Analyse de l’APLV sur les sujets zéro du baccalauréat pour les classes de 1ère

jeudi 4 juillet 2019
 BRETON Jean-Luc

Comme l’APLV l’a annoncé sur son site (www.aplv-languesmodernes.org/spi.php?article7634), le ministère de l’Education Nationale a publié les sujets zéro pour les épreuves de 1ère (année scolaire 2019-2020) du baccalauréat 2021, à la fois pour le tronc commun et pour la spécialité « Langues, littératures et cultures étrangères » (LLCE). Ces sujets zéro concernent respectivement 16 langues vivantes étrangères et régionales et les 4 langues étrangères éligibles en spécialité LLCE.

L’APLV se réjouit de voir que ses critiques de l’épreuve de compréhension orale ont été entendues. Nous les avions déjà exprimées auprès de l’Inspection Générale de langues et de la DGESCO en 2014 (http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article5446), puis à plusieurs reprises, et rien n’avait été fait pour modifier cette épreuve problématique. A partir de l’année prochaine, l’épreuve aura la même forme, à une exception, majeure, près : les candidats disposeront du temps qu’ils souhaiteront pour rédiger leur restitution en français, ce qui leur permettra de réfléchir à leur convenance aux liens entre les repérages effectués et à la meilleure façon de mettre ces liens en valeur dans leur rédaction. L’APLV considérait que le temps de 10 minutes imparti pour la restitution obligeait les candidats les plus à l’aise à bâcler l’analyse de l’implicite du document, qui permet d’atteindre le niveau B2 attendu en terminale, et condamnait les élèves en plus grande difficulté à lister les éléments de discours repérés sans avoir le temps de les organiser.

Il semble qu’une consigne globale ait été décidée pour toutes les langues, puisqu’elle est formulée de la même manière pour plusieurs d’entre elles. Cette consigne demande aux candidats de repérer « le thème principal du document ; à qui s’adresse le document ; le déroulement des faits, la situation, les événements, les informations ; l’identité des personnes ou personnages et, éventuellement, les liens entre elles/entre eux ; les éventuels différents points de vue ; les éventuels éléments implicites du document ; la fonction et la portée du document (relater, informer, convaincre, critiquer, dénoncer, etc.) ». Le niveau de compréhension orale attendu en 1ère est B1 en LVA. Or, les deux derniers éléments de la liste relèvent clairement du niveau B2 et devraient donc être réservés pour l’épreuve de compréhension orale de terminale. Il paraîtrait logique à l’APLV qu’une consigne « simplifiée », ne mentionnant ni l’implicite ni le genre discursif, soit donnée pour toutes les langues pour la classe de 1ère, comme c’est le cas par exemple dans les sujets zéro pour l’allemand et l’espagnol.

Le changement le plus important dans les épreuves de baccalauréat concerne la compréhension de l’écrit. Le texte officiel (https://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=141190) prévoit une évaluation à partir d’un ou deux textes dont les candidats doivent « rendre compte dans la langue cible, de manière libre ou guidée ». Le niveau du CECRL attendu est le niveau B2 en LVA.

Le guidage proposé est assez surprenant. Le nombre de questions peut aller de 1 à 7 et leur teneur varier extrêmement. Un sujet d’espagnol n’a qu’une seule question de compréhension : « Dites de quoi traite chacun des documents et quel est leur rapport avec l’axe thématique X » (on peut supposer qu’il s’agit là de ce que le texte officiel appelle un compte rendu libre). La plupart des sujets comptent 2 ou 3 questions, qui mêlent souvent repérages factuels, établissement des liens entre éléments, analyse du point de vue … ou tentent de le faire (par exemple, le « A la lecture de cet article, qu’avez-vous compris ? » présenté pour l’arabe comme une question de compréhension de l’explicite, laisse dubitatif). Dans certains cas, les questions correspondant au niveau B2 ressemblent beaucoup à des sujets d’expression écrite, encourageant les candidats à donner (et donc supposément à développer en argumentant) leur point de vue. D’autres sujets enfin proposent une gradation entre questions de niveau A2, B1 et B2. Un sujet d’anglais par exemple le fait avec 7 questions : trois concernent des repérages sur les personnages et leur situation (niveau A2-B1), deux demandent de faire des liens et des déductions entre éléments repérés (niveau B1), une procède à la comparaison des deux documents en termes de réalisme, la dernière exige une analyse sociopolitique d’un point de vue (niveau B2). Les sujets de portugais font la même chose en 3 questions, qui correspondent en gros respectivement aux 3 niveaux A2, B1 et B2, du CECRL.

Cette variété des démarches n’est pas totalement rassurante. Plusieurs questions se posent à nous : comment pourra-t-on aider les candidats les moins à l’aise, ceux de niveau A2, sans un guidage factuel un peu laborieux au début du questionnaire de compréhension ? comment pourra-t-on sanctionner un candidat qui répondra avec pertinence à la question posée sans le faire au niveau de réflexion et d’abstraction envisagé par les concepteurs du sujet, niveau qui n’est jamais précisé ? avec un petit nombre de questions seulement et la consigne de répondre en langue cible et non en français comme pour la compréhension de l’oral, ne risque-t-on pas de voir une confusion s’instaurer entre évaluation de la compréhension et évaluation de l’expression ? De plus, face à des appareils de compréhension si divers et si peu explicites, les enseignants vont devoir consacrer beaucoup de temps en classe à l’explicitation et à la pratique d’une méthodologie de la compréhension écrite, qui viendra s’ajouter au travail démesuré de même nature qu’ils mènent déjà et devront intensifier (puisque la première épreuve aura lieu en février-mars de l’année de 1ère et non plus dans la seconde moitié de l’année de terminale comme aujourd’hui) sur la méthodologie de la compréhension orale. N’est-ce pas là une perte d’un temps précieux quand on n’a que 2 heures 15 de cours par semaine dans des groupes de 35 élèves ?

Vu la durée prévue pour les épreuves (1 heure pour l’épreuve 1 (compréhension de l’oral + expression écrite) et 1 heure 30 pour l’épreuve 2 (compréhension de l’écrit + expression écrite)), les sujets d’expression écrite sont nécessairement très courts. Dans la plupart des langues, la consigne soit ne précise pas un nombre de mots requis, soit indique 100 ou 120 mots « au moins », ce qui a l’avantage de laisser aux candidats la possibilité de développer leur pensée davantage et ainsi d’atteindre les niveaux B1 ou B2 du CECRL. Les indications de nombre de mots sont plus contraignantes pour les sujets de LLCE, mais on peut penser que cette contrainte fait partie de l’entraînement des « spécialistes » à la rédaction d’une pensée organisée pertinente.