« Il y a 25 ans dans Les Langues Modernes : le dessin animé », par Francis Wallet

lundi 10 juin 2013

Depuis sa création l’APLV a toujours essayé, dans Les Langues Modernes, de montrer et de faire découvrir aux collègues tous les aspects de la pédagogie des langues. L’image a été et est toujours, me semble-t-il, un des supports privilégiés des professeurs de langues et, si l’on ne considère que les trente dernières années, on peut citer plusieurs numéros de la revue consacrés à l’image : n°4-1990 :  Des images au cours de langue , n°4-1995 Le cinéma en classe de langue , n°2-2002 L’image , n°3-2004 Cinéma et télévision , n°4-2006 La bande dessinée . Je ne peux cependant pas résister à remonter au n°1-1984 (Spécial vidéo) où, dans un bref article écrit avec mon collègue Nigel Quayle (« Quelques remarques sur l’utilisation d’un dessin animé »), nous mentionnions l’intérêt qu’on pouvait retirer en classe de l’utilisation d’un dessin animé. Nous avions résumé en une page les avantages à tirer de l’image dans ce cartoon Symphony in slang, de Tex Avery et il me semble que, parmi tous les moyens dont on dispose maintenant, le dessin animé peut encore constituer un très bon vecteur.

Voici ce que nous écrivions :
« Entraînement à la compréhension
La compréhension orale, compétence plus difficile qu’il n’y paraît et souvent délaissée, nécessite un entraînement méthodique. Lors d’un premier passage, il a été demandé aux élèves de noter quelques expressions repérées. L’utilisation des sous-titres - le film a été repris à partir de la télévision française - peut aider (ou mettre sur une fausse piste ! Citons deux exemples : We painted the town red - on a pris un coup de rouge ; I was all thumbs – j’ai dit « pouce »). Il serait également possible d’imaginer un exercice de QCM, avec un public d’un niveau moins élevé. Cet exercice de repérage permet de déceler des contre-sens et vise aussi à une compréhension globale. Celle-ci peut être vérifiée soit oralement (description, relation, questions-réponses comme aide éventuelle) soit par écrit (exercice à trous, par exemple avec des étudiants plus faibles). L’objectif, à ce stade, est essentiellement de fournir des éléments repères.

Acquisition du vocabulaire
Un deuxième passage, avec arrêt sur image si nécessaire, permet un ratissage plus fin du vocabulaire et l’acquisition porte surtout sur les expressions idiomatiques. En effet, un classement rapide des termes utilisés permet de se rendre compte que les expressions où les mots sont employés au sens littéral, sont trouvées relativement facilement. Citons par exemple :
She gave me a date - Ate like a horse - My little hole in the wall
- Got on her high horse - To die laughing 
où la signification est transparente. Les autres expressions nécessitent, bien sûr, une explication. Il est à remarquer que Tex Avery réussit à l’aide de l’image, à lier le sens littéral à l’expression. Un exemple suffira avec A stretch in the jug où l’on voit le personnage qui s’étire dans une carafe mais porte l’uniforme de bagnard et la carafe se trouve dans une cellule... L’acquisition du vocabulaire peut être contrôlée de diverses façons. Si le groupe s’y prête, il est même possible d’essayer, à partir de mimes (certains étudiants y parviennent fort bien) de faire retrouver l’expression - si l’on dispose d’une caméra, cet exercice de mime pourrait également être filmé et repassé dans d’autres groupes.

Remarques de civilisation
Les éléments de civilisation se cachent souvent au détour d’un mot ou d’un dessin. Prenons quelques exemples dans Symphony in Slang. Dès le début, l’appel à Webster, « Master of the Dictionary », donne le ton. Quelques expressions demandent une explication : Greyhound pour les services d’autocars à longue distances,  to sling the hash, référence aux short-order cooksthe malt shop pour le bar. Certains détails plus subtils permettent de dater le dessin. C’est ainsi que a Moscow Mule, variété de cocktail à base de vodka, est évoqué à l’image par une mule portant la casquette et les moustaches de... Staline. Cet aspect se retrouve d’ailleurs dans d’autres dessins animés, par exemple, la série des Tom and Jerry où l’on peut suivre l’évolution historique : les premiers dessins mettent en scène une servante noire (à l’accent traînant du sud) qui disparaît dans les années 1950. Les problèmes de traduction posés par le sous-titrage pourraient être analysés par les étudiants avancés ou spécialisés en filmologie. En effet, la cohérence de l’histoire (en anglais) et la rédaction de sous-titres (en français) demandent une approche toute différente des images. Il y a donc deux optiques complémentaires qui font parfois penser aux traductions un peu loufoques évoquées (avec images) dans Sky My Husband [1]. En conclusion, on s’aperçoit que le dessin animé, divertissement et par là source de motivation, recèle des aspects capables de se révéler plus riches que prévu pour l’exploitation, que ce soit sur le plan de la langue ou de la civilisation. De plus, c’est un outil commode et relativement bon marché, ce qui n’est pas négligeable, puisqu’on peut l’enregistrer à partir de la télévision française. »

C’était dans Les Langues Modernes n° 1, 1984


[1Sky My Husband ! Ciel mon mari !, un des premiers ouvrages de Jean-Loup Chiflet


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