Dans le forum qui a été ouvert suite à cet article entre le 30 mars et 12 avril 2015 des professeurs langues vivantes, des professeurs de écoles et des parents ont donné leur point de vue sur la réforme annoncée et l’enseignement des langues vivantes en France.


Le forum est désormais fermé.


Témoignage reçu des professeurs de l’académie de Toulouse

Le projet de réforme du collège rendu public par le ministère de l’Éducation nationale le 11 mars 2015 prévoit la réduction de l’horaire de LV1 en sixième (passage de 4 heures à 3 heures/semaine) et l’introduction de la LV 2 en cinquième avec un horaire global d’enseignement inchangé sur la totalité du collège [1]. C’est à dire que les élèves auraient 2h/semaine pendant 3 ans, au lieu de 3h/ semaine pendant 2 ans. Dans l’académie de Toulouse nous expérimentons le début de l’apprentissage de la LV2 en cinquième avec l’horaire de 2h/semaine depuis la rentrée 2014. Ce projet nous a été imposé et l’expérience en cours n’a pas encore pu être évaluée.

Pour trouver les heures nécessaires pour cette expérimentation le rectorat a diminué d’une heure l’horaire de LV1 en sixième (3 heures/semaine au lieu de 4 heures/semaine) et arrêté le financement des sections bilangues autres que les sections allemand/anglais. Les autres sections bilangues, en particulier celles d’espagnol/anglais, pourtant nombreuses dans l’académie, ont dû fermer, y compris pour les élèves ayant fait de l’espagnol à l’école primaire, en infraction avec le principe de continuité pédagogique et au mépris du travail accompli par les professeurs qui avaient enseigné l’espagnol et d’autres langues. 
L’annonce du projet à l’hiver 2014 a eu pour conséquence la baisse de l’enseignement de l’espagnol en primaire à la rentrée 2014 dans l’académie. Et de plus, des professeurs des écoles pourtant habilités en espagnol se sont retrouvés à enseigner l’anglais dans leurs classes.

Après six mois d’expérimentation de démarrage d’une LV avec un horaire de 2h/semaine en cinquième, les professeurs de LV 2 en collège constatent une perte d’efficacité dans leur enseignement, les séances sont trop espacées pour une bonne acquisition par les élèves, qui sont au final les premiers lésés alors qu’on voudrait les faire progresser. Ces mêmes enseignants sont très en colère et très frustrés de ne pas pouvoir assurer leur enseignement correctement et de ne pas pouvoir faire découvrir à leurs élèves une nouvelle langue dans de bonnes conditions.
À moins de 3 heures par semaine en LV 2, avec des classes hétérogènes et des effectifs chargés, l’enseignement-apprentissage des langues vivantes se révèle inefficace pour un grand nombre d’élèves, et surtout pour ceux qui ne peuvent pas bénéficier d’aide à la maison, car en début d’apprentissage d’une langue les moments d’exposition à la langue doivent être le plus fréquents possible.

Par ailleurs les professeurs ayant des classes de LV1 en sixième assurent ne pas avoir avec 3h/semaine la possibilité d’atteindre leurs objectifs avec des classes d’un niveau très hétérogène (tous les élèves n’ayant pas étudié cette langue vivante en primaire).

Enfin, la diminution des horaires peut se traduire par une plus grande précarisation des enseignants dans les zones rurales où les professeurs verront leur horaire réparti sur un plus grand nombre d’établissements et passeront plus de temps sur la route.

Après la présentation de la réforme par la ministre de l’Éducation nous avons pu lire et entendre dans les media que « dans l’académie de Toulouse l’expérimentation se fait à la très grande satisfaction des enseignants eux-mêmes » [2]

(39 min 40 s). Nous tenons à proclamer que nous n’avons pas été consultés et que nous ne sommes pas d’accord avec cette affirmation que nous jugeons mystificatrice.

Des professeurs de langues vivantes (Allemand, Anglais, Chinois, Espagnol, Occitan) des collèges et lycées :

- Collège René Cassin, Vielmur (81)
- Collège Jacques Durand, Puylaurens (81)
- Collège de la Montagne Noire, Labruguière (81)
- Collège Jean Jaurès, Castres (81)
- Collège Les Cèdres, Castres (81)
- Collège Jean Monnet, Castres (81)
- Lycée La Borde Basse, Castres (81)
- Collège de La Catalanié, Brassac (81)
- Collège Les Portanelles, Lautrec (81)
- Collège Marcel Pagnol, Mazamet (81)
- Collège Jean Louis Etienne, Mazamet (81)
- Lycée Maréchal Soult de Mazamet (81)
- Collège Denayrouze, Espalion (12)
- Collège Marcel Aymard, de Millau (12)
- Collège Leclerc, Saint Gaudens (31800)
- Collège Claude Cornac à Gratentour (31150)
- Collège Stella Blandy, MONTESQUIEU (31310)
- Collège Pablo Picasso, Frouzins (31270)
- Collège de Mirepoix (09)
- Collège Michelet, Toulouse (31)
- Collège Voltaire, Colomiers (31)
- Collège Pasteur de Graulhet (81

Dernière mise à jour des signatures le 17/04/15 19:12

PDF - 50.3 ko
Texte envoyé par des professeurs de langues vivantes de l’académie de Toulouse

[1NDLR : Depuis que ce texte a été rédigé la proposition du ministère est passée à 2h30/semaine pour l’horaire de LV2.

[2NDLR : Voir les propos de madame Robine, Directrice Générale de la DGESCO, dans l’émission Rue des Écoles du 11 mars 2015 (39 min 40 s).


Commentaires  forum ferme

Logo de Morel Gillot Céline
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
dimanche 17 mai 2015 à 15h22 -  Morel Gillot Céline

Professeur d’espagnol dans un collège du Tarn et Garonne mes collègues et moi-même nous nous étions déjà fortement inquiétés de la mise en place de cette expérimentation l’an passé et désormais pour l’avoir expérimenté nous en tirons les conclusions qui s’imposent en cette fin d’année d’expérimentation :
1. Des séquences pédagogiques bancales car inefficaces sur 2h.
2. Un bain linguistique déjà trop juste à 3h par semaine carrément inexistant sur deux heures notamment lorsque la 1ère a lieu le lundi et la 2ème le vendredi sans parler des groupes de 5ème à plus de 30 et donc avec une possibilité d’expression pour chaque élève très réduite sur 55 min de classe...
3. Une surcharge d’apprentissage pour des élèves déjà en grandes difficultés.
4. Des élèves avec des résultats catastrophiques jamais observés sur des débutants et cela sur toutes les compétences.
5. Un nivellement par le bas : les élèves plus à l’aise et avec des capacités de travail plus importantes doivent attendre systhématiquement le reste du groupe. Pourquoi ? parce qu’en espagnol LV2 les groupes de 5ème montent à 30 et plus et qu’il est impossible de faire des séquences pédagogiques différenciées à plus de 30...
Etc

Pour nous un bilan catastrophique...mais apparemment nos instances font des essais sans par la suite demander un bilan à ceux qui pratiquent les expérimentations sur le terrain alors la rémédiation je ne vous en parle même pas...

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Témoignage d’une professeure d’une maman professeure des écoles
mercredi 29 avril 2015 à 08h07 -  Léna

 

J’ai travaillé en anglais (oral un peu, écrit surtout), et je lis en VO (littérature, articles scientifiques et techniques dans mon domaine d’études). Ça a été de l’apprentissage sur le tard et ... sur le tas (allemand LV1, et prof d’anglais LV2 au delà du catastrophique).
Nickel, pour enseigner ? Je fais anglais sans être "habilitède".
Je prononce mal, et particulièrement les lettres longues ou courtes (au point de bien faire rire des locuteurs natifs), je place l’accent tonique comme je peux. En bref, je massacre l’oreille de mes élèves. Mais à part "la dyslexique", "le mutique", "le j’en foutre" et "le primo arrivant", je valide le A1 de tout le monde, promis.

 
Fiston est arrivé en 6ème sans ce A1. Logique, lorsqu’on connait l’oiseau (dys...) .
Lorsqu’il arrivait à la maison avec ses leçons, il baragouinait des choses improbables. Son père (fluent in queen’s english) lui lisait les mots de sa leçon pour reprendre cela, et Fiston ne faisait aucun lien entre ce qu’il entendait là, ce qu’il avait entendu en classe, et ce qu’il avait sous les yeux.
Il est arrivé avec le trouillomètre fixé au maximum au collège, persuadé de son incapacité à apprendre l’anglais, où un prof "plan plan, on s’ennuie" (dixit mes aînées, et des filles de l’âge de Fiston) l’a remis en selle avec son cheminement bien mené. Chose qui était ardue, car quand Fiston a une idée en tête, l’en faire changer prend beaucoup de temps et d’énergie. En 4 mois, il lui a reconstruit ce qui ne s’était jamais fait en 4 ans.

