Interview d’Isabelle Bonnassies, pilote du projet « The Rainbow Village » lauréat du « Meilleur Projet eTwinning 2013 », par Marie-Line Lagneau

mercredi 8 mai 2013

Isabelle Bonnassies est professeure d’anglais au collège Jean Lacaze de Grisolles, académie de Toulouse, et Marie-Lagneau est professeure d’anglais et correspondante académique eTwinning au CRDP de Paris. Elles sont toutes les deux membres de l’APLV.

Le projet The Rainbow Village a reçu le premier prix eTwinning national 2012 - catégorie 1er projet, et le 1er prix dans la catégorie 12-15 ans.

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Qu’est-ce qui vous a amenée à démarrer un projet eTwinning avec vos élèves  ?  
En 2009-2010, j’ai voulu mettre en place un projet d’échanges avec des collégiens sud-africains qui n’a malheureusement pas pu aboutir. L’idée d’apprendre à vivre ensemble me semblait intéressante et j’ai alors consulté différentes plateformes. J’ai enfin lu des articles sur eTwinning et je me suis lancée en septembre 2011. 

Est-ce qu’il a été difficile pour vous de trouver des partenaires  ? Comment avez-vous procédé  ?  
Non pas du tout. Au contraire cette recherche a été assez facile puisque j’ai déposé ma demande fin juillet et avant fin août l’équipe était déjà constituée. 

Avez-vous utilisé l’outil «  recherche de partenaires  »  ?  
J’ai déposé une annonce avec un descriptif du projet et ensuite les enseignants m’ont contactée en me demandant des détails auxquels j’ai répondu au fur et à mesure. 

Combien y avait-il de partenaires dans votre projet  ?  
Six en tout. Helena Butterfield au Royaume-Uni (St Michael’s RC School), Ivana Natali en Italie (Instituto Compresivo Statale di Sermide), Innap Kaya en Turquie (DERELER İLKÖĞRETİM OKULU), Stasia Czerezdrecka en Pologne (Zespół Szkół w Dąbrowie), Evi Belogia en Grèce (Primary School of Grizano), Artemiza Lovin (’Saint Ana’ School) 

Sur combien de temps le projet s’est-il déroulé  ?  
Il a débuté fin septembre 2011 et s’est terminé début juin 2012, soit neuf mois. Nous avons établis des dates butoirs pour chaque tâche afin de cadrer le projet.

Quels étaient les objectifs de ce projet – culturels, linguistiques, utilisation des TICE  ?  
Notre principal objectif était : sortir l’anglais de la salle de classe pour communiquer avec d’autres collégiens européens. Nous voulions aussi : développer la compétence interculturelle des collégiens au travers de la découverte d’autres cultures, mener une réflexion dans le cadre de l’éducation à la société, accroître leurs compétences orales et écrites (A2/B1) grâce à un contact plus grand avec la langue anglaise, expérimenter de nouveaux environnements d’apprentissage et développer leur savoir-faire informatique au travers du maniement de certains outils choisis en fonction de la tâche à réaliser

A-t-il été difficile de vous mettre d’accord avec vos partenaires sur les objectifs  ?  
Cela a été relativement facile car elles avaient compris l’essence du projet. J’ai d’abord proposé l’architecture globale déclinée en macro-tâches et une tâche finale. Ensuite j’ai travaillé beaucoup avec ma copilote grecque dans le choix des outils. Je déposais habituellement chaque tâche et ses micro-tâches et chacune pouvait ajouter au fur et à mesure ses commentaires et ses amendements. En gros, mes partenaires me faisaient confiance et étaient d’accord avec tout ce que je proposais. 

Vous étiez donc coordinatrice du projet  ?  
Dans chaque projet eTwinning, il y a une pilote et une co-pilote – ce qui est un bon système car nous nous « complétions ». J’étais la pilote et ma copilote grecque s’occupait davantage de l’aspect informatique, qui consistait à trouver le meilleur outil associé à la tâche. 
On était en communication à peu près tous les deux jours, via la plateforme eTwinning, nos adresses personnelles, et Skype au moins une fois par mois – en particulier pour concevoir les tâches. 

