Il y a 99 ans dans les Langues Modernes, par Francis Wallet

« La question des faibles »
vendredi 18 août 2006

Les liens hypertextes renvoient aux articles cités en ligne sur Gallica.


Publié dans les Langues Modernes 4/2001

Même si la terminologie était différente, la pédagogie différenciée a toujours fait partie des préoccupations des collègues. Les Langues Modernes ont publié un numéro (N°5) sur ce sujet en 1984. Les rencontres d’anglicistes de Clermont-Ferrand en 1992 portaient sur « l’aide aux élèves : pourquoi ?, comment ? ». Si nous remontons plus loin dans le passé nous verrons que le problème n’est pas nouveau. En 1903, l’APLV (qui s’appelait alors la société des professeurs de langues vivantes) venait d’être crée et déjà dans le Bulletin, qui allait devenir les Langues Modernes (N°2 de juin 1903) on trouvait, écrit par H.Laudenbach, professeur aux lycées Saint Louis et Montaigne de Paris, un article intitulé « la question des faibles ». Je voudrais, à titre de document, en citer quelques passages... Après avoir déploré l’hétérogénéité des classes et le grand nombre d’élèves notre collègue écrivait :
« La question des faibles me parait être, presque autant, d’ordre administratif que d’ordre pédagogique.
Notre devoir, c’est entendu, est de réduire, dans nos classes, le déchet à un minimum ; j’examinerai plus loin les moyens dont nous disposons pour cet objet ; mais, avec presque tous mes collègues, je pense que nous ne parviendrons jamais à le supprimer entièrement. Et si nous laissons ce déchet pénétrer tel quel dans la classe suivante, il y constituera un poids mort qui ira grossissant d’année en année, ainsi que nous le voyons actuellement.
Il y a bien les examens de passage, mais nous savons tous ce qu’il faut penser de ce remède.
Reste le cours de faibles.
Je n’ignore pas qu’il est très impopulaire ; j’essaierai pourtant de l’exhumer ; d’abord, parce qu’il me paraît impossible que nous nous en passions, si nous voulons aboutir, et puis, parce que je le crois susceptible, aujourd’hui, de quelques perfectionnements qui écartent la plupart des objections qu’il a pu soulever autrefois.
Le cours de faibles, tel que je le conçois, serait, principalement, un cours de gymnastique et la composition en serait variable.
Je veux dire : 1° que les élèves y seraient moins exercés à comprendre et à se faire comprendre qu’à entendre les sons et à les reproduire machinalement, et 2° qu’il n’y aurait qu’un petit nombre d’élèves, les plus mauvais ; qui passeraient une année, ou plus, dans ce cours, les autres ne devant y faire qu’un stage de un ou de deux trimestres.
Prenons un exemple :
A la rentrée prochaine, nous groupons les derniers des diverses 6e en un cours de 5e,
Jusqu’au nouvel an, nous faisons, pour ces élèves, une courte révision des matières de 6e et nous préparons celles du premier trimestre de 5e, mais très sommairement, et, je le répète, presque tout machinalement.
Dans cette classe, nous favorisons, par exception, la formation d’une tête que nous répartissons, au bout du trimestre, entre les diverses 5e,
En revanche, nous retirons les traînards des 5e normales et nous les astreignons à un stage dans le cours [1].
Du nouvel an à Pâques, nous revoyons les matières du premier trimestre de 5e et voyons sommairement celles du second.
A Pâques, nouvelle répartition ; révision des matières du second trimestre et préparation de celles du troisième.
L’année suivante, nous constituons, d’après les mêmes principes, une 4e faible.
Les élèves qui s’attarderaient par trop dans le cours, surtout si, comme il arriverait le plus souvent, ils étaient insuffisants ailleurs, redescendraient dans la classe inférieure.
Cette organisation eût été impraticable au temps où nous n’avions pas de programme ; elle devient possible aujourd’hui.
J’avoue que j’en attendrais de très bons résultats. Outre l’homogénéité plus grande qu’elle donnerait à nos classes, elle constituerait un stimulant sérieux au travail, et par la crainte, où elle tiendrait les médiocres des classes normales de se voir reléguer, un temps plus ou moins long, dans le cours, et par l’espoir qu’elle laisserait à ceux qui s’y trouveraient, de rentrer dans leur classe dès la fin du trimestre.
Cette proposition soulèvera sans doute des objections ; la plus grave me paraît être que, dans beaucoup d’établissements, les cours ne pourraient s’organiser parce qu’il ne s’y trouverait pas assez d’élèves pour les alimenter.
Mais dans les classes peu nombreuses, la question perd beaucoup de son importance et le professeur est plus à l’aise pour la résoudre, lui-même par les seuls procédés pédagogiques.

H. LAUDENBACH.(Saint-Louis et Montaigne)

C’était dans le Bulletin de la société des professeurs de langues vivantes du N°2 de juin 1903.


[1Cette classe ne recevrait aucune dénomination humiliante ; elle pourrait s’appeler tout simplement : le cours de 5°


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