 
L’un dans l’autre, j’estime que la LV en primaire est une mauvaise allocation de ressources (= notre temps avec nos élèves, et nos compétences) .
Je préfèrerais faire plus de grammaire (et de vocabulaire) en langue française que de massacrer 28 élèves par an, pour leur permettre d’avoir un bagage métalinguistique utile pour construire ensuite dans n’importe quelle autre langue, et donc pouvoir avancer plus rapidement (les langues à désinences commencent... par de la grammaire française, désormais).

Léna, PE en CM2

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jeudi 30 avril 2015 à 20h31 -  Laurence ASTIER

Bonjour !
Je suis professeur d’italien dans le secondaire et j’ai aussi enseigné, pendant des années, en grande section de maternelle et en école primaire.
Pour les enfants, c’est un réel plaisir que d’apprendre une langue et ils réussissent incroyablement bien. A cet âge, il ne doit pas s’agir d’en enseignement mais d’activités variées en langue étrangère. L’enfant s’approprie les sons, les structures ni en les apprenant, ni en les répétant, mais en les utilisant, en suivant d’abord un peu le professeur, puis les élèves qui arrivent à prononcer correctement, puis par jeu, tous ensemble, en associant les gestes (jeux dansés) et en chantant...
Je parle surtout des GS, CP et CE1.
De mon expérience, je peux dire qu’une chose est sûre : pour enseigner à des petits, il faut maîtriser parfaitement bien la langue. Les petits sont des éponges, ils s’imbibent autant du bon que des erreurs.
Plus tard, (10 ans après), je les ai eus en lycée. Ils m’ont dit qu’ils ne se souvenaient plus très bien de leurs débuts en italien. (Ni de moi pour certains). Que pour eux c’était comme une langue maternelle car il leur semblait l’avoir toujours entendue et pratiquée...
L’enseignement aux petits, c’est formidable. Mais cela demande une bonne maîtrise de la langue et un "savoir-entraîner" les enfants dans cette langue à travers le jeu et la musique, le rythme et la gymnastique...
C’est pourquoi, je pense vraiment que cet enseignement mérite d’être défendu mais est tout à revoir ! Beau chantier !
Et j’admire nos collègues professeurs des écoles qui ont cette charge tout en sentant qu’ils enseignent une langue "massacrée". Ce doit être terrible !
Laurence ASTIER, professeur d’italien, présidente de la FNAI

Logo de école primaire TARN
point de vue d’un enseignant du primaire
dimanche 26 avril 2015 à 11h13 -  école primaire TARN

Les arguments avancés pour justifier la mise en place de l’enseignement des langues dès le CP sont les suivants :
- l’immersion dans un bain linguistique, très tôt dans la scolarité, permet un meilleur apprentissage des langues
- l’étude d’une langue étrangère permet d’améliorer l’apprentissage de la langue maternelle
Cela me parait contradictoire avec cette réforme qui va en sens inverse en 6ième. Deux langues en 6ième ne pénalisent pas les élèves mais favorivent au contraire, la réussite ! De quoi a-t-on peur ?
Je constate au quotidien, un réel plaisir des élèves d’apprendre une langue étrangère ; ils adhèrent totalement et souvent, les élèves en difficultés sont très actifs. Il y a un réel plaisir d’apprendre. Pourquoi couper cet élan en 6ième ?
Encore une fois, on se trompe de méthode pour améliorer la réussite des élèves qui passe par le plaisir d’apprendre : il ne faut pas modifier les quotas d’heures, ça ne change rien, mais il faut agir sur LES MOYENS. (salles mieux équipées, petits groupes de travail, financement d’actions spécifiques qui permettent la pratique réelle de la langue...)
Dernière chose à dire, les professeurs (acteurs réels du quotidien) ont-ils été vraiment consultés ?

Logo de Emilie Pisaniello
L’italien en Auvergne
jeudi 23 avril 2015 à 14h08 -  Emilie Pisaniello

Bonjour à tous

Je dois bien avouer que pendant plusieurs jours je me suis posée la question de savoir si j’allais à mon tour prendre la parole sur le forum car en effet il devient lassant de devoir se battre (et quel combat !! ) contre des évidences.
Après réflexion je prendrai donc la parole tout d’abord en qualité de présidente de l’association API d’Auvergne mais aussi en tant que maman, enseignante et citoyenne française.

Tous les professeurs de l’académie ont durement oeuvré tout au long de ces années afin de faire vivre l’italien et l’Italie dans notre belle région auvergnate. Et j’emploie bien le verbe VIVRE et non SURVIVRE car depuis 2009 nos effectifs ne font qu’augmenter pour passer de 5323 à 6207 élèves en 2014. Grâce à qui ? Grâce à quoi ? Et bien aux sections EURO, INTERNATIONALES, BILANGUES ainsi qu’aux DNL qui ont su accroché l’intérêt des élèves et de leurs familles.
Sans oublier bien sûr les collègues qui, année après année ont organisé plétore de voyages, échanges et autres projets toujours en lien avec ce qui leur était demandé par leurs établissements et/ou au niveau national.
L’association et les collègues ont su également se mobiliser lorsque la LV2 est devenue obligatoire dans certaines sections de lycée professionnel afin que l’enseignement de l’espagnol ne devienne pas une fatalité en 2nde pro pour des élèves qui avaient pratiqué l’italien 3 ans au collège. Ainsi depuis 3 ans déjà nous avons obtenu l’ouverture d’heures en lycée professionnel.
Notre académie a eu la chance d’être pilote afin d’expérimenter la LV2 dès la 5ème à raison de 2h en 5ème 3h en 4ème et 3h en 3ème. Une très belle initiative qui a fait l’unanimité auprès des enseignants et des familles et qui d’ailleurs sera repris dans la réforme mais avec un horaire moindre (pourquoi ?) et au détriment des sections bilangues. Sur ce dernier point aucun enseignant ayant eu la chance d’exercer à la fois en bilangue et en 5ème LV2 ne peut être d’accord. Un élève qui aurait reçu un enseignement linguistique dès la 6ème aura toujours de meilleurs résultats dans la pratique de cette langue qu’un élève qui aurait commencé en 5ème. Pourquoi ? Parce qu’un élève de 6ème aura toujours 108 heures de plus (3h par semaine à raison de 36 semaines de cours) qu’un élève de 5ème : c’est mathématiques ! D’où ma proposition : nous devrions plutôt faire en sorte que les élèves puissent TOUS étudier 2 langues dès la 6ème, quitte à établir un horaire plus léger sur cette première année.

En tant que maman, enseignante et citoyenne française je m’interroge.
Qui n’est pas capable de comprendre l’importance des classes EURO ? Qui n’est pas capable de comprendre que pour apprendre une langue il est conseillé (scientifiquement) de commencer le plus tôt possible ? Qui n’est pas capable de comprendre qu’à l’heure où les gens sont de plus en plus mobiles, où les mouvements interfrontaliers sont de plus en plus fréquents pour motifs touristiques ou professionnels, nos petits français ont besoin de savoir se servir de différentes langues vivantes ? Qui n’est pas capable de comprendre qu’il est important pour un pays de respecter les accords signer avec d’autres pays ? Qui n’est pas capable de comprendre en 2015, après les terribles événements qui ont secoués la France et l’Europe, qu’il est important de s’ouvrir à l’autre, à l’étranger, à sa culture ? Qui n’est pas capable de comprendre, après tous les frais engagés par les gouvernements successifs dans des études sur l’apprentissage des langues vivantes, qu’avec moins d’heures par semaine il n’ait en aucun cas possible que les enfants aient les mêmes acquis qu’avec plus d’heures ?Qui n’est pas capable de comprendre, après toutes les réflexions qui ont été menées pour établir un livret de compétences, que le concept de LV1 et LV2 est OBSOLETE et que les élèves sont quand même censés atteindre le niveau A2 des DEUX langues en fin de collège ? Qui n’est pas capable de comprendre que derrière les sections EURO et BILANGUE il y a des enseignants conscients qui s’engagent professionnelement et personnellement dans des projets qu’ON leur a d’ailleurs demandé de mettre en place ?
Il me semble par conséquent indécent voire limite impoli de devoir répéter de telles évidences à certaines personnes qui, je n’en doute pas, ont certainement dû réfléchir à tout cela.
Avant qu’il ne soit trop tard et que les œuvres de la réforme ne fasse concurrence aux œuvres de Ionesco, réagissons et faisons en sorte de rétablir une cohérence entre l’apprentissage de TOUTES les langues vivantes et la réalité du quotidien des français et de l’enseignement.
Emilie Pisaniello

Logo de Marie-Bénédicte Ampo-Violas
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
jeudi 23 avril 2015 à 11h30 -  Marie-Bénédicte Ampo-Violas

Dans l’académie de Limoges, l’italien est enseigné dans 10 collèges comme LV2 et dans 12 lycées en tant que LV2 et LV3. Nous avons des effectifs en constante hausse et chaque professeur milite quotidiennement pour maintenir l’acquis et plus.

