La note du président - N° 1/2009 des Langues Modernes, par Sylvestre Vanuxem

jeudi 19 mars 2009

Ceci est ma dernière note pour Les Langues Modernes en tant que président de l’APLV. Mon troisième et dernier mandat touche en effet à sa fin, et mon successeur sera élu par le comité le 28 mars prochain. L’heure est donc venue pour moi de faire le bilan de ces six années passées à la tête de la plus ancienne des associations françaises de linguistes. Le président d’une association est en premier lieu le représentant et le porte-parole des membres de cette dernière, c’est pourquoi ce bilan sera plutôt celui de la vie de l’APLV qu’un bilan personnel.

Je suis tout d’abord satisfait que, pendant ces 6 ans, notre association ait continué à tenir le rôle qui est le sien tout en sachant s’adapter aux évolutions de la société, notamment en matière de communication. L’APLV a été présente chaque fois que des menaces pesaient sur l’enseignement des langues vivantes, ce qui malheureusement est plus que jamais le cas aujourd’hui. Nous vous avons régulièrement informés des actions que nous avons menées dans ces colonnes, celles du défunt Polyglotte et de notre site. Malgré le temps consacré à la défense, l’APLV a parallèlement assuré son autre fonction, sans doute la plus intéressante, qui est de se tourner vers l’avenir en favorisant la réflexion sur les pratiques de classe en confrontant les points de vue des professeurs de toutes les langues. Sur ce dernier point, la vocation multilingue de l’APLV s’est confirmée avec la création de la commission Langues de France et une plus grande représentativité des professeurs de Français Langue Étrangère et Seconde qui siègent maintenant au bureau et au Comité de lecture.
Mes prédécesseurs avaient tous contribué à asseoir la réputation extérieure de l’APLV auprès de l’opinion, du ministère, du parlement et des médias, au point de la rendre quasiment incontournable sur les questions touchant à l’enseignement des langues. Avec l’aide des membres du bureau et du comité, j’ai cherché à préserver puis étendre cette réputation. Si les relations avec l’actuel ministre sont à sens unique, ce ne fut pourtant pas les cas avec ses prédécesseurs. Cela n’a pas empêché récemment les fonctionnaires de la DGESCO [1]
de consulter l’APLV pour obtenir des renseignements dont ils ne disposaient plus. Nous avons pu les leur fournir dans des délais rapides.

Notre association a été consultée à plusieurs reprises par la commission Culture et Éducation du Sénat, lors du vote de la loi Fillon et de la mise à jour du rapport sur le plurilinguisme en France notamment. Nous avons aussi été auditionnés par des commissions ministérielles qui passent, comme la commission Thélot, alors que l’APLV demeure. Je ne compte plus les sollicitations de la presse écrite spécialisée ou non et de tous bords, de la radio et de la télévision auxquelles je réponds toujours favorablement ; même si je suis amené à les renvoyer vers des membres de l’APLV plus pertinents sur certaines questions.

La légitimité de notre association a été renforcée par l’adhésion de plusieurs associations de linguistes qui siègent en tant que personnes morales lors des réunions de comité. Nous nous sommes associés à de grands projets européens comme REAL [2]
, confirmant ainsi l’ouverture internationale de l’APLV qu’avaient encouragée mes prédécesseurs avec des projets similaires mais aussi avec notre implication dans la FIPLV [3]
, dont nous rapportons les activités sur notre site. Des membres du bureau de l’APLV font toujours partie du bureau de la région Europe de la FIPLV.
Enfin, le travail de réflexion que j’évoquais plus haut a été favorisé par la tenue régulière des réunions de bureau et de comité, ainsi que des Assemblées Générales auxquelles nous invitons systématiquement des intervenants à même de stimuler cette réflexion. Les publications et le site de l’APLV sont un support capital pour ce travail. Si le président est directeur des publications, ce sont les rédactrices et rédacteurs en chef successifs des Langues Modernes avec leurs comités de lecture qui ont assuré aux Langues Modernes son statut de revue de référence. Je souhaiterais évoquer Le Polyglotte, dont nous avons maintenu la publication lorsque l’APLV a traversé une période financière difficile, car le travail des rédacteurs en chef en avait fait un instrument précieux pour la vie de notre association. Seule la montée en puissance du site de l’APLV comme outil de communication majeur nous a amenés à décider la cessation de la parution du « supplément aux Langues Modernes. » C’est par son site que l’APLV est désormais visible de l’extérieur et communique en temps réel avec ses membres. En peu de temps, celui-ci est devenu une référence grâce à la réactivité qu’assurent responsables et rédacteurs, aux solutions innovantes choisies comme la Lettre hebdomadaire, et à la possibilité qu’il donne à chacun d’y contribuer. Je voudrais donc remercier vivement tous ceux que j’ai indirectement cités dans ce bilan et qui m’ont aidé et conseillé dans ma tâche pendant ces six années. Ils m’ont permis de rendre cette expérience parfois difficile, souvent agréable et toujours enrichissante.

Je ne pourrais quitter cette fonction sans un certain nombre d’insatisfactions ; la première étant celle de n’avoir pu préserver l’APLV du mal qui frappe malheureusement le mouvement associatif dans son ensemble : la baisse du nombre d’adhérents et la difficulté du recrutement. Malgré nos efforts à tous les niveaux, national ou régional, parfois couronnés de succès, l’APLV n’est plus aussi forte que par le passé. Outre les conséquences financières que cela peut avoir sur notre fonctionnement, la représentativité d’une association naît du nombre et de la diversité de ses membres. Cette baisse affecte un étage essentiel de l’association : les régionales. Sans cette implantation locale, les instances nationales ne peuvent agir. Je regrette aussi le fait que nous n’ayons pu organiser à nouveau des rencontres d’été par langue ou inter-langues. Les dates de rentrée plus précoces et les inquiétudes actuelles quand à l’avenir de notre profession y sont sans doute pour quelque chose. Mais il faut tirer parti de ces insatisfactions, elles constitueront des défis à relever pour moi-même comme pour tous les membres de l’APLV, j’en suis sûr.

Un dernier mot sur l’actualité. Il est difficile pour moi de quitter mes fonctions à un moment où la communication avec les ministères, de l’Éducation Nationale comme de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, est la plus déplorable que l’on ait connue. Le meilleur exemple en est l’annonce, à la rentrée, de la mise en place de stages linguistiques pendant les vacances. La difficulté actuelle de leur organisation décrite par la presse ne surprendra en rien les membres de l’APLV, c’est ce qui arrive quand on gouverne à l’intuition sans écouter les professionnels. La suppression simultanée des épreuves de compréhension orale du Bac STG, approuvées par les associations et les syndicats car mises en place avec leur collaboration, ne fait que confirmer cet aveuglement. Mais des menaces plus grandes encore pèsent sur le statut même des enseignants dans leur ensemble par la modification précipitée des conditions de formation et de recrutement (lire le courrier aux ministres à la rubrique « Vie de l’Association ») pour des motifs essentiellement économiques. Celle-ci pourrait aller, on le craint, jusqu’à la dissociation totale entre la réussite à un concours de recrutement et la titularisation. Certes, ceci dépasse le cadre d’action de l’APLV, mais on sait que les langues vivantes sont les premières à souffrir de réorganisations basées sur la recherche d’économies. Il est donc indispensable de rester mobilisés, y compris pour moi.
Bonne lecture.


[1Direction Générale de l’Enseignement Scolaire

[2Réseau Européen des Associations de Langues

[3Fédération Internationale des Professeurs de Langues Vivantes