« Sauerkraut und Froschschenkel – Choucroute et cuisses de grenouilles », projet eTwinning de Christelle Sebillaud

jeudi 18 juillet 2013

Dans cette interview réalisée par Odile Papin, chargée de mission au bureau d’assistance national Action européenne eTwinning, Christelle Sebillaud explique ce que lui a apporté eTwinning dans l’élaboration de son projet dont l’objectif était de créer une histoire collaborative en allemand et en français, illustrée de manière créative et filmée de manière théâtrale, sur le thème des stéréotypes et des préjugés.


Christelle, vous êtes enseignante d’allemand depuis 2008, et vous avez déjà mené à bien une dizaine de projets eTwinning, dont Sauerkraut und Froschschenkel – Choucroute et cuisses de grenouilles avec vos élèves de 3ème, tout récemment primé Meilleur projet dans la catégorie Collège au Concours national 2012. Qu’est-ce qui vous a incité à vous lancer dans cette aventure ?

À vrai dire, je me suis inscrite à eTwinning vers la fin de mon année de stage dans l’académie de Strasbourg. Alors en charge d’une 4ème en alternance, je cherchais un moyen de motiver ces élèves qui n’attendaient plus grand-chose de l’école, en leur donnant des tâches immédiates et concrètes à accomplir. En cherchant un peu sur internet, j’ai trouvé le site eTwinning et je m’y suis inscrite.
J’ai passé quelques temps à comprendre par moi-même de quoi il s’agissait et comment cela fonctionnait, avant de me lancer dans des projets, dans l’académie de Reims cette fois-ci, plus précisément dans les Ardennes. J’avais alors en face de moi des enfants peu ambitieux, touchés par les conditions professionnelles précaires de leurs parents. Il m’a alors paru indispensable d’ouvrir ces enfants à une réalité internationale, en vue de leur permettre une mobilité professionnelle future.

De retour dans l’Académie de Strasbourg et davantage familiarisée avec eTwinning, l’utilisation d’eTwinning en classe est restée une évidence. ETwinning représente selon moi une réelle valeur ajoutée à notre enseignement quotidien. Il permet de donner aux élèves un sens concret et authentique à l’apprentissage de la langue, d’éveiller leur curiosité, de renforcer leur motivation : il crée un véritable besoin de communiquer, même chez les élèves confrontés à des difficultés ou plutôt réfractaires au départ.

Enseignant dans un collège rural, eTwinning m’a permis de proposer aux élèves de découvrir d’autres pays et cultures et de développer leur ouverture d’esprit, grâce à des échanges avec des groupes d’élèves apprenant l’allemand en Pologne, en Turquie ou encore en Slovaquie (la liste des pays partenaires est longue !)
Ce projet a été réalisé par un groupe de 3ème LV1 du Collège des Racines & des Ailes de Drulingen, en fin d’année scolaire 2012, pendant 2 mois, en partenariat avec la Realschule Burgstraße de Celle en Allemagne, et leur professeur Herle Boy. Il s’agissait pour chacune des classes partenaires :
- 1) d’illustrer les clichés et les préjugés à propos de pays partenaire dans des saynètes humoristiques filmées et envoyées aux partenaires
- 2) Les réactions de la classe partenaire devaient ensuite amener les élèves à une réflexion sur le bienfondé des préjugés, des images déformées de la réalité et des généralisations hâtives.
- 3) Après ce travail de réflexion, les élèves ont, dans une histoire illustrée avec l’appui de leur professeur d’arts plastiques qu’ils ont rédigée par groupes, mis en lumière le fruit de leur réflexion.

Il s’agissait avant tout de motiver un groupe de 3ème LV1, notamment en fin d’année scolaire, et de leur donner une raison d’avoir envie de communiquer en allemand, de créer un besoin de communication réel et concret, et d’éveiller leur curiosité grâce au partenariat avec une classe du Nord de l’Allemagne, les échanges existants au sein du collège se limitant aux régions limitrophes de l’Alsace.
Le projet visait également, en vue de la validation du niveau A2 et de l’acquisition du niveau B1 attendu en lycée, d’entraîner les élèves dans les différentes compétences langagières, pour valider le socle commun et certaines compétences du niveau B1. Le groupe ayant montré davantage de difficultés à l’écrit, il s’agissait d’essayer par une approche originale, de les aider à surmonter les blocages existants face à la production d’un texte personnel en langue étrangère.
De mon point de vue, les élèves ne font plus seulement des choses (expressions orales/écrites, recherches, exposés, etc...) pour avoir une bonne note, ou parce que le professeur l’a demandé, mais pour le partager avec des adolescents de la même tranche d’âge, et du coup, ça change tout : ils s’y investissent bien plus ! En ce sens, eTwinning donne une réelle valeur ajoutée à nos projets/à nos tâches finales habituelles.

Deux de vos élèves sont venues présenter le projet au Ministère de l’éducation nationale en décembre dernier. Elles semblaient très à l’aise, aussi bien en allemand qu’en français. Pensez-vous que le projet eTwinning y est pour quelque chose ? Qu’est-ce qu’eTwinning leur a apporté selon vous ?