Nous n’avons pas de section européenne, ni de section bilangue. Nous ne perdrons pas d’heure semble-t-il. Nous pourrions donc nous réjouir d’un horaire qui passe de 6h à 7h30.

Un seul établissement de l’académie bénéficie d’un horaire de 2h en 5ème en plus des 3h en 4ème et des 3h en 3ème. Cela semble être tout à fait positif. Cependant nous craignons que la répartition des heures attribuées à la LV2 ne soit pas adaptée. Il est prouvé que passer de 3h à 2h d’enseignement d’une langue réduit énormément l’apprentissage de la dite langue. Rappelons le passage de 3h à 2h de la LV2 en lycée il y a quelques années. Cette diminution d’horaire a entraîné une plus faible exposition à la langue des élèves et par conséquent un moins bon niveau de ceux-ci à la fin du lycée

Nous sommes solidaires avec les professeurs (et évidemment les élèves car ce sont eux qui sont visés en premier lieu) qui vont perdre des sections européennes, des sections bilangues malgré leur travail qui dure pour certains depuis de nombreuses années. Cela est catastrophique. Nous voulions nous exprimer sur le fait qu’il faudrait maintenir l’existant (sections euro, bilangues...) et ajouter 2h en 5ème sans toucher aux 3h en 4ème et 3ème. Cela semble utopique mais cela serait optimal.

Pour finir, il faudrait que cet ajout de 2h en 5ème ne sa fasse au détriment d’aucune option, d’aucune langue, d’aucune matière. Il en va de l’ouverture d’esprit des élèves et de leur possibilité d’avoir le choix et d’avoir des conditions correctes d’apprentissage des langues.

Marie-Bénédicte Ampo-Violas, présidente de l’APIAL (association des professeurs d’italien de lacadémie de Limoges)

Logo de M.S. Galinier
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
lundi 20 avril 2015 à 23h46 -  M.S. Galinier

Je suis enseignante en collège et maman d’un collégien et d’un lycéen.
On entend dire que les Français sont mauvais en langues pourtant, je vois mal comment cela peut s’arranger.
Nos élèves qui arrivent en sixième ont un bagage linguistique très différent en fonction de leur école d’origine. J’ai appris récemment que l’an prochain, j’aurai des élèves qui n’ont pas eu de cours de langues cette année ! Une quatrième heure en sixième est notamment nécessaire pour équilibrer ces disparités du primaire.
Mon fils qui est en cinquième avait choisi de faire bilangue car il avait envie d’en faire davantage en langues. Il aurait pu choisir une option mais nous avons eu peur qu’il ait trop d’heures. Finalement, avec la mise en place de la réforme dès cette année dans notre établissement, il n’a plus que deux heures d’espagnol et est bien déçu.
Mon autre fils a pu suivre une section bilangue au collège. Mais il s’est retrouvé au lycée avec des élèves non bilangues en espagnol et a eu l’impression de régresser.
Cela ne semble pas très logique ! On pense peu à ces élèves qui ont envie d’en apprendre davantage. C’est dommage de les démotiver ainsi.

Logo de ASTIER Laurence
Italien : quelques chiffres...
dimanche 19 avril 2015 à 16h25 -  ASTIER Laurence

Bonjour à tous,

Voici quelques chiffres (incomplets) pour vous donner la mesure de l’Italien dans les collèges de France.
L’Italien en France c’est au moins :

- 213 sections bilangues
Suppression = perte de 3,5h X 213 = 745,5 h
- 218 sections européennes de collèges
Suppression = perte de 4h X 218 = 872 h
- 129 écoles primaires dont on ne sait pas très bien ce qu’elles vont devenir.
N’ayant pas absolument tous les chiffres, je suis bien en deçà de la réalité.
Ces sections existent dans pratiquement toutes les académies. A ma connaissance, seules deux académies n’ont encore ni bilangue, ni SE.

Mais jamais jamais l’esprit ouvert et motivé de ces sections ne pourra être remplacé car ces sections reposent sur des projets mûrement réfléchis, uniques, et non sur des programmes que l’on nous promet allégés…

Remarque concernant l’anglais et l’espagnol : je reconnais que l’anglais à 3h en 6ème, c’est sûrement plus difficile qu’avec 4h. Aussi c’est la qualité de l’enseignement de l’anglais qui serait touchée. Mais pas l’anglais ni les profs d’anglais car quoi qu’il arrive les classes seront remplies d’élèves, ce qui est loin d’être gagné pour l’italien, l’allemand, le Russe, le portugais, l’arabe et les autres langues. Et que dire alors d’un enseignement de 2ème langue à 2h30 ? Je pense que c’est ce qu’a voulu dire notre collègue d’allemand.

Je remercie ma collègue J. Juanico pour son intervention très claire. Je précise néanmoins que depuis quelques années l’Italien n’est plus classé dans les "langues rares" et tant mieux !

Je souhaite vivement que l’APLV représente toutes les langues au ministère avec pétitions et lettres de tous en main, à égalité.

Merci à tous,
Laurence ASTIER, présidente de la FNAI.

Logo de J.Juanico
La réforme des Langues : Italien
dimanche 19 avril 2015 à 09h53 -  J.Juanico

A mon tour, je prends ma plume (clavier) pour défendre la langue italienne, celle que j’ai choisi d’enseigner, celle qui a réussi à faire rayonner une culture liée à la culture française, par son histoire, sa littérature, tous les arts et par ses rapports commerciaux privilégiés.
Depuis des années, les projets italo-français se sont multipliés entre l’Education Nationale et la Pubblica Istruzione. Chacun de nous a multiplié les actions par les échanges scolaires et les partenariats pour permettre aux élèves de maîtriser au moins deux langues au sortir du collège et de poursuivre en lycée en section Internationale ou en section Européenne. Cette initiative a conduit des jeunes élèves d’horizons différents à se familiariser avec le plurilinguisme, prôné dans le protocole France/Italie 2007, et à s’ouvrir au monde.
Nous ne pouvons nier l’importance que revêt dans l’Académie d’Aix-Marseille l’apprentissage de l’Italien en raison de la proximité géographique avec ce pays-partenaire. Des projets transfrontaliers ont été mis en place par les collègues du 04 ou 05. Une école internationale- EIPACA à Manosque- a été créée en 2007 et montre l’exemple du plurilinguisme de l’école primaire au Lycée, véhiculée par le projet ITER.
Pour cela, nous avons fréquenté les stages de formation afin de nous approprier méthodes et techniques d’enseignement transalpins et notre énergie a abouti à la création du diplôme Esabac (6 sections dans notre Académie) qui offre une opportunité de mobilité aux élèves qui souhaitent poursuivre des études universitaires ou effectuer des stages professionnels en Italie. Et ça fonctionne ! Les résultats nationaux le montrent. De plus, des dispositifs d’accompagnement à la mobilité des élèves de sections générales, technologiques, professionnelles ou post Bac sont devenus des arguments de poids lors du choix de la LV2 ou de la LV3.
Nos anciens élèves restent en contact avec nous, nous remercient de leur avoir donné cette ouverture d’esprit et cette envie de vivre l’aventure de la mobilité et viennent témoigner de leur expérience auprès de nos classes.
Cette réforme ferait courir aux élèves, une réduction du temps d’exposition à la langue étrangère quelle qu’elle soit et sonnerait le glas à l’opportunité d’intégrer une section Internationale ou Européenne transformant les professeurs d’italien en voyageurs de commerce multicartes en raison de compléments de service. Cela reviendrait à balayer d’un revers de la main le travail effectué par nos collègues-pionniers qui avaient ouvert la voie. Le rôle de notre Association, l’Apiam, est fédérateur et encourage les rencontres entre adhérents et multiplie les informations institutionnelles et culturelles afin de maintenir le lien avec les collègues qui se sentent isolés en raison de l’étendue de l’Académie.
Nous ne pouvons pas nous résoudre à baisser les bras et à renoncer à la mission à laquelle nous avons consacré une grande partie de notre vie professionnelle. A un moment où l’on insiste sur la « parité et des valeurs de la République » il conviendrait peut-être de mettre toutes les langues sur un pied d’égalité et de faire en sorte de ne pas dresser les représentants des unes contre ceux des autres. Nous n’avons pas choisi de devenir des langues « rares » à ce titre nous méritons d’être défendues et de coexister avec une représentation nationale équitable, et non dictée par le texte d’une réforme qui n’a pas lieu d’être et qui n’a pas compris que l’enseignement des toutes les LV n’est pas une équation mathématique.