On voit bien que dans votre projet les activités se situent dans une démarche actionnelle. Avez-vous mené les activités en classe, en dehors de la classe, avez-vous créé des ateliers  ? 
Je les ai intégrées totalement. Pour les tâches, on faisait les activités « préparatoires » (lexicales, grammaticales, phonétiques …) ainsi que certaines micro-tâches dans le cadre de la classe, et ensuite d’autres micro-tâches nous servaient dans le cadre d’une évaluation. Au lieu de le faire d’une manière traditionnelle sur papier, les élèves utilisaient l’outil informatique puis je collectais l’ensemble des documents que je mettais sur la plateforme. 
On a adapté le rythme des activités selon les vacances des unes et des autres.

Vous aviez donc à chaque fois des objectifs à atteindre  ?  
Je m’inspirais de la progression que nous avons dans les manuels utilisés en classe. Donc certains savoirs faire étaient visés comme, en autres, savoir se présenter, savoir parler de son environnement (pays, village), savoir parler de son métier, savoir se déplacer, savoir organiser un fête et expliquer une recette. 

Est-ce cela a soulevé des problèmes avec vos partenaires  ?  
Non parce qu’apparemment ils avaient à peu près les mêmes objectifs. 

Comment avez-vous présenté le projet à vos élèves  ?  
J’ai essayé de le rendre le plus attrayant possible, il a fallu «  vendre  » un peu le projet. Je l’ai d’abord proposé à une classe dont j’étais professeur principal, puis à deux classes de cinquième et en fonction des réactions des élèves, j’ai choisi la classe où il y avait le plus de réponses positives. 
Je leur ai montré ce qu’était eTwinning, ce qu’on pouvait faire et j’ai essayé de bien leur expliquer le projet. 
J’ai aussi proposé des activités aux élèves de quatrième qui voulaient le faire. 

Avez-vous également présenté le projet aux parents  ?  
Je n’ai pas présenté le projet en tant que tel (puisque c’était la première fois que j’en organisais un) néanmoins je les ai sollicités afin d’avoir leur autorisation pour inscrire leur enfant sur la plateforme.

Avez-vous eu des problèmes avec l’équipe de direction de votre établissement  ?  
Non, elle m’a donné carte blanche 

Avez-vous travaillé en interdisciplinarité avec d’autres collègues de votre établissement  ?  
Sur certaines activités j’ai sollicité des collègues de manière ponctuelle : en arts plastiques (pour dessiner le drapeau ou fabriquer la maquette du village), en musique (pour chanter l’hymne) et histoire-géographie (pour choisir des règles d’élection). Et un petit peu SVT puisqu’il y avait des questions liées à l’environnement. 

Comment avez-vous intégré les TICE à votre projet  ?  
C’était surtout ma collègue qui avait suivi des formations via eTwinning. Elle connaissait certains outils qui sont suggérés sur la plateforme. Nous avons choisi chaque outil en fonction de l’activité afin de la rendre la plus attractive possible. Un des avantages d’eTwinning est d’offrir des suggestions d’outils intégrés.

À quel rythme travailliez – vous sur ce projet  ?  
Le projet était intégré au cours, on y travaillait donc régulièrement. Je faisais aussi le point tous les huit jours parce que des élèves jeunes ont besoin d’être encadrés. Tout était totalement nouveau - le projet, l’environnement d’apprentissage et les outils - ils ne savaient pas comment utiliser cette plateforme et ils avaient des questions techniques qu’il fallait régler rapidement afin de pouvoir avancer. 