Elles étaient, en effet, bien plus à l’aise en public que leur professeur ! Je crois que le projet eTwinning y est pour beaucoup.
Les élèves ont beaucoup progressé dans les différentes compétences langagières en allemand, parce qu’ils avaient réellement besoin des outils de la langue pour communiquer avec leurs partenaires. On se situe donc au plein cœur de l’approche actionnelle. Eux-mêmes ont pris conscience de leur progression, et ont pris confiance en eux.
Non seulement le projet avait un objectif linguistique, mais également un objectif éducatif : celui de confronter les adolescents à l’interculturalité et à l’altérité, de les obliger à prendre conscience de leurs préjugés, et de confronter ces derniers à la réalité de la vie quotidienne des adolescents de la classe partenaire. (=> compétence 6 du socle commun, item : comprendre l’importance du respect mutuel et accepter toutes les différences)
Ce projet a également permis aux élèves d’améliorer leur maîtrise de l’outil informatique grâce aux recherches, à l’utilisation du TwinSpace en lui-même, mais aussi grâce à la rédaction de leurs histoires qui ont ensuite été transformées en livres virtuels. (=> compétence 4 du socle commun : B2i)

Le travail de groupe, tant dans l’élaboration des saynètes, que dans l’écriture collaborative de l’histoire illustrée, a quant à lui permis de développer l’autonomie des élèves, les amenant, en leur laissant une plus grande marge de manœuvre, à prendre davantage d’initiatives, leur donnant aussi ainsi plus de moyens d’être autonomes et efficaces au lycée. (=> compétence 7 du socle commun : autonomie et initiative)

Enfin, le jeu théâtral devant une caméra lors des saynètes les a beaucoup marqués. Ils étaient d’abord très stressés d’être filmés et de jouer devant une caméra (de faire du théâtre tout court d’ailleurs !), et finalement, lorsqu’ils ont vu le résultat de leurs efforts, ils ont réellement pris confiance en eux. C’est quelque chose de vraiment crucial dans l’apprentissage de la langue que d’avoir le courage de s’exprimer oralement devant autrui. Ces vidéos, ces saynètes, ce jeu théâtral, leur ont vraiment permis de prendre plus d’assurance à l’oral. Ils ont été valorisés et leur estime de soi n’en a été que renforcée. Je crois que c’est ce qui explique que Mélanie et Maïlé étaient à l’aise pour présenter leur projet devant un public et des caméras au Ministère de l’Education Nationale à Paris. Elles en ont été vraiment très fières et c’est une expérience qui les a beaucoup marquées. Elles s’en souviendront longtemps ! C’est une reconnaissance rare et bienvenue, tant pour les élèves, que pour les enseignants. Une seule envie : recommencer et continuer !

Parlons un peu de la formation continue. Vous aviez pris part à un Séminaire de contact eTwinning en Allemagne (Aachen), et aujourd’hui, en tant que lauréate, vous venez de participer à la Conférence annuelle eTwinning qui se déroule cette année à Lisbonne. Pendant trois jours, vous avez part à des ateliers, rencontré des collègues européens… Qu’est-ce que cela vous a apporté pour la suite de vos pratiques pédagogiques ?
Les séminaires de contact, comme toute manifestation eTwinning (les formations proposées en ligne par exemple), sont vraiment l’occasion rêvée de rencontrer des gens passionnés et passionnants, de trouver des partenaires en les rencontrant en chair et en os, et de discuter de nos pratiques avec des collègues de tous horizons géographique. On apprend vraiment beaucoup, que ce soit avec des collègues d’autres pays, mais aussi avec des collègues enseignant en primaire par exemple, ou encore en écoles spécialisées. Je suis revenue de la conférence de Lisbonne avec un partenaire norvégien avec lequel nous menons un projet pour la fin de l’année scolaire : les élèves sont ravis !
Lors du séminaire de contact ou de la conférence annuelle, j’ai participé à différents ateliers (présentation de projets primés, bonnes pratiques eTwinning, etc.) qui m’ont donné plein d’idées à mettre en pratique au sein de la classe. On découvre tant des outils informatiques que des pratiques pédagogiques mettant en avant la prise de responsabilités et d’initiatives de l’élève qui devient vraiment acteur de son apprentissage. On revient la tête pleine d’idées innovantes et de motivation.
Cela permet ensuite de travailler différemment au sein de nos établissements : on en parle autour de nous, en salle des professeurs, et d’autres collègues se joignent alors à l’aventure ! Un travail d’équipe interdisciplinaire se met doucement en place au sein de l’établissement. Même le CPE et l’infirmière du collège s’y mettent. J’ai hâte de voir les projets qu’on mènera ensemble l’année prochaine ! En langues, on a la chance de pouvoir travailler sur des thématiques très variées et donc, de travailler avec des collègues de toutes les disciplines.

Consulter le profil du projet sur eTwinning

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