Logo de Patricia Battaglia
La réforme du collège : TOUTES les langues
samedi 18 avril 2015 à 15h24 -  Patricia Battaglia

Le point d’orgue de l’enseignement des langues dans le secondaire (voire dans le primaire), c’est qu’il soit diversifié.

Je suis prof d’italien à Belfort. Loin de l’Italie pensez-vous, à quoi bon alors ?
Détrompez-vous !

J’ai réussi à mettre en place des ateliers de langue italienne à partir de la 6e avant la création des sections bi-langues, puis une section européenne à partir de la 4e il y a plus de 10 ans, une section bi-langue de la 6e à la 3e depuis 7 ans à présent. Il a fallu beaucoup se battre car si pour certains les aides étaient évidentes pour des matières comme la mienne c’était loin d’être le cas.
Options qui ont fait le bonheur de nombreux élèves, que certains ont même valorisées par la suite dans leurs études ou leur emploi (L’Italie est le 2e partenaire économique de la France, on ne le sait souvent pas).

L’inscription a toujours été proposée à tous les élèves, bons ou moins bons, il ne s’agit pas là de classes ou groupes "élitistes".
Offrir un panel diversifié de langues aux élèves, leur permettre d’avoir un vrai choix, de s’épanouir dans des disciplines qui les motivent et les intéressent au point que les heures en plus ne soient en aucun cas une surcharge de travail pour eux, et maintenant tout va disparaître ??

Une ancienne élève (26 ans, mes premiers ateliers en 6e et ma première section euro) m’a écrit récemment, car elle compte terminer ses longues études en Italie. Elle me disait combien ce cursus bi-langue et européen lui avait été bénéfique, à quel point cela lui avait plu et l’avait motivée, et me disait espérer que cela existait toujours car c’était une réelle chance offerte aux élèves... triste coïncidence du calendrier...

Je suis plus que dépitée, outrée, ulcérée par ces nouvelles mesures, qui impactent bien plus de langues, d’enseignants et d’élèves que ceux dont tout le monde parle...
Patricia

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Réforme et italien et allemand et les autres LV2
samedi 18 avril 2015 à 14h06 -  ASTIER Laurence

Bonjour,

Je voudrais remercier Monsieur Auria pour son intervention fort intéressante et qui défend une position que je partage pleinement. Les langues doivent être solidaires entre elles (et c’est pourquoi, cher monsieur Auria, j’ai signé et diffusé la pétition de défense de l’allemand) et l’APLV devrait à mon sens défendre les langues, toutes, mais en fonction de leur position,de leur diffusion, de leurs difficultés, de leur fragilité.

J’ai, par exemple, une question : pourquoi faut-il à un enfant 4h hebdomadaires pour apprendre une langue (LV1) et 2h ou 2h30 ou 3h pour apprendre une autre langue (LV2) ? Est-ce que cela ne devrait pas être l’inverse, de façon à ce que le niveau de LV2 rattrappe assez vite celui de la LV1 ?

Si parfois dans mon discours apparaît une certaine "fatigue" de l’allemand, c’est parce que partout (médias, politiques, institution) on ne parle que de l’allemand sans jamais se préoccuper des autres langues. Or, si l’allemand et l’italien et les autres langues (portugais, russe.....) avaient fait une pétition commune, nous aurions tous plus de poids me semble-t-il.

Par ailleurs, les soucis sont totalement différents de mon point de vue car quoi qu’il arrive, des solutions seront trouvées d’en haut pour l’allemand tandis que tout le travail de l’italien (et des autres sera anéanti sans aucune considération...)

Essayons d’être intelligents, d’agir en harmonie, de nous entraider au lieu de nous jalouser...

Merci encore,

Laurence ASTIER, présidente de la FNAI

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Réforme et Italien
samedi 18 avril 2015 à 10h09 -  ASTIER Laurence

Merci beaucoup à l’APLV pour sa réponse.
Nous continuons donc à compter sur votre soutien.

Cordialement,
Laurence ASTIER, présidente de la FNAI

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La réforme de la LV2 en 5ème est expérimentée dans l’académie de Clermont-Ferrand depuis la rentrée 2009.
vendredi 17 avril 2015 à 14h55 -  Laurence ASTIER

En tant que présidente de la FNAI (Fédération Nationale des Associations d’Italianistes), je souhaite apporter mon point de vue sur les différents aspects de la réforme proposée pour les collèges.
Au sujet de l’enseignement de la LV2 en 5ème, dans plusieurs départements, comme, par exemple, le Puy-de-Dôme, l’expérimentation a lieu depuis 6 ans avec un franc succès : 2h en 5ème, 3h en 4ème et 3h en 3ème. C’est cet horaire qu’il faudrait faire appliquer partout car les évaluations sont extrêmement positives. Avec la réforme, ces départements perdront 1/2 heure de LV2, ce qui peut ne pas sembler très grave si les élèves des autres départements gagnent, eux, 1h30. Mais l’horaire découpé en 2h30 sera difficile à mettre en oeuvre, aussi je propose :
- 2h en 5ème
- 3h en 4ème (classe où il pourrait y avoir une heure dédoublée, soit 4h prof)
- 2h30 en 3ème (où il y a généralement un peu moins d’élèves et donc moins d’espoir de dédoublement, avec 1h + 1h30, le cours de 30 mn étant à bannir).
Par ailleurs, la suppression des sections bilangues et européennes touchent de façon dramatique l’italien, discipline où les enseignants se sont battus vraiment pendant 20 ans pour faire ouvrir ces sections. Nous comptons sur l’APLV pour soutenir fortement l’italien de ce point de vue : Pour l’italien, rien n’arrive tout seul, rien ne tombe du ciel, chaque heure gagnée est le fruit d’un gros investissement de la part des professeurs dont il faut saluer le courage et la persévérance. Par ailleurs, et je le dis haut et fort, JAMAIS EN ITALIEN N’A ETE PRATIQUEE LA SELECTION POUR FORMER DES SECTIONS ELITISTES. L’italien est maintenant victime des mauvaises pratiques de l’anglais et de l’allemand. C’est parfaitement injuste.
Je précise que le recrutement en SE et en bilangue italien se fait sur la base des souhaits d’inscriptions des élèves. Tous les élèves peuvent y accéder QUEL QUE SOIT LEUR NIVEAU D’ETUDES, LEURS CAPACITES OU LEURS MILIEUX SOCIAUX. L’italien obéit strictement aux textes en accueillant tous les élèves "motivés".
Je terminerai en ajoutant que malgré des efforts énormes depuis 3 semaines, je n’obtiens pas d’être invitée par une radio, publiée dans un journal, etc. Seul l’allemand semble exister au moment de la réforme. Or, si des exceptions doivent être accordées à l’allemand et non aux autres langues (ex : permanence des bilangues...), je compte vraiment sur l’APLV pour s’insurger contre une telle injustice.

Avec mes remerciements, j’envoie beaucoup de courage à tous les professeurs d’italien qui liront ce message.
Laurence ASTIER, présidente de la FNAI

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lundi 20 avril 2015 à 10h41 -  Laure Peskine

 

En réponse à Frédéric Auria (dimanche 19 avril 2015 à 15h09)
 

Bien sûr ma question était purement rhétorique. Mon étonnement voulait indiquer que je trouvais hors de propos les questions de services, suppression et/ou partages de postes et que le sujet ne pouvait être discuté qu’en termes de qualité de l’enseignement-apprentissage des langues vivantes. L’essentiel est de donner aux élèves le meilleur enseignement possible dans les meilleures conditions possibles. Il existe par ailleurs des syndicats d’enseignants où les questions d’horaires et de conditions de travail des enseignants sont débattues.
 
Mises au point :
- L’enseignement des langues vivantes en primaire n’est plus « une initiation » depuis les programmes de 2003 (plus de 10 ans donc). Il y a des programmes de langues vivantes du CP au CM2 (B.O. n° 8 du 30 août 2007 pour les programmes à partir du CE 1 - et depuis la rentrée 2013 cet enseignement a été étendu au CP - toujours a raison de 54 h/année - B.O du 5 janvier 2012). Le niveau A1 doit être validé en fin de CM2. Ce n’est pas NVB qui va introduire l’enseignement d’une LV en CP, c’est déjà fait.
 