Avez-vous trouvé le Twinspace facile à utiliser  ?  
Le nouveau est plus simple à utiliser dans le sens où on voit tout de suite la partie «  communiquer  », déposer des documents. C’est beaucoup plus clair pour les élèves. 
L’année dernière c’était nouveau pour nous, donc nous avons tâtonné par moments. Cette année nous menons un nouveau projet et nous avons davantage développé l’aspect interactif, la moitié des élèves avait déjà participé au premier projet. Ils sont davantage familiarisés avec l’outil. Ils déposent des questions et échangent avec les autres partenaires. 

À votre avis qu’a apporté le projet aux élèves  ?  
À la fin du projet je leur ai donné un petit questionnaire. Les élèves ont trouvé que la démarche du projet était beaucoup plus ludique qu’un cours traditionnel. Ils n’avaient pas l’impression d’apprendre des choses de manière très formelle mais finalement ils se sont rendu compte qu’ils avaient appris. 
Ils n’avaient pas trop d’idées sur leurs correspondants et leurs pays d’origine quand on a commencé le projet. L’ouverture sur les autres pays a été importante. Ils se sont rendu compte que les connaissances acquises dans une discipline pouvaient s’appliquer dans d’autres cours.
Les élèves ont aimé utiliser certains outils, par exemple le Voki, qu’ils ne connaissaient pas. Smilebox leur a également beaucoup plu. 

Et à votre manière d’enseigner l’anglais  ?  
Oui, l’enthousiasme des élèves se communique à l’enseignant et l’enseignement se fait de manière plus dynamique. 
On a envie de faire des choses quand on voit que de leur côté les élèves se montrent impliqués, motivés. Ce projet a été bénéfique en termes de motivation. 

Quels sont les points positifs de votre expérience  ? 
C’est un bon moyen d’impliquer les élèves dans leur apprentissage grâce à ces plateformes, ils voient toutes les potentialités qui s’ouvrent à eux. 
Ils se rendent compte que l’apprentissage n’est pas compartimenté, que ce qu’on fait en anglais peut servir dans une autre matière, que ce qu’on apprend en en SVT par exemple peut s’appliquer aussi en anglais. 
Les règles de vie qu’on voit par exemple en vie de classe peuvent aussi se retrouver en anglais. Cela leur permet d’avoir une vision plus globale de ce qu’on essaie de leur apporter en tant qu’enseignants. 

Que faudrait-il améliorer dans un nouveau projet  ? 
Ce qui manquait un peu, c’était la partie interactivité. Il faut que les élèves arrivent à passer le cap pour se lancer par eux-mêmes à communiquer avec leurs partenaires européens. 
Dans le nouveau projet on a essayé de concevoir des activités qui les obligent à un moment à entrer en communication pour réaliser certaines tâches. 

Quels conseils donneriez-vous à un enseignant qui souhaite se lancer dans un projet eTwinning  ?  
Dans la formulation du projet, il faut savoir être attractif pour donner envie aux personnes qui lisent votre annonce de vous contacter.
Il faut organiser le déroulement du projet. Dans le nôtre, on a essayé de tout détailler, y compris les tâches pour les autres enseignants, les outils à utiliser. Ainsi ils avaient comme un pack tout fait et ils n’avaient qu’à appliquer. Il est important que chacun sache ce qu’il a à faire. Ensuite il y a la part de créativité, de touche personnelle de chacun. 
Pour ma part, avant de me lancer, j’avais également lu des articles pour essayer d’avoir des idées et choisir le meilleur environnement d’apprentissage possible. 
Je conseillerais aux enseignants d’essayer eTwinning. On peut commencer par de petits projets pour se mettre en confiance, se lancer, aller voir ce que font les autres et consulter les ressources mises à disposition par la plateforme. Cette dernière permet d’échanger avec d’autres enseignants et donc d’enrichir nos pratiques professionnelles. C’est vraiment une expérience passionnante. 

La vidéo de présentation du projet par Isabelle Bonnassies et Belogia Paraskevia sur Youtube.

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