Réaction de l’APLV à la publication des programmes de lycée

jeudi 31 janvier 2019

Comme l’APLV l’a indiqué sur son site, le ministère de l’Education Nationale vient de publier les programmes de lycée pour la rentrée de septembre 2019. Pour les langues, deux textes sont à prendre en considération, le programme de tronc commun et d’enseignement optionnel pour les trois niveaux du lycée des anciennes LV1, LV2 et LV3 (qui deviennent désormais, pour des raisons inexpliquées, puisque rien ne change à part la dénomination, LVA, LVB et LVC) (http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article7357) et le programme de spécialité en classe de 1re, pour les quatre langues concernées par cet enseignement, l’allemand, l’anglais, l’espagnol et l’italien (http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article7358).

Lors de la phase d’élaboration de ces programmes, l’APLV a été reçue à deux reprises, d’abord par le Conseil Supérieur des Programmes (CSP), ensuite par la DGESCO et l’Inspection Générale (http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article7207 et http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article7281). Nos interlocuteurs n’ont tenu compte de nos remarques que sur deux points. D’une part, le nombre de séquences préconisé par année a été laissé davantage à l’appréciation des professeurs, grâce à une fourchette plus large qu’initialement prévu (entre 6 et 18 séquences dans l’année pour l’enseignement de tronc commun). D’autre part, l’exigence d’étude d’œuvres complètes en spécialité a été unifiée pour les quatre langues : deux œuvres littéraires intégrales (à choisir dans un programme limitatif qui sera communiqué plus tard), auxquelles peut s’ajouter une œuvre filmique intégrale.

En revanche, ces programmes ne reprennent aucunement un certain nombre des points plus fondamentaux présentés par l’APLV devant le CSP, la DGESCO et l’Inspection Générale. En premier lieu, les titres des thématiques du programme commun restent ambigu en 2de l’art de vivre ensemble » plutôt que « vivre ensemble », comme nous l’avions proposé) et plutôt opaque en 1re et terminale (« gestes fondateurs et mondes en mouvement »). Plus grave, les axes du programme sont explicités par de petits textes illustratifs, qui ne font souvent que décliner l’axe selon plusieurs de ses dimensions. Cette présentation n’invite pas assez les professeurs à s’interroger, à problématiser, à mettre leurs élèves devant des questions ouvertes sur une réalité en évolution. L’APLV avait demandé davantage d’exemples de problématiques possibles que dans la version précédente des programmes, le choix qui a été fait a été de ne plus en donner aucun ! Sans ces exemples, dont les plus pertinents étaient des aides réelles à la réflexion de tous (on peut citer au hasard « L’entreprise A, marque de sport ou fleuron de la mode ? », « Cuba et les Etats-Unis, la fin de l’impasse ? », « Le tourisme rouge : un devoir de mémoire ? » ou « Le 29 avril 1945 : un nouveau départ pour l’Italie ? »), le risque de transformer les épreuves orales du baccalauréat en récitation d’un topo et leur préparation en bachotage est important.

En ce qui concerne les programmes de spécialité, l’APLV demande depuis le tout début de l’élaboration de la réforme du lycée et du baccalauréat que tout soit fait pour que les élèves qui ont peu d’appétence pour la littérature puissent faire le choix d’une spécialité de langue. Dans les programmes d’allemand et d’anglais, on trouve une seule fois la mention de l’existence d’un discours scientifique ou technique, mais aucun exemple de ce discours. En espagnol et en italien, ces dimensions sont ignorées. Aussi importants la littérature et l’art soient-ils, ils n’intéressent qu’une minorité de lycéens. L’APLV regrette profondément que, malgré ses multiples interventions sur ce point, rien ou presque n’ait été mis en œuvre pour ouvrir la spécialité aux élèves qui, avant cette année, auraient opté pour une série ES ou S, et qu’au contraire, le choix ait été fait de proposer des objets d’étude à la charge culturelle trop souvent importante et complexe, qui correspondent rarement aux centres d’intérêt et au niveau des élèves des classes de 1re. Il paraît logique d’imaginer que, si les professeurs sont contraints de faire des lectures et des recherches nombreuses pour bâtir leurs séquences de cours, certains d’entre eux vont concevoir leur rôle pédagogique comme celui d’apporter de manière magistrale des informations et des analyses, plutôt que de faciliter un débat informé autour de problématiques culturelles au sens large.

La lecture des programmes a d’autres raisons d’inquiéter, voire de mettre en colère, les professeurs de langue. Rien n’est dit sur les conditions de travail. On ne peut lire des phrases comme « L’aisance recherchée à l’oral se construit dans une large mesure grâce à une pratique assidue en classe et hors de la classe » (Programme de 2de, p.2), sans penser à la réalité de nos classes, où la taille de l’effectif et la pauvreté de l’horaire nous obligent à bricoler sans cesse pour offrir une pratique minimale efficace. On ne peut lire les nombreuses références au numérique, habituelles depuis quelques années, sans penser à notre quotidien, qui est fait d’errance d’une salle à l’autre, de pannes du matériel informatique, d’insuffisance de la formation, d’absence de personnel technique capable de réparer le matériel. On ne peut pas lire non plus les encouragements répétés à la mobilité sans regretter que le ministère ne pose pas la question de son organisation ni celle de son financement.


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