- Le fait que cet enseignement ne soit pas assuré - et en particulier pour l’anglais - n’est pas une raison pour nier cet enseignement. Si l’APLV a mis en premier la demande du maintien de 4 heures en sixième pour la LV1 (quelle qu’elle soit - même si comme on le sait tous c’est à 9x% l’anglais ) c’est bien parce que cet enseignement n’est pas assuré - et en particulier en anglais pour les raisons que j’ai données précédemment. Par contre les professeurs de LV 1 au collège doivent, eux, assurer la continuité école collège et amener leurs élèves en A2 en fin de 5ème. Et les IPR ne se gênent pas pour « leur taper sur les doigts » quand ils reprennent cet enseignement à zéro en sixième. Il ne s’agit donc pas ici du fait que les élèves « désapprennent » comme tu dis, mais qu’ils n’ont jamais reçu cet enseignement. Le fait que les élèves désapprennent est vrai pour tout enseignement, et à tous les niveaux, ce n’est spécifique ni aux LV, ni au passage en sixième.
 
Si l’enseignement en primaire était fait correctement pour toutes les langues vivantes, y compris pour l’anglais, et que les enseignants du primaire étaient respectés en termes de formation, c’est à dire que ceux qui peuvent enseigner l’espagnol, le chinois, l’allemand... en primaire puissent le faire alors les élèves recevraient un enseignement de meilleure qualité. Demandons que des enseignants soient formés pour enseigner l’anglais en primaire, et que les familles qui souhaitent que leur enfant apprenne une autre langues que l’anglais (et il y en a) puissent le faire. C’est peut-être par ça qu’il aurait fallu commencer avant de faire une réforme du collège. Nier la réalité ne peut que retarder la résolution des problèmes, voire les aggraver.
 
Et les professeurs de LV qui s’inquiètent de la disparition de leurs heures en collège y trouveraient aussi leur compte puisque s’ils œuvraient au développement de leur langue en primaire, il me semble que ça développerait de facto les heures des autres langues que l’anglais en collège.

 

Laure Peskine
Professeur d’anglais

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dimanche 19 avril 2015 à 15h09 -  Frédéric Auria

En réponse à Laure Peskine entre autres

Ma phrase concernant les profs linguistes menacés ou pas ne concernait que le partage de leur service sur plusieurs établissements, puisque l’horaire a finalement été maintenu à son niveau actuel pour l’anglais. L’anglais n’est plus un choix depuis longtemps : il est évident que tout élève apprend l’anglais au collège. Et la pression des parents a entraîné une baisse de la diversité des langues enseignées en primaire depuis qu’il ne s’agit plus d’une initiation ou d’un enseignement limité au cours moyen, y compris dans les zones frontalières.
L’avancement au CP entraînera une aggravation de ce que tu dénonces, une obligation pour tous les professeurs des écoles d’enseigner l’anglais sous la pression de leur hiérarchie, pour des raisons organisationnelles, etc., y compris quand ils seront habilités dans une autre langue, puisque s’ils essaient d’enseigner cette autre langue, ils auront tout simplement l’écrasante majorité des parents qui se soulèvera pour que leur enfant n’ait pas à attendre la 6è pour commencer l’anglais !

Après, on peut effectivement poser en plus la question de l’enthousiasme des professeurs des écoles à enseigner une langue dans laquelle ils ne se sentent pas à l’aise, avec des formations obligatoires subies et parfois plus proches de l’information que de la formation...

Pour ce qui est de l’espagnol, pour les profs d’espagnol en terme de service, le passage de 6h à 7,5h hebdomadaires cumulées représente, en plus de l’uniformisation de l’offre que le choix de la LV2 en 5ème pour tous va entraîner, un gain plus qu’une perte en terme d’heures. Mais les 2,5 h en début d’apprentissage d’une langue vivante sont effectivement ridicules, et il n’est pas du tout acquis que le niveau d’espagnol des élèves en soit véritablement amélioré au bout du compte avec des groupes qui risque d’être encore plus importants et un saupoudrage horaire sur 3 ans.
Il serait même presque logique, comme tu le dis, que l’horaire hebdomadaire d’anglais baisse, puisqu’il sera commencé dès le CP, pour donner plus d’heures aux langues en début d’apprentissage. Mais nous savons tous que les élèves "désapprennent" et qu’une exposition régulière est indispensable pour maintenir le niveau et l’intérêt des élèves.

Pour ajouter aux difficultés des enseignants de LV autres que l’anglais et l’espagnol d’avoir un service sur 1 ou au maximum 2 établissements, au sein des EPI, l’écrasante majorité des profs d’autres disciplines ayant appris l’anglais et l’espagnol, s’il y a des heures à récupérer en voulant véritablement travailler dans la langue, sauf exceptions toujours possibles, les autres collègues se sentiront plus capables de travailler en anglais et en espagnol que dans les autres langues. Sinon, on fera des TPE bis, et la langue est surtout présente dans des documents authentiques utilisés pour les recherches, et encore...

La diversité des langues affichées pour l’apprentissage d’une LV en primaire me fait penser à l’affichage du nombre de langues vivantes qui peuvent être présentées au bac : c’est bien de l’affichage, légitimé par quelques cas isolés qui se battent contre vents et marées pour maintenir l’offre, souvent un prof seul, parfois un appui politique local. Pour le bac, ce sont des langues familiales ou des cours particuliers qui assurent la diversité pour des langues qui ne sont pratiquement pas enseignées.

Quant aux conditions actuelles de travail des profs de langues vivantes dans leur ensemble, en classe entière pour l’anglais ou l’espagnol, avec des regroupements fluctuants pour les autres, elles ne s’améliorent pas vraiment quand on appelle "autonomie des établissements" la gestion d’une pénurie organisée de moyens dans laquelle on s’amuse en plus à globaliser les horaires de LV pour être sûr qu’on se tape bien dessus entre langues au sein des établissements...
Intéressant d’ailleurs que cette concurrence très néolibérale de concurrence entre les disciplines mise en place au lycée sous un gouvernement UMP resurgisse dans la réforme du collège d’une ministre PS.

Enfin, si on entend parler de l’allemand plus que d’autres langues, c’est que l’offre développée depuis des années est encore plus importante en allemand qu’en italien et en espagnol, c’est pour cela que nous sommes parvenus à mobiliser des politiques et des médias, mais il existe des groupes d’amitié entre de nombreux pays à l’Assemblée Nationale et au Sénat que je vous encourage à mobiliser aussi.
Au niveau de l’académie de Lyon, j’essaie de constituer un courrier commun entre les associations de linguistes pour rencontrer la rectrice et pourquoi pas également le préfet, mais sans succès pour le moment.

Je pense que nous pouvons être efficaces en faisant valoir notre spécificité, langue par langue, nous n’avons pas tous les mêmes arguments ni les mêmes leviers, et collectivement, l’APLV en est d’ailleurs un canal. Et si nous obtenons des choses pour l’allemand, nul doute que cela bénéficiera aussi aux autres langues à faible diffusion, italien, russe, portugais, etc. (désolé pour celles que je ne cite pas).

Pour finir vraiment ce commentaire beaucoup trop long, vivant avec un prof d’anglais, je suis tout à fait conscient que si les profs d’anglais ne sont pas menacés par la suppression de leur poste, l’attente sociale est nettement plus grande que pour les autres langues. Quand on dit que les Français sont nuls en langues, en réalité, il est toujours question du niveau en anglais comparé à d’autres pays. La conclusion est bien-sûr toujours que c’est la faute des profs. D’ailleurs, tout à fait logiquement, les responsables incompétents qui prennent les décisions, comme ça avait été le cas d’Allègre en son temps, en tirent des conclusions tout à fait pertinentes : on baisse le nombre d’heures, donc on limite le contact avec les profs nuls, les élèves ne peuvent donc qu’en être meilleurs à l’arrivée !

Désolé de ce message beaucoup trop long, et bon courage à toutTEs dans cette lutte contre l’incompétence ou la malhonnêteté, ou les deux ? Le débat reste ouvert...

Amic’allemand,
Frédéric Auria

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samedi 18 avril 2015 à 17h08 -  Laure Peskine

 
 

Réponse à Frédéric Auria

Je ne suis pas sûre de comprendre cette phrase dans le contexte de la réforme :
 

« Les seuls profs linguistes qui ne soient pas menacés finalement, ce sont les profs d’anglais et les profs d’espagnol. »
 

De quelle genre de menace parles-tu ?
Les professeurs d’anglais ça fait longtemps que la qualité de leur travail est menacée. Car bien entendu, nous parlons bien ici d’efficacité de l’enseignement-apprentissage des langues vivantes, n’est-ce pas ?
 

Il suffit de parcourir les interventions sur ce forum, et en particulier celles des professeurs des écoles, pour voir que l’anglais est plutôt mal enseignée en primaire - si on ne le sait pas déjà. La situation des langues vivantes est mauvaise en primaire et en particulier en anglais, car si les autres langues sont quasi exclusivement assurées par des professeurs des écoles ayant une réelle compétence, et en tout cas une grande motivation, dans une langue qu’ils ont dans bien des cas choisi d’enseigner, l’anglais est en revanche trop souvent assuré par des enseignants n’ayant pas été habilités dans cette langue alors qu’ils sont habilités pour une langue autre que l’anglais, mais qu’on oblige à enseigner l’anglais à cause de la demande pour cette langue. La qualité de l’enseignement ne peut que s’en ressentir. Actuellement, les ESPÉ sont en train de généraliser la préparation des étudiants PE à l’enseignement de l’anglais, alors que parmi ces derniers il se trouve des personnes ayant des compétences attestées dans une autre langue. La diversité de l’offre en LV est là, il suffit de voir le profil des étudiants PE, c’est le MEN qui fait le choix de ne pas en tirer parti pour ne mettre en place que l’enseignement de l’anglais du primaire au collège.
 

En tant que professeure d’anglais qui a fait toute sa carrière en collège, je peux témoigner que depuis que l’enseignement de l’anglais en primaire est fait par les professeurs des écoles (quand les heures de langues vivantes sont assurées, ce qui actuellement n’est pas toujours le cas malgré l’obligation qui figure dans les programmes), la sixième est devenue une classe difficile, non seulement parce que les classes d’anglais sont toujours chargées (ah que nous aimerions avoir moins d’élèves !) mais parce que se retrouvent à la fois :
- des élèves qui ont fait de l’anglais en primaire et qui en ont mal fait, avec de mauvaises habitudes qu’il faut leur faire perdre... exercice délicat quand on veut ménager et les élèves et le respect de l’enseignement et des enseignants qu’il est dans notre devoir de leur apprendre,
- des élèves qui n’en ont pas fait du tout,
- quelques rares élèves qui en ont fait correctement (il y a bien quelques PE qui ont un master d’anglais et eux on ne les oblige pas à enseigner une autre langue).
 

Les professeurs d’anglais ne sentiront plus leur efficacité menacée quand l’anglais sera enseigné correctement en primaire et que les PE seront utilisés selon leurs compétences et pas obligés à enseigner l’anglais. Et je souhaite ne pas être la seule à espérer que NVB fasse ce qu’elle dit dans la lettre qu’elle a adressée hier aux enseignants :
 

« Je demanderai par ailleurs aux recteurs d’académie et aux directeurs académiques des services de l’éducation nationale de construire une nouvelle carte des langues de l’école au collège assurant la diversité linguistique et la continuité des parcours d’apprentissage des langues. »
 

Tout le monde a à y gagner, les enfants, les parents, les PE s’ils sont utilisés selon leurs compétences (et c’est rarement l’anglais...), les professeurs d’anglais en collège qui auront des élèves plus motivés en sixième, et les professeurs des autres langues que l’anglais qui verront les sections bilangues s’implanter partout et pas seulement au bon gré de décisions locales, ce qui est le cas jusqu’ici vu qu’il n’existait aucun cadrage national.
 

Par contre, la phrase de NVB qui suit celle que j’ai citée me laisse un peu perplexe :
« Cette diversité devra bénéficier en particulier à l’apprentissage de l’allemand à l’école et au collège. »
 

Il ne faudrait pas que le seul choix en primaire ne devienne l’anglais ou l’allemand. Actuellement les langues qu’il est possible d’apprendre en primaire sont au nombre de 8 : allemand, anglais, arabe, chinois, espagnol, italien, portugais et russe.
Ce qui me ramène au sujet d’où est issu ce forum - suite à l’expérimentation de la réforme dans l’académie de Toulouse, des écoles primaires apprenant que les sections bilangues autre que l’allemand fermeraient en collège à la rentrée 2014 ont laissé tomber l’enseignement de l’espagnol et ont proposé... l’anglais à cette même rentrée. Or l’espagnol en primaire était encore relativement répandu dans l’académie de Toulouse, choisi très souvent (mais pas uniquement) par des enfants de la énième génération issue de l’immigration, qui faisaient espagnol non pas pour se distinguer, mais par souci de conserver la culture de leur famille. Il en va de même pour le choix de certaines autres langues, et pour celui de l’allemand dans l’est de la France qui ne constitue pas un choix élitiste, mais de culture familiale. À cela s’ajoute la motivation pour certains d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté « de la frontière » comme pour l’espagnol dans le sud-ouest, l’italien dans le sud-est ou l’allemand dans l’est.
 

Laure Peskine
Professeur d’anglais

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samedi 18 avril 2015 à 12h57 -  Michel MOREL

Cher Frédéric,

Je veux juste profiter de cet échange pour rappeler les positions de l’APLV :
http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article5801
Et je m’en tiendrai là.

Bien cordialement
M.M.

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samedi 18 avril 2015 à 11h51 -  Frédéric Auria

Bonjour et merci Michel pour l’adresse des autres pétitions que je n’avais pas encore toutes eues.
Il va de soi que l’ADEAF, depuis bien longtemps, se bat non seulement pour l’allemand, mais aussi pour les autres langues vivantes, et c’est donc bien à tous les enseignants de langues vivantes que je souhaite du courage devant la stupidité de cette réforme, pas seulement aux enseignants d’allemand. Les seuls profs linguistes qui ne soient pas menacés finalement, ce sont les profs d’anglais et les profs d’espagnol.
Quant à la concurrence dont tu parles, elle n’est pas le fruit d’un traitement de faveur mais d’une situation sur le terrain qui met en concurrence les langues vivantes dès la primaire, et au collège plus encore. Notre pays ne se donne tout simplement pas les moyens d’une offre plurilingue en voyant une dépense dans l’enseignement au lieu d’un investissement.
L’"injustice" est un traitement différent, et je répète que s’il y a des accords bilatéraux entre la France et l’Italie, la France et l’Espagne, c’est bien parce qu’il y en a eu avant entre la France et l’Allemagne : les différents bacs binationaux, l’Université Franco-Italienne, ont tous eu un "modèle" franco-allemand.
Si l’APLV est opposée à toute mesure permettant de favoriser certaines langues vivantes, ce sera bientôt l’AP de 2 LV seulement ! Sans structure particulière, et c’est finalement ce que propose cette réforme, en voulant tout uniformiser, ne nous faisons pas d’illusion : l’allemand et l’italien n’auront plus à s’opposer bien longtemps, ni aucune autre langue d’ailleurs. Tout le monde fera anglais-espagnol, avec une maîtrise qui n’en sera pas meilleure ni en espagnol ni en anglais, et notre jeunesse sera bien armée pour fournir les rangs de Pôle Emploi ! Il existe déjà des Pôle Emploi binationaux, avec l’Allemagne, on pourra le fermer, cela fera de belles économies...
Bref, si nous acceptons de descendre à moins de 3 heures par semaine, si nous acceptons la disparition des bilangues et des euros, le cabinet de la ministre n’a aucune raison de nous en demander encore plus en nous donnant encore moins...
Amic’allemand,
Frédéric Auria
Ex-président de l’ADEAF et toujours membre de l’APLV

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samedi 18 avril 2015 à 11h09 -  Michel MOREL

Cher Frédéric,

La rivalité entre l’allemand et les autres langues était inévitable à partir du moment où l’on accordait des privilèges à l’allemand (*). Nous ignorons s’il s’agit d’un calcul de la part du Ministère, mais le résultat est là : les opposants à la réforme de l’enseignement des langues – du moins à certains points de celle-ci –, sont non seulement divisés mais concurrents.

Sache qu’il existe aussi des accords bilatéraux franco-italiens et franco-espagnols, et peut-être d’autres que nous ignorons. Quant à nous, nous faisons le vœu qu’il y en ait avec tous les pays dont les langues sont enseignées en France.

Concernant les pétitions monolingues, qui ont été lancées les unes après les autres après celle de l’allemand, nous avons choisi jusqu’ici de ne pas les signaler, car il nous semblait qu’elles pouvaient contribuer à diviser les enseignants de langues.

Tu as choisi de signaler ici celle de l’allemand, nous n’avons donc plus aucune raison de ne pas signaler les autres que nous connaissons :

AFDA
https://secure.avaaz.org/fr/petition/Mme_la_Ministre_de_lEducation_Nationale_et_de_la_Recherche_Une_politique_volontariste_et_coherente_de_lenseignement_publ_3/?agjkVhb

AFR
https://secure.avaaz.org/fr/petition/M_le_President_de_la_Republique_Mme_la_Ministre_de_lEducation_Nationale_Modifier_projet_de_reforme_LV2_au_College/?tDLHnjb

FELCO
http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47607

FNAI
https://secure.avaaz.org/fr/petition/Madame_la_Ministre_de_lEducation_Nationale_et_de_la_Recherche_Pour_sauver_litalien/?sKxqTib

Cordialement
Pour la direction éditoriale
M.M.

(*) : Dernière déclaration de la Ministre dans sa lettre aux enseignants : « Je demanderai par ailleurs aux recteurs d’académie et aux directeurs académiques des services de l’éducation nationale de construire une nouvelle carte des langues de l’école au collège assurant la diversité linguistique et la continuité des parcours d’apprentissage des langues. Cette diversité devra bénéficier en particulier à l’apprentissage de l’allemand à l’école et au collège. »
http://www.education.gouv.fr/cid88120/reforme-du-college-lettre-de-la-ministre-aux-enseignants.html

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vendredi 17 avril 2015 à 20h31 -  Michel MOREL

Bienvenue sur notre forum !

L’APLV s’est clairement exprimée sur l’« injustice » en question dès le 3 février 2014, sans rencontrer le moindre écho chez les italianistes :

http://aplv-languesmodernes.org/spip.php?article5380

Conformément aux principes qui ont toujours guidé son action, l’APLV milite résolument en faveur du plurilinguisme et pour la diversification de l’enseignement des langues, dès l’école élémentaire.

Elle est toujours intervenue en faveur des langues les moins enseignées, a fortiori quand elles étaient menacées. Elle continuera à le faire.

Bien cordialement
M.M.

Logo de Frédéric AURIA
vendredi 17 avril 2015 à 17h25 -  Frédéric AURIA

En tant qu’ancien président de l’ADEAF et membre de l’APLV d’assez longue date, je comprends une certaine jalousie d’autres langues vivantes 2 par rapport à l’allemand. Mais l’allemand sert à mettre en place des structures, comme les bilangues, à développer des doubles-diplômes, comme l’Abibac, voire des organisations comme l’Université Franco-Allemande, qui bénéficient ensuite aux autres langues. D’où pensez-vous qu’Esabac et Bachibac arrivent ? Pour les certifications, l’avancée est plus controversée, mais vous devez l’existence de classes bilangues aux accords bilatéraux franco-allemands, utilisés pour réintroduire d’autres LV2, comme l’italien, le portugais, parfois le chinois...
Si l’allemand est plus médiatisé, c’est que les accords d’Etat à Etat sont aujourd’hui mis à mal par les incompétents du ministère qui prennent les décisions.
En même temps, si nous commençons à nous taper dessus entre langues, ils auront atteint ce qu’ils visent avec leurs EPI.
Bref, ce que demandent les profs d’allemand, c’est de maintenir bilangues et sections européennes en les généralisant ! Quand sélection il y a, c’est toujours imposé par l’administration qui refuse d’ouvrir plus de groupes. Et si vous avez l’impression que les élèves apprenant l’allemand nous tombent tout cuit dans le bec, ce n’est vraiment qu’une impression, avec la sensibilisation en primaire, la journée franco-allemande, les échanges et voyages, voire les stages, les profs d’allemand ne sont pas en reste pour "vendre" leur langue, avec l’appui de l’OFAJ, du SFA, etc. dont je souhaite la création à terme aux autres langues, dont l’italien !
J’ai signé la pétition pour l’italien, le russe, les langues en général, pour l’allemand nous avons dépassé les 25000 signatures : http://www.petitionpublique.fr/PeticaoListaSignatarios.aspx?pi=rcADEAF
Bien cordi’allemand,
Frédéric Auria

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La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
dimanche 12 avril 2015 à 09h46 -  Sophie Tarralle

Je suis mère de 2 enfants encore en primaire. Je ne comprends pas cette réforme, qui va à l’encontre des besoins en France. Nous savons bien qu’en France, notre niveau en langues vivantes est déjà bien plus faible que certains de nos voisins. Dans le monde actuel où nous vivons, où la mobilité et l’ouverture sur le monde deviennent incontournables, il n’est pas possible de mettre au second plan l’apprentissage des LV. Il me semble d’ailleurs que c’est tout un environnement qu’il faudrait faire évoluer en France, avec notamment l’arrêt des doublages des films, dessins animés, etc. Beaucoup d’éléments participent à la faiblesse du niveau en France.
J’avoue ne pas très bien comprendre les objectifs de la réforme en question. On a l’impression que les décisions sont prises par des non experts, avec l’appui des comptables. Il n’est pas normal que les professeurs soient si peu consultés, alors que ce sont eux les premiers experts de l’apprentissage des LV (ou alors, expliquez-moi ce qu’ils sont sensés être !!!).
La réduction des choix des LV est aussi un problème, et est-il toujours d’actualité de favoriser autant l’allemand au profit d’autres LV, beaucoup plus parlées dans le monde (je pense à l’arabe, le mandarin, l’espagnol...) ?
Donc une réforme peu lisible, qui, si elle ne convainc pas les professeurs, a peu de chances de réussir. Elle favorisera par ailleurs toujours les mêmes, c’est-à-dire ceux qui ont un soutien à la maison. Pensons aussi aux enfants issus de l’immigration, pour lesquels on ne valorise pas la connaissance d’une autre langue maternelle que le français. Il n’y a pas assez de professeurs pour ces langues.

Logo de Svetlana Dojic
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
vendredi 10 avril 2015 à 09h57 -  Svetlana Dojic

Je suis professeur d’anglais en lycée dans l’académie de Créteil.

Je partage les avis de mes collègues sur la réforme à venir, qui ne me semble pas aller dans le sens d’une progression des élèves en langues.

En effet, comment améliorer le niveau en langues en réduisant les horaires et en maintenant le même nombre d’élèves par classe (souvent entre 25 et 30 au collège) ?
Les heures de primaire ne peuvent pas remplacer les heures en collège car elles sont faites, quand elles le sont, par des enseignants dont ce n’est pas la spécialité et qui souvent sont peu voire pas du tout formés à cela.

La suppression des classes bilangues et européennes ne me semble pas non plus aller dans ce sens. Contrairement à ce qu’on peut entendre, ces sections sont aussi implantés dans des zones sensibles et permettent à des élèves curieux et motivés d’approfondir leurs connaissances. Si ces sections sont supprimées, l’écart se creusera entre les élèves qui pourront bénéficier d’autres moyens pour progresser (cours particuliers ou séjours linguistiques par exemple) et ceux qui n’auront pas cette chance.

Par ailleurs, même si l’horaire global sur le collège reste inchangé, avoir 2h par semaine de LV2 ne permet ni une exposition à la langue ni une pratique suffisantes.

Logo de Marina Calado
La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
jeudi 9 avril 2015 à 22h00 -  Marina Calado

Je suis enseignante en anglais dans l’académie d’Amiens depuis 19 ans. Je suis effarée de voir que mes heures se réduisent comme peau de chagrin. Dire qu’il y a quelques années nous avions 5h d’anglais en 6è et 4h en 5è. Je me demande d’année en année pourquoi je ne parviens pas à faire telle ou telle choses avec mes élèves. je crois que c’est de mon fait. Eh bien non ! Cela n’a rien d’étonnant. On nous demande de mettre de plus en plus de choses en place pour réduire les inégalités et c’est ce que je m’efforce de faire car cela me tient à cœur mais il va falloir arrêter de nous prendre des heures. Quand j’ai commencé, nous avions même des heures de soutien. En France nos élèves ne pourront jamais au dessus du lot en langues si cela continue ainsi. On peut réduire les dépenses mais l’enseignement à mon sens est un maillon primordial dans une société. Une langue c’est aussi apprendre une autre culture et ouvrir nos élèves à l’autre, à l’international. On augmente de plus en plus les inégalités dans notre pays au lieu de tout faire pour les réduire.

De plus, si nos élèves ne maîtrisent pas une langue étrangère à leur sortie du lycée, ils se feront devancer sur le marché du travail. C’est grave.

Mon frère travaille pour une société allemande en France qui peine à recruter des personnes car elles n’ont pas le niveau d’anglais nécessaire. Il y a du travail mais il est important que TOUS nos élèves soient correctement formés et que nous, enseignants, ayons le temps de le faire correctement.
J’espère que ce texte sera revu et modifié.

Logo de Un professeur d’anglais.*
La réforme des LV en collège
jeudi 9 avril 2015 à 16h07 -  Un professeur d’anglais.*

Je suis enseignante en collège dans l’académie de Nantes.
Avec 3h au lieu de 4h en 6ème, on n’avance pas de la même façon dans les programmes. Des étapes de l’apprentissage seront automatiquement négligées. Il est évident que cette 4ème heure est une nécessité pour les élèves en difficultés afin de leur donner la chance de réussir(puisque nous parlons toujours de l’égalité des chances) et sachant en plus que tous les élèves n’arrivent pas en 6ème avec le même bagage linguistique, la différence d’une école à l’autre peut être énorme !!!

Cette réforme ne fera que creuser l’écart entre les élèves. Avec cette réforme, nous faisons du nivellement par le bas.Cela se trouve confirmé par la suppression des classes bilangues et européennes ( sans doute considérées comme trop élitistes). On parle sans cesse du niveau insuffisant des Français en langues vivantes, et bien cette réforme ne fera que contribuer au maintien de notre bonne dernière place au niveau européen.

Cette réforme est une réelle aberration , faite dans un but financier mais au détriment des élèves.

*Ce professeur a demandé à rester anonyme.

Logo de A. Lahaye
Avis sur la réforme
jeudi 9 avril 2015 à 14h12 -  A. Lahaye

Je suis professeur d’anglais en collège, et je partage les avis exprimés concernant la diminution des heures d’anglais en 6e.
Il est totalement illusoire de penser que les élèves quittent l’école primaire avec des bases solides (voire des bases tout court) : chaque année nous constatons de grandes disparités entre les différentes écoles du secteur (et les élèves le voient aussi !). On ne peut donc pas partir du principe que tous les élèves qui entrent en 6e ont les mêmes acquis.
D’autre part, dans certains écoles primaires, c’est une autre langue que l’anglais qui est enseignée. Cela signifie que ces élèves ne commenceront l’anglais qu’en 6e, et n’auront donc que 3h par semaine pour tenter d’apprendre ce qui pouvait jusque-là se faire en 4h (soit 36h de moins sur une année).
Je trouve aussi totalement contre-productif de diminuer les heures de LV2 sous prétexte qu’elle sera commencée en 5e. Si on veut que cela soit efficace, il faut que les élèves aient 3h en 5e, 4e et 3e.
Ce projet signe également la disparition du choix de la LV1 (et donc la mise en danger de l’allemand).
De manière générale, il faut arrêter de vouloir à tout prix faire faire la même chose à tous les élèves, sans tenir compte des difficultés de chacun, ou de ses talents : certains ont besoin de plus temps pour assimiler certaines choses, d’autres au contraire pourraient aller beaucoup plus vite et plus loin. Ce qui rendrait l’enseignement plus efficace serait de prendre en compte ces différences et de proposer quelque chose de plus adapté, permettant à chacun d’acquérir ce qu’il peut acquérir, au rythme qui lui convient le mieux.
Les sections européennes ou bilangues ne sont en aucun cas des dispositifs "ségrégatifs" puisqu’ils permettent justement aux élèves qui peuvent/veulent approfondir de le faire.
Dans un souci d’égalité, pourquoi ne pas imposer ces systèmes à tous ? Sans doute parce que certains élèves n’en ont pas besoin, ou n’en ont pas les capacités. En quoi est-ce moins "ségrégatif" de priver des enfants qui ont l’envie et les capacités de le faire ?
Nous faisons sans cesse un nivellement par le bas, car on sait très bien que, compte tenu de l’hétérogénéité (niveaux + dys etc) de nos classes et des effectifs, nous ne pouvons pas différencier en permanence, et nous ne pouvons pas nous aligner sur le niveau des plus à l’aise.
Tous les enfants ne deviendront pas ingénieurs ou médecins, et tous n’ont pas besoin d’apprendre les mêmes choses au même moment et de faire les mêmes études.Et c’est tant mieux !! Nous avons besoin de gens qualifiés dans tous les domaines, et pas uniquement ceux qui nécessitent des études longues.
Encore une fois, il aurait été bon consulter les gens qui travaillent avec les enfants d’aujourd’hui, qui sont bien différents de ceux d’hier.

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Sections européennes
jeudi 9 avril 2015 à 13h26 -  TREHIN ADA

J’ai déjà écrit un commentaire, mais je dois réagir sur : « - Redistribuer les moyens pédagogiques jusque-là réservés à des options et dispositifs ségrégatifs (notamment en renforçant l’enseignement des langues pour tous). »* Car je suis dépitée, on vient de créer une section européenne dans un milieu défavorisé, dans l’académie de Guyane, ouverture prévu en septembre, dans l’esprit de l’égalité des chances pour tous -en plus c’est un projet interdisciplinaire, avec des heures de DNL en histoire-géographie. Car parmi ces élèves, dont les parents ont du mal à joindre les deux bout, il y en a aussi des bons, qui stagnent car on doit toujours s’occuper des plus faibles. Donc l’école publique assure la médiocrité pour tous. Il n’y a pas question de ségrégation ; les élèves seront issus des classes hétérogènes et vont se retrouver uniquement pour les heures d’euro...

Quant au temps, le combat s’est vu dévié vers "une guerre" pour garder le nombre d’heures actuel, et même s’il me semble qu’on nous a entendu, la vraie question n’est pas là. Si vous voulez vraiment que les élèves apprennent une ou deux langues vivantes, il faut nous donner des heures d’enseignement en groupes (de compétences si vous voulez) aussi au collège. C’est la seule manière ; il est impossible de travailler correctement l’expression orale avec un effectif de 25 à 30. Le temps de parole par élève est trop court, en plus, pour nous qui sommes toujours au terrain, il y a toujours des autres problèmes (genre discipline) à régler, et la situation d’apprentissage n’est jamais idéale, comme sur le papier !

Essayer de nous faire avaler un modèle scandinave à rabat (étant norvégienne d’origine, je sais très bien de quoi je parle) est voué à l’échec, car vous nous donnez pas les moyens. Pour les langues vivantes, si vous voulez que cela porte des fruits, diminuez les effectifs à maximum 15 -et peut être qu’on voit des résultats, donnez nous des moyens matériels, et cessez de jouer avec des mots et des phrases, sans sens, loin de la réalité de terrain, et décidez vous une fois pour toute, oui on non, nous voulons que les élèves APPRENNENT une/ deux langues vivantes. La langue de bois, on en a assez ! Vous êtes en train de nous démotiver tous !

L’interdisciplinarité est une bonne chose, si les projets viennent des professeurs, et si c’est basé sur le volontariat, cela fonctionne très bien aujourd’hui, mais nous imposer des travaille ensemble sur des thèmes bien définis, sont pour moi un moyen mal-caché de nous mener vers le bi(multi)- valence - et oui, je sais ça fonctionne très bien dans las pays scandinaves, mais vous avez sauté l’étape de formation, les professeurs scandinaves intègrent "l’école supérieur de maîtres" dès le BAC et sortent formés après 3 ans (certainement 5 ans maintenant, vu que ces pays s’alignent sur le master) et là ils peuvent et ont le moyens de le faire. Ceci n’est pas le cas en France, et même avec une volonté de notre part, il est impossible d’intégrer les mêmes compétences que nos collègues dans une autre matière avec quelques heures de formation le mercredi après-midi. Les années d’études ne se rattrapent comme ça !

Je fais grève et je continue à défendre ma section et ma matière jusqu’au bout, mais je m’adapterai, c’est pour les élèves que j’ai peur car mon niveau d’anglais est tout à fait acceptable !

Ada TREHIN
Professeur certifié d’anglais
Clg R. NERON, Ac Guyane

*ndlr :http://www.fcpe.asso.fr/index.php/actualites/item/1403-pour-une-reforme-qui-mette-fin-au-college-a-deux-vitesses

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La réforme du collège est expérimentée dans l’académie de Toulouse depuis la rentrée 2014 : des professeurs de langues vivantes témoignent
mercredi 8 avril 2015 à 19h21 -  Carine Tennenbaum

Professeur d’allemand en collège dans l’académie de Rennes,
j’ai la chance de travailler dans un collège où les effectifs en section bilangue sont nombreux, et même en progression. Evidemment, c’est le fruit d’un travail de longue haleine, d’un investissement important : aujourd’hui, plus d’une centaine d’élèves apprennent l’allemand dans cet établissement. L’option n’est pas élitiste, elle est ouverte à tous, pas de sélection à l’entrée ! Les profils des élèves sont variés.

C’est une section qui fonctionne bien : pour quelle raison la supprimer brutalement, si ce n’est pour faire des économies ?

Si la réforme était appliquée en 2016, les germanistes passeraient de 432h d’allemand à 270h : quel progrès pour les langues !

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Témoignage sur l’enseignement des langues à l’école élémentaire
mercredi 8 avril 2015 à 16h13 -  Corinne Couderc

Je suis maman de deux enfants dont l’un est en CE2 dans la banlieue de Toulouse.
Je ne maîtrise pas tout au niveau de l’enseignement des langues au collège mais l’apprentissage de l’anglais et d’une 2ème langue est primordial de nos jours. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en France nous ne sommes pas forts du tout.
En effet, l’anglais vu à l’école primaire n’est pas du tout à la hauteur des ambitions et ne peut remplacer l’enseignement au collège. D’autant que les enfants à l’élémentaire n’ont pas la maturité pour aborder les mêmes apprentissages qu’au collège. Les enseignements doivent être complémentaires et non se substituer l’un à l’autre.
De nos jours, il faut mettre le paquet sur les langues condition sinequanone pour l’avenir professionnel de nos enfants